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Blog d'actualité politique

L’impasse de la défense aérienne ukrainienne : alliés réticents, stocks à sec

Publié le 5 Septembre 2026 par Vendémiaire in Europe Est & Centrale

L’impasse de la défense aérienne ukrainienne : alliés réticents, stocks à sec

5 septembre 2026

par Alexandre Lemoine

Les tentatives de l’Ukraine pour obtenir davantage de moyens de défense aérienne auprès de ses alliés restent pour l’instant infructueuses. La pénurie d’intercepteurs Patriot se fait sentir à l’échelle mondiale et les demandes s’accumulent. Les États-Unis se pressent de reconstituer leurs propres arsenaux, après avoir dépensé des centaines de missiles dans le conflit avec l’Iran. L’Ukraine tente désespérément de protéger son ciel contre les missiles russes, mais ses capacités et ses moyens financiers pour acheter de nouveaux intercepteurs s’épuisent. 

Kiev a lancé une nouvelle campagne pour collecter des moyens de défense antiaérienne auprès de ses partenaires occidentaux, dans un contexte de craintes croissantes que Moscou n’intensifie considérablement ses frappes de missiles cet hiver. 

Toutefois, toute une série de réunions cette semaine, de la rencontre informelle des ministres de la Défense de l’UE à une réunion spéciale des ambassadeurs de l’OTAN, n’a apporté aucun résultat. 

Les pays disposant de stocks confirmés d’intercepteurs PAC-2 et PAC-3 pour les systèmes Patriot de fabrication américaine, c’est-à-dire la Grèce, l’Espagne, le Japon, la Corée du Sud et d’autres, préservent leurs propres arsenaux et ne se pressent pas de les transférer à Kiev, rapporte Politico

Les lacunes dans la défense aérienne ukrainienne coïncident avec l’annonce de Moscou la semaine dernière de la préparation de frappes massives contre les infrastructures énergétiques de Kiev, alors que les villes ukrainiennes peinent déjà à faire face aux bombardements quotidiens. 

«Pour la première fois en cinq ans, j’ai vraiment peur de ce que la Russie peut accomplir en quelques mois», a confié Solomiia Bobrovska, députée du parti d’opposition Holos (Voix), membre de la commission de la Défense. 

Kiev ne cache pas sa frustration face à la diminution des livraisons d’armements clés. 

Un représentant officiel du gouvernement ukrainien a expliqué que les stocks d’intercepteurs Patriot à Kiev étaient quasiment à zéro et que le mécanisme de livraison de l’OTAN, par lequel les alliés achètent des armements américains essentiels, reste «la seule source fiable». En juillet, Kiev a déclaré que 95% de son arsenal provenait de ce programme. 

Cependant, selon l’expert militaire et directeur adjoint du Centre ukrainien de sécurité et de coopération, Dmytro Jmailo, même ces livraisons ne représentent que «10 à 20 missiles par mois», bien en deçà des besoins, sachant qu’en juillet la Russie a lancé 195 missiles contre l’Ukraine. 

Zelensky a déclaré que Kiev avait besoin de 300 intercepteurs Patriot pour passer l’hiver. L’Ukraine a également besoin de missiles air-air Amraam, Iris-T et AIM-9X, ainsi que de systèmes Hawk, particulièrement efficaces contre les drones à réaction. 

L’Allemagne, qui organisera une réunion virtuelle des pays européens le 8 septembre pour obtenir un soutien supplémentaire, devrait annoncer la livraison de nouveaux missiles antiaériens Iris-T ce mois-ci. La France et l’Italie ont également promis de fournir à Kiev des missiles intercepteurs Aster 30 d’ici octobre. 

Cinq des sept pays de l’UE possédant des systèmes Patriot, à savoir l’Allemagne, la Pologne, la Roumanie, l’Espagne et les Pays-Bas, ont déjà transféré à l’Ukraine des éléments de batteries ou des missiles. La Grèce et la Suède n’ont publiquement rien fourni, bien que Stockholm ait financé des livraisons de Patriot à Kiev. 

Cette semaine, les capitales ont fait pression sur Athènes et Madrid pour qu’elles partagent leurs intercepteurs, et plusieurs pays ont soulevé la question de manière informelle en marge de la réunion des ministres de la Défense de l’UE en Irlande mardi, selon deux diplomates européens. Mais la rencontre n’a débouché sur aucun nouvel engagement. 

À l’OTAN aussi «un lobbying très intense» est en cours, selon un diplomate de l’Alliance. Lors d’une réunion des ambassadeurs à huis clos mercredi, le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte a exhorté les alliés à ne pas lésiner sur l’aide militaire à l’Ukraine, selon deux diplomates de l’OTAN. Bien que plusieurs pays aient indiqué examiner de nouveaux paquets d’aide, aucune proposition concrète n’a été formulée. 

Les anciens grands fournisseurs, comme l’Allemagne, n’ont presque plus de moyens militaires disponibles, et les négociations avec les pays hors d’Europe sont dans l’impasse. 

Même si des intercepteurs apparaissaient soudainement sur le marché, l’Ukraine souffrirait toujours d’un manque de fonds. 

La semaine dernière, Zelensky a déclaré que Kiev serait confronté cette année à un trou de 23 milliards d’euros dans son budget de défense. Selon lui, cette brèche s’est formée parce que le ministère de la Défense a augmenté ses dépenses, utilisant des fonds initialement prévus pour le second semestre 2026. 

Cette année, l’Ukraine a déjà reçu environ 22,1 milliards d’euros sur les 28,3 milliards qu’elle peut consacrer à la défense grâce au prêt de l’UE de 90 milliards d’euros, a expliqué l’expert militaire Jmaïlo. Lundi, l’UE discutera d’une tranche supplémentaire de plusieurs milliards pour les intercepteurs, après que Kiev a demandé davantage de fonds. 

Le financement du programme OTAN Liste des besoins prioritaires de l’Ukraine (PURL) a également fléchi, les contributions annoncées cette année étant encore bien en deçà de l’objectif fixé par Rutte, qui était de réunir 12 milliards de dollars. 

D’où les nouvelles demandes adressées à l’Europe pour fournir à la fois des fonds et des intercepteurs.

 

 

source : Observateur Continental

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