Les salariés de Décathlon seront en grève ce samedi. Une mobilisation qui aura peut-être des répercussions bien plus larges et, espérons-le, finira par s’étendre à de nombreuses entreprises du pays. Pourquoi ? Parce qu’elle est intimement liée à la crise économique qui vient. Parce que, lors des dernières négociations annuelles, personne n’avait pu prendre la mesure du choc à venir, provoqué par le blocage du détroit d’Ormuz. Et parce que cette fois, l’État ne pourra probablement pas amortir la chute du pouvoir d’achat à coups de chèques et de rustines budgétaires. Reste alors une seule issue : aller chercher l’argent là où il est. Du côté des grandes entreprises qui, disons-le franchement, se font les choux gras sur la crise. Salaires, prix, profits.
La grève qui arrive dans l’enseigne de sport préférée des Français ressemble à un premier craquement. Reprenons.
En 2025, Décathlon a vu son chiffre d’affaires grimper à près de 17 milliards d’euros, en hausse de 4 %. Son bénéfice net, lui, a bondi de 16 %, atteignant 910 millions d’euros. « Des bénéfices qui s’accumulent et un pouvoir d’achat qui recule », résument les organisations syndicales. François Lenglet, économiste pourtant peu suspect de sympathie révolutionnaire, remarquait quant à lui que « paradoxalement, c’est la bonne santé de l’enseigne qui a déclenché le mouvement ». À l’évidence surtout, la bonne santé des actionnaires.
Les salariés exigent donc des augmentations de salaires, davantage de moyens et une meilleure reconnaissance, conformément à la croissance de l’entreprise. Rien que de très logique. Une situation presque banale, au fond.
Mais François Lenglet remarque à juste titre qu’il y a aussi « une toile de fond qui est la même pour bon nombre d’entreprises françaises ». Les hausses salariales, déjà très faibles ces dernières années, ne permettent plus un instant de faire face aux prix chers. Les négociations annuelles obligatoires – bouclées fin d’année dernière et début 2026 – sont devenues caduques, tant l’agression israélo-américaine contre l’Iran a rebattu les cartes.
L’explosion des prix du pétrole et du gaz a inévitablement tiré l’inflation vers le haut. Comme nous l’écrivions dans nos colonnes, c’est une lente dérive qui ne se manifeste pas par un choc spectaculaire. Chaque jour qui passe aggrave encore davantage la situation. La crise se développe souvent par étapes successives. D’abord, les prix de l’énergie augmentent. Ensuite, les coûts de transport s’élèvent et les délais de livraison s’allongent. Puis les industries réduisent leur production et les investissements ralentissent. Enfin, les effets se transmettent à l’agriculture, à l’emploi et au pouvoir d’achat.
En trois petits mois, la guerre est venue frapper le portefeuille des Français. Et la mobilisation qui arrive à Décathlon pourrait être un signe avant-coureur d’une mobilisation bien plus large.