Les dégâts du cocktail de pesticides sur le corps varient en fonction du régime alimentaire. - © Louisa T. / Reporterre
8 septembre 2026
La quantité règlementaire de pesticides dans les aliments n’est pas protectrice de notre santé, montre une étude. L’effet cocktail auquel nous sommes exposés a des effets néfastes, même à des doses où chaque pesticide pris seul est considéré comme sûr.
Les liens entre pesticides et maladies humaines, en particulier certains cancers, sont bien établis scientifiquement. Des effets réaffirmés en France par l’expertise collective de 2021 de l’Inserm. Mais il reste beaucoup d’interrogations à éclaircir pour comprendre comment les pesticides altèrent le fonctionnement de notre organisme, et à quelles doses. Une nouvelle étude, publiée le 1ᵉʳ septembre dans Archives of Toxicology, a ainsi regardé si un mélange de pesticides à des doses considérées comme sans risque pour la santé humaine avait des effets toxiques sur le foie.
Résultat : l’équipe Toxalim de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement, à l’origine de l’étude, a trouvé des dysfonctionnements du foie et du système de régulation du glucose liés à quatre pesticides présents dans notre alimentation à des doses réglementaires. Autrement dit, il y a bien un effet cocktail des quatre molécules qui, prises isolément, n’auraient pas eu d’effets nocifs.
Un effet cocktail ignoré par la règlementation
« Ce résultat confirme une question clé pour l’évaluation des pesticides : comment mesurer leur toxicité sachant que nous sommes exposés à des mélanges et non à des pesticides isolés », souligne Laurence Payraste, toxicologue et autrice de l’étude. Aujourd’hui, toute la réglementation des pesticides ignore cet effet cocktail.
« Ces résultats sont importants pour la communauté scientifique car ils étudient l’impact d’une exposition à des mélanges de pesticides, ce qui reste encore largement inexploré », commente Sylvie Bortoli, toxicologue dans l’unité Inserm Healthfex qui n’a pas participé à l’étude.
« Les effets des pesticides sur la santé peuvent varier en fonction du régime alimentaire »
« Ils sont très originaux, poursuit la scientifique, car ils montrent aussi clairement que les effets des pesticides sur la santé peuvent varier en fonction du régime alimentaire. »
Après avoir testé en laboratoires les substances pour vérifier qu’elles aient bien des effets sur le fonctionnement des cellules humaines du foie, les chercheurs de Toxalim les ont administrées via l’alimentation à des souris pendant six mois. Ils ont évalué l’action des pesticides selon deux régimes : une alimentation standard et un régime plus gras, que les chercheurs ont nommé « régime occidental ».
Ce cocktail de pesticides, ont observé les chercheurs, a systématiquement eu des effets délétères, mais ceux-ci ont différé en fonction du régime alimentaire. En régime normal, les chercheurs ont retrouvé une accumulation de graisses dans le foie, marque d’une maladie hépatique, signifiant que les pesticides ont altéré le métabolisme des lipides. Le régime occidental a, lui, altéré le métabolisme du glucose, les souris ayant montré des signes précurseurs du diabète.
Un foie qui ne filtre plus correctement
Les chercheurs ont aussi observé que les pesticides étaient bien retrouvés dans le foie des souris nourries normalement, mais pas chez celles ayant un régime gras. « Selon le régime alimentaire, les pesticides ne se distribuent pas de la même façon dans le corps », explique Laurence Payraste.
L’étude montre aussi que les gènes hépatiques impliqués dans la détoxification n’ont pas été activés chez les souris soumises au régime occidental. Le foie n’a donc pas joué son rôle de filtre des substances étrangères toxiques.
Plusieurs hypothèses sont avancées : d’une part, les pesticides lipophiles [1] peuvent être accumulés dans les tissus adipeux des souris plus grasses nourries à l’occidentale et donc stockés ailleurs que dans le foie. Par ailleurs, certains pesticides pourraient bloquer des enzymes de détoxification.
L’équipe de Laurence Payraste a travaillé avec des épidémiologistes à partir des connaissances des expositions humaines aux pesticides de la cohorte Nutrinet Santé — qui compte plus de 170 000 personnes — pour choisir les pesticides à tester. Quatre substances [2] sont sorties du lot, identifiées comme présentes dans notre alimentation et ayant des effets au niveau hépatique et dans la survenue de diabète. Des substances qui, montrent les résultats de Toxalim, sont nocives pour notre santé même à une dose jugée sûre par les autorités sanitaires.
https://reporterre.net/Effet-cocktail-des-pesticides-mauvais-pour-la-sante-meme-aux-doses-legales
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