Comme nous le voyons par ailleurs, les dirigeants européens , l'Allemagne en tête et en France avec Macron c'est pareil ont choisi d'ignorer le message des urnes. Il y a pourtant dans cette rare confusion quelques lignes forces qui relèvent de constantes et qui sont commentées ici par nos amis du groupe de chrétiens communistes qui sont parmi les gens les plus sensés de la période. Remarquez ils en arrivent à une conclusion assez proche de la mienne: la tendance est-elle que malgré toute cette agitation grotesque des dirigeants européens on peut espérer qu'ils finiront par être emportés par la logique de l'évolution géostratégique du monde multipolaire, mais qu'est- ce qu'on risque de prendre en attendant si il n'y a pas d'intervention à la mesure de l'urgence. Notez que la délicieuse Elif Erap qui parait échappée d'un film type Good by Lenin, de la RDA, est assez proche de la position actuelle de Fabien Roussel, elle a condamné l'intervention russe mais refuse bec et ongle les livraisons d'armes à l'Ukraine...
Publié par Danielle Bleitrach
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Source : www.farodiroma.it
Sur la photo : Elif Eralp
Les élections régionales du 20 septembre ont révélé une Allemagne profondément marquée par les conséquences de la crise économique, sociale et géopolitique. D'une part, l'AfD est arrivée en tête dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale avec 38,2 % des voix, tandis que la CDU du chancelier Friedrich Merz a chuté à 4,9 % et a été, pour la première fois, exclue du parlement régional. D'autre part, à Berlin, le parti Die Linke a réalisé un score historique en remportant environ 25 % des suffrages, devançant la CDU et l'AfD. ( ANSA.it )
Le phénomène politique le plus manifeste est donc la crise des partis traditionnels et, simultanément, la montée en puissance de forces situées aux extrémités opposées de l'échiquier politique. Ce tableau ne peut s'interpréter uniquement à travers le prisme de l'opposition gauche-droite : des revendications sociales différentes émergent dans les deux régions du pays, mais dans les deux cas, le vote témoigne d'un fort mécontentement à l'égard de la structure politique dominante.
Le nouveau service militaire et la préparation à la défense
Parallèlement, l'Allemagne poursuit le renforcement de la Bundeswehr. La nouvelle réglementation du service militaire, entrée en vigueur en 2026, impose l'enrôlement des jeunes hommes et prévoit initialement un système basé sur le volontariat. À compter du 1er juillet 2027, les hommes nés en 2008 ou après devront obligatoirement passer une visite médicale, tandis que la participation des femmes restera volontaire. Le gouvernement allemand a également mis en place 24 centres d'examens médicaux, afin de créer une structure nationale capable d'accompagner l'expansion prévue des forces armées. ( Bundesregierung )
La Bundeswehr indique que le nouveau système vise à renforcer les capacités de défense nationales et de l'Alliance, ainsi qu'à développer la réserve. Le plan du gouvernement prévoit de compter plus de 260 000 soldats d'active et 200 000 réservistes d'ici 2035. ( Gouvernement fédéral )
Le renforcement militaire est donc un aspect concret de la politique allemande. Il est tout autre chose d'affirmer, comme le font certains critiques, qu'il équivaut automatiquement à des préparatifs de guerre offensive contre la Russie. Cette interprétation relève du débat politique et ne doit pas être confondue avec les objectifs officiellement déclarés de Berlin, qui comprennent la dissuasion, la défense nationale et la défense de l'Alliance.
Il est clair, cependant, que la question du réarmement pèse de plus en plus lourd dans le débat public. L'Allemagne a assumé un rôle central dans le renforcement des forces armées européennes et a considérablement accru ses ressources de défense. Le débat porte désormais non seulement sur la sécurité extérieure, mais aussi sur le modèle économique et social que le pays entend mettre en place dans les années à venir.
L'AfD perce à l'Est et la CDU en paie le prix.
Le résultat dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale constitue un revers majeur pour la CDU. L'AfD a obtenu 38,2 % des voix, devançant de peu le SPD (35,5 %), tandis que la CDU n'a recueilli que 4,9 %, un score inférieur au seuil des 5 % et donc exclue du parlement régional.
Ce résultat est particulièrement significatif car la CDU était depuis longtemps une force politique stable en Saxe-Anhalt. Cette défaite s'ajoute au précédent revers en Saxe-Anhalt et alimente les débats internes au sein du parti de Merz.
Le chancelier a qualifié le résultat de « désastre », mais a exclu de démissionner et a déclaré vouloir poursuivre son travail à la tête du gouvernement et de la CDU. ( RaiNews )
L'AfD a immédiatement interprété ce résultat comme un rejet de la politique du gouvernement fédéral. Il est toutefois important d'éviter toute simplification excessive : le soutien dont bénéficie l'AfD ne se résume pas à un seul enjeu. L'immigration, la sécurité, la situation économique, les relations avec l'Union européenne, la politique énergétique et la guerre en Ukraine contribuent toutes à expliquer le tableau électoral, avec une importance variable selon les régions.
Berlin choisit la gauche et place le logement au centre.
Les résultats de la capitale, en revanche, présentent une dynamique tout autre. Le parti Die Linke, dirigé par Elif Eralp, a réalisé son meilleur score historique à Berlin, dépassant les 25 % et faisant plus du double de son résultat de 2023. La CDU arrive en deuxième position, tandis que l'AfD se classe troisième.
La campagne de la Gauche s'est principalement concentrée sur la question du logement. Berlin connaît depuis des années de fortes tensions sur le marché locatif, et le parti a bâti un élément crucial de sa proposition sur la nécessité de soustraire une part importante du parc immobilier à la spéculation.
Le programme prévoit l'expropriation, assortie d'indemnisations, des grandes sociétés immobilières propriétaires de milliers de logements, le renforcement du logement social et public, ainsi que des mesures visant à contenir la hausse des loyers. Cette proposition fait directement écho au référendum de 2021, lors duquel une majorité d'électeurs berlinois s'était prononcée en faveur de la socialisation des grandes sociétés immobilières. ( Reuters )
La victoire d'Eralp, avocate spécialisée dans les droits humains et fille de réfugiés turcs, revêt ainsi une dimension symbolique. Le Parti de gauche a cherché à transformer la crise des loyers, les difficultés urbaines et la pénurie de logements en un programme politique marquant une rupture radicale avec les politiques traditionnelles.
Ce résultat ne signifie toutefois pas que le parti puisse gouverner automatiquement. Pour obtenir la majorité, il devra négocier avec le SPD et les Verts et définir un programme commun. Les chiffres rendent possible une alliance rouge-rouge-verte, mais la gouvernabilité de la capitale reste à confirmer.
Paix, réarmement et Ukraine : la position du Parti de gauche
L'un des éléments qui distinguent la Gauche de Kiev des autres forces de gauche allemandes concerne sa politique étrangère. Le parti condamne l'invasion russe de l'Ukraine, mais s'oppose aux livraisons d'armes à Kiev et à l'augmentation des dépenses militaires, plaidant pour la réouverture du dialogue diplomatique et la recherche d'une solution négociée.
Le parti de gauche conteste également l’approche de la « Zeitenwende », le changement de cap de la politique de sécurité allemande initié après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, et prône une plus grande autonomie de la politique étrangère européenne vis-à-vis des États-Unis et de l’OTAN.
Sur ce point, la position du parti Die Linke diffère toutefois de celle de l'AfD. Le parti de gauche allemand condamne l'agression russe et ne partage pas la position de l'AfD à l'égard de la Russie. La différence réside principalement dans les moyens employés : Die Linke privilégie la diplomatie, la réduction de la course aux armements et la réouverture des canaux politiques et culturels avec Moscou.
Cette distinction est importante car elle empêche d'interpréter le vote allemand comme un simple affrontement entre partis « pacifiques » et « militants ». Les positions sont plus nuancées et englobent différentes combinaisons de soutien à l'Ukraine, de sanctions, de réarmement, de diplomatie et de relations avec l'OTAN.
Une Allemagne de plus en plus divisée
Le tableau d'ensemble reste toutefois celui d'une Allemagne politiquement fragmentée. À l'est, l'AfD recueille une part importante des voix contestataires, tandis qu'à Londres, Die Linke s'attaque principalement aux problèmes sociaux liés au logement, aux loyers et à la transformation urbaine. Au centre, les partis traditionnels – et notamment la CDU de Merz – subissent une forte baisse de popularité.
Dans cette perspective, les élections du 20 septembre peuvent être interprétées comme un signal d'alarme pour le centre politique allemand. Toutefois, aucun message unique ne se dégage des électeurs : dans les régions de l'Est, les questions liées à l'immigration, à la sécurité, à l'économie et à la politique envers la Russie sont les principales préoccupations ; à Berlin, en revanche, ce sont le logement, les services publics et la transformation sociale de la capitale qui priment.
Il est significatif que deux forces aussi différentes que l'AfD et Die Linke aient gagné du terrain tandis que la CDU a reculé. Cela illustre combien il est devenu difficile pour les partis traditionnels de représenter une société confrontée simultanément à une crise économique, une guerre, une transition énergétique, une pénurie de logements et des transformations géopolitiques.
Nord Stream et la question énergétique
La question énergétique revient inévitablement dans le débat sur la crise allemande. La destruction des gazoducs Nord Stream a privé l'Allemagne d'une infrastructure essentielle qui permettait l'importation directe de gaz russe. Les conséquences pour l'économie allemande, et notamment pour les industries énergivores, ont été considérables.
Il est toutefois inexact de présenter comme un fait établi l'affirmation selon laquelle l'attaque aurait été « planifiée par les Américains » et exécutée par des Ukrainiens et des Polonais. Les enquêtes allemandes ont cependant abouti, en 2026, à la mise en examen d'un citoyen ukrainien soupçonné d'avoir participé au sabotage ; la procédure judiciaire se poursuit dans le cadre d'une enquête complexe. ( tagesschau.de )
Il n'en demeure pas moins que la perte d'accès de l'Allemagne à une source d'énergie russe à bas coût et les répercussions de la transformation du système énergétique qui en découle sur le modèle industriel allemand restent politiquement pertinentes. C'est l'un des indicateurs du fossé grandissant entre une partie de l'opinion publique et les décisions prises par la classe dirigeante ces dernières années.
Le problème de Merz n'est pas seulement électoral.
Le scrutin double du 20 septembre pose donc à Friedrich Merz un problème qui dépasse largement le simple résultat de la CDU. Le chancelier doit gouverner une Allemagne où une part croissante de l'électorat conteste l'establishment traditionnel, tandis que le centre politique perd du terrain aussi bien à droite qu'à gauche.
La possibilité d'une future collaboration entre la CDU et l'AfD est régulièrement évoquée dans le débat public allemand, mais la CDU n'a pas encore pris de décision à ce sujet et maintient formellement sa position d'exclusion de tout accord avec l'AfD. Toute avancée potentielle nécessiterait donc un changement politique majeur et ne saurait être considérée comme acquise.
Le point essentiel est différent : la montée en puissance de l’AfD et la progression simultanée de la gauche démontrent que le mécontentement social peut s’orienter vers des directions politiques radicalement différentes. À Berlin, les manifestations se sont transformées en une revendication d’intervention publique dans le logement ; à l’Est, une part importante des votes lors des manifestations est allée à l’AfD.
L'Allemagne apparaît ainsi comme un laboratoire des contradictions européennes. D'un côté, le renforcement militaire et le retour de la logique de dissuasion ; de l'autre, une revendication de paix, de diplomatie et d'autonomie stratégique. D'un côté, la crise du marché immobilier et les demandes d'intervention de l'État ; de l'autre, les protestations contre l'immigration et les institutions traditionnelles.
Les élections du 20 septembre n'apportent pas de réponse définitive à ces contradictions. Elles envoient toutefois un signal très clair : le centre politique allemand ne peut plus considérer comme acquis le consensus d'une société exigeant des réponses concrètes en matière de sécurité, d'emploi, d'énergie, de logement et de paix. Et c'est précisément notre capacité à aborder collectivement ces questions qui déterminera l'orientation politique de l'Allemagne dans les années à venir.
Aurelius Tarquini
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