Des revendications légitimes, une réponse sécuritaire
Depuis plusieurs jours, des milliers de lycéens, majoritairement issus de quartiers populaires, occupent les abords de leurs établissements pour dénoncer des conditions d’étude dégradées et indignes, des classes surchargées, l’absence de professeurs et une rentrée chaotique. Leurs revendications sont claires : plus de moyens pour des lycées salubres et ne tombant plus en ruine, plus de personnels, des emplois du temps soutenables et un avenir digne.
Face à cette colère légitime dela jeunesse de France, l’avenir du pays, le pouvoir macrono lepéniste a choisi la réponse sécuritaire par la violence policière et politique. Lundi 28 septembre, 180 lycées étaient concernés par des actions de blocage ou de perturbation, et 164 interpellations ont été recensées par le ministère de l’Intérieur. Une douzaine de lycéens ont été blessés, selon les mêmes sources officielles, tandis qu’une enquête de l’IGPN a été ouverte après la diffusion d’une vidéo montrant un policier tirant à bout portant sur un lycéen avec un lance-grenades Cougar à Saint-Ouen-l’Aumône. Ce jeune a été grièvement mutilé au sortir de l’enfance. Rappelons que cet usage de cet arme est complétement interdit dans ces conditions.
Un usage de la force disproportionné et juridiquement contestable
Les syndicats et organisations de personnels dénoncent des interventions policières « sans discernement », parfois violentes, conduisant à des blessures et à des placements en garde à vue d’élèves mineurs. Le SNES-FSU, le SNEP-FSU et le SNUEP-FSU qualifient ces violences d’« inacceptables » et rappellent que les lycéens ont le droit de s’exprimer et de se mobiliser dans un cadre démocratique.
La CGT exige l’arrêt de la présence policière sur les blocages, aucune poursuite judiciaire ou administrative contre les élèves mobilisés, la libération immédiate des élèves arrêtés et la poursuite des policiers auteurs de violences. La FNEC FP-FO et le SNFOLC relaient des appels intersyndicaux demandant « stop à la répression » et affirmant leur solidarité avec les lycéens.
Sur le plan juridique, ces interventions posent des problèmes fondatementaux vis à vis des droits constitutionnels, législatifs et réglementaires. Le droit de réunion et la liberté d’expression des mineurs, encadrés par le Code de l’éducation et la Convention internationale des droits de l’enfant, ne sauraient être neutralisés par une présence policière systématique devant les établissements. L’usage de la force doit être strictement proportionné, nécessaire et gradué ; le tir à bout portant d’un lance-grenades sur un lycéen, s’il est avéré, constitue une faute disciplinaire et potentiellement pénale grave. Il constitue surtout un instrument de terreur politique visant à « faire peur pour faire taire », à l’image des yeux crevés et des mains arrachés pendant la mobilisation des gilets jaunes contre la vie chère.
Un pouvoir minoritaire qui préfère les policiers aux enseignants
Ce choix répressif n’est pas un accident : il est la traduction politique d’un pouvoir illégitime. Avec seulement 18% d’opinion favorable dans les sondages récents, l’exécutif ne dispose d’aucune assise populaire solide. Mais seulement du soutien des députés RN avec qui il vote au pas cadencé la destruction de la France républicaine. Plutôt que d’augmenter le nombre d’enseignants, d’ouvrir des postes d’enseignants titulaires qualifiés, payés décemment, et de rénover le bâti scolaire des établissements publics, il augmente les effectifs et les budgets de la police, envoie des commissaires là où il faudrait des professeurs, et transforme chaque mobilisation sociale en problème d’ordre public.
En 2026, les subventions publiques vont aux gymnases et aux piscines de l’établissement confessionnel Stanislas plutôt qu’au lycée public Éluard. En 2026, un gardien de la paix débutant gagne bien plus qu’une professeure des écoles. Pour des qualifications bien moindres.
La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, l’a dit clairement : « C’est au ministère de l’Éducation nationale de gérer les mobilisations lycéennes, pas au ministère de l’Intérieur. » Pourtant, ce sont bien les ministres de l’Intérieur et de l’Éducation qui, dans un télégramme commun, ont annoncé que les forces de l’ordre interviendraient en cas de « blocage total » et de « violences », après concertation avec le chef d’établissement.
Marcher vers la guerre sociale plutôt que vers l’école pour tous
Cette logique répressive s’inscrit dans une orientation plus large : austérité budgétaire, coupes de 54 milliards d’euros évoquées par les syndicats, sélection renforcée via Parcoursup, et absence de projet social pour la jeunesse. À la place d’un plan massif de recrutement dans l’Éducation, le gouvernement choisit la marche à la guerre sociale : criminalisation des mobilisations, durcissement pénal, stigmatisation des quartiers populaires.
L’Union syndicale lycéenne (USL) a appelé au blocage général des lycées le 29 septembre, jour de mobilisation nationale dans la fonction publique, généralisant à tout le territoire ce qui a commencé en Île-de-France. L’union des revendications, c’est aussi la prise de conscience que les coupes budgétaires sont la conséquence des critères de convergence et de stabilité gravés dans le marbre du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, tout autant que de la guerre ruineuse que mène cette même UE à ses marches de l’Est pour s’étendre et pouvoir délocaliser encore plus à l’Est, en Ukraine. L’USL et l’UE ont lancé un nouvel appel à la mobilisation dès le 6 octobre.
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