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Blog d'actualité politique

L’Europe n’était pas unie. Elle était alignée

Publié le 10 Septembre 2026 par Vendémiaire in Europe

L’Europe n’était pas unie. Elle était alignée

par Jules Kaizen

L’Europe n’a jamais été unie. Elle était alignée sur les États-Unis. L’unité européenne, présentée comme une réalité politique, était une conséquence de l’hégémonie américaine. Les Européens soutenaient les guerres américaines parce que la puissance américaine les servait. Aujourd’hui, cet alignement se défait.

L’Europe n’était pas unie. Elle était alignée. L’alignement disparaît, et le vieux problème de 1815 revient : qui commande l’Europe ?

La Norvège

La première pièce bouge au nord. Un déploiement militaire américain en Norvège provoque une réaction russe. Ce déploiement n’est pas anodin. Il signale une présence qui se repositionne, non plus pour défendre l’Europe, mais pour verrouiller des intérêts stratégiques.

L’échiquier se met en place. Les États-Unis jouent les deux couleurs. L’Europe regarde l’échiquier sans toucher les pièces.

L’échiquier

La métaphore tient. Les États-Unis déplacent leurs forces selon leurs intérêts propres : puces, terres rares, énergie, détroits.

Leur présence en Europe n’est plus orientée vers la défense de l’Europe. Elle est orientée vers la sécurisation de leurs chaînes d’approvisionnement, de leurs routes commerciales, de leurs positions face à la Chine et à la Russie.

L’Europe, elle, regarde. Elle n’a ni pièces à déplacer, ni stratégie propre, ni volonté unique.

La symbiose

L’alignement transatlantique a duré des décennies, et il a produit une symbiose.

Afghanistan, 2001 : participation européenne massive. Irak, 2003 : plus de 30 pays, dont le Royaume-Uni avec 11 000 soldats, la Pologne avec 2300, l’Italie avec 3000. Libye, 2011 : la France et le Royaume-Uni en première ligne, avec le soutien logistique américain.

Ces participations n’étaient pas une unité européenne. Elles étaient un alignement sur Washington. Les Européens soutenaient les guerres américaines parce que la puissance américaine les servait en retour.

Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN, donne le chiffre clé de cette dépendance, via DW : les pays européens et le Canada ont passé des commandes d’environ 3000 milliards de dollars auprès de l’industrie de défense américaine.

La rupture

La convergence se brise.

Le «pivot vers l’Asie» est une promesse vide, selon East Asia Forum. Le seul porte-avions américain du Pacifique a été redéployé vers le Moyen-Orient.

Le gaz naturel liquéfié américain représente 63% des importations européennes en 2026, contre 27% en 2021. Les terres rares du Groenland sont verrouillées par un accord de 15 ans.

DW pose le constat, le 12 juillet 2026 : «La défense européenne reste lourdement dépendante des États-Unis».

La dépendance se transforme. L’Europe n’achète plus seulement la protection américaine : elle achète l’énergie, les terres rares, la technologie. La symbiose devient une tutelle.

Le redéploiement suit une logique de ressources. En Asie, Washington ne retient qu’un point : Taïwan, pour ses semi-conducteurs. TSMC investit 265 milliards de dollars en Arizona, selon TechRepublic. Le reste de l’Asie voit la présence américaine se réduire.

L’Océanie est maintenue, sans renfort. AUKUS avance, mais sans augmentation stratégique majeure.

Le Moyen-Orient devient le centre de gravité. La guerre en Iran absorbe l’attention, les porte-avions, les budgets.

La Russie n’est pas une alliance possible. Trop d’antagonisme. Mais Washington ouvre des canaux discrets. Poutine, le 3 septembre 2026, déclare via News18 : «Nous sommes favorables au rétablissement de relations pleines et entières avec les États-Unis».

L’Amérique du Sud se réduit aux marges proches. Le Venezuela, la Colombie, les zones frontalières. Rien de plus.

Partout, la carte se resserre. Ce n’est pas un repli. C’est une concentration sur les zones vitales.

Le retour de 1815

En 1815, le Congrès de Vienne instaurait un équilibre des puissances européennes. La question centrale était simple : qui commande l’Europe ?

Talleyrand, le négociateur français, entre au Congrès de Vienne en 1814. La France a perdu la guerre, mais il la fait encore asseoir à la table. Dans ses Mémoires, il raconte son intervention face aux puissances alliées : «S’il y a encore des puissances alliées, je suis de trop ici». La question de 1815 n’a pas vieilli.

Cette question revient aujourd’hui, sans réponse institutionnelle.

L’Union européenne aurait dû être la continuation du traité de 1815, un nouvel ordre européen. Elle ne l’est pas devenue. Elle reste une structure économique sans défense commune, sans politique étrangère commune, sans volonté unique.

La chimère

Les chiffres documentent l’échec.

L’UE dépense 343 milliards d’euros en défense en 2024, mais sans capacité collective. La capacité de déploiement rapide de l’UE n’a jamais été utilisée. La Hongrie a bloqué les décisions de politique étrangère du Conseil à 21 reprises depuis 2022.

Le programme d’avion de combat franco-allemand-espagnol, le FCAS, s’est effondré.

Karol Nawrocki, président de la Pologne, a opposé son veto au prêt européen de 44 milliards d’euros en mars 2026. Il l’a justifié ainsi : «La sécurité de la Pologne ne peut pas dépendre de décisions étrangères». L’Europe divisée est une Europe qui s’affaiblit.

Yannis Maniatis, vice-président du groupe Socialistes et Démocrates au Parlement européen, le dit le 10 juin 2026 : «Le résultat d’aujourd’hui est une énorme occasion manquée pour l’Europe et pour l’Union européenne de la défense. Il est extrêmement inquiétant que les États membres restent réticents à dépasser leurs intérêts nationaux étroits, même lorsque notre sécurité collective est en jeu».

L’Atlas Institute, le 20 mai 2026, pose le vrai danger : «Le vrai danger n’est pas que l’Europe échoue à bâtir une union de la défense, mais que l’élan retombe avant qu’elle ne devienne une institution durable».

La Belgique prévoit d’acheter des missiles américains pour environ 3 milliards d’euros. L’Allemagne achète des Tomahawk américains. Lockheed Martin et Rheinmetall produisent des ATACMS en Allemagne. Les pièces bougent, mais ce sont les Américains qui les fabriquent.

Ce qui reste

La menace russe pour l’Europe ne vient pas seulement de Moscou. Elle se nourrit aussi des choix européens, et désormais de la stratégie américaine. En redéployant ses forces, Washington transforme le continent en enjeu géostratégique. Les Européens, eux, ont tout à perdre et rien à gagner. Ils subissent la pression américaine et redoutent la menace russe.

L’Europe n’a pas seulement été alignée. Elle a choisi de l’être. Par aveuglement — la confiance dans la protection américaine, le refus de voir que Washington poursuivait ses propres intérêts. Et par vanité — l’Europe se croyait partenaire, alors qu’elle était un instrument. Elle avait le choix. Elle a suivi.

Que devient une Europe dont la force était empruntée, quand le prêteur change de route ?

 

 

source : Georisk Watch

https://reseauinternational.net/leurope-netait-pas-unie-elle-etait-alignee/

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