Les prévisions du gouvernement quant à la crise qui nous attend – mais qui est en fait déjà là – semblent bien optimistes. Un à un, les ministres se veulent rassurants. La France peut « espérer (…) passer à travers sans trop de dommages » disait Roland Lescure en mars dernier. « Il n’y a pas d’inquiétude à avoir sur l’approvisionnement [notamment de kérosène] » ajoutait-il en avril.
Ce que ne dit pas le ministre de l’Économie, c’est que la crise n’est pas qu’énergétique. C’est la grande particularité du détroit d’Ormuz ; contrairement à d’autres passages maritimes, c’est aussi – et surtout – un lieu où se concentrent les productions. Même si le trafic reprenait immédiatement et qu’un accord était trouvé, cela ne rétablira pas la situation. Des infrastructures industrielles ont été détruites et des chaînes de production ont été rompues.
La région du Golfe est une gigantesque base mondiale de transformation chimique primaire. Plastiques, engrais, solvants, polymères, produits intermédiaires… une partie énorme de la chaîne industrielle mondiale dépend directement de la région. La combinaison d’hydrocarbures abondants, de gaz naturel à bas coût et de qualités de pétrole particulièrement adaptées à la pétrochimie a favorisé le développement de plateformes intégrées raffinage + pétrochimie.
On parle de plastiques, d’emballages, de peintures, de mousses industrielles, de pièces automobiles et de tant d’autres produits pour lesquels un choc inflationniste paraît difficilement évitable.
C’est sans compter les destructions induites de capacités productives. Dans l’industrie pétrolière et gazière, l’arrêt prolongé d’installations entraîne des pertes de production sur le temps long. Certains puits peuvent devenir beaucoup plus difficiles — ou plus coûteux — à exploiter après interruption.
Une crise énergétique et chimique donc, mais aussi alimentaire. Une part considérable de la production mondiale d’ammoniac aurait été perdue. Pas d’ammoniac, pas d’engrais azotés. Pas d’engrais azotés, peu de rendements de blé, de maïs ou de riz. Plus de 20% de l’offre d’aluminium a d’ores et déjà été interrompue. Plus de 30% pour l’hélium, nécessaire à la production de semi-conducteurs.
Mis bout à bout, les réactions en chaîne seront dévastatrices. D’abord pour les pays pauvres, mais aussi pour la France. Le CEMI table sur une croissance du PIB de -1,1% en 2026 et de -0,9% en 2028 ; tout en indiquant que ces estimations restent fragiles au regard des différents facteurs qui pourraient atténuer ou, à l’inverse, aggraver la situation.