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Blog d'actualité politique

L’une des dernières interviews de Nicolás Maduro avant son enlèvement par les forces américaines

Publié le 4 Septembre 2026 par Vendémiaire in Amérique du Sud et Centrale, Entretiens, Histoire - textes fondamentaux - débats - biograph...

L’une des dernières interviews de Nicolás Maduro avant son enlèvement par les forces américaines

4 septembre 202

par Ignacio Ramonet

18 novembre 2025 — (…) Je connais Nicolás Maduro depuis une vingtaine d’années, depuis l’époque où il était le brillant ministre des Affaires étrangères de la Révolution bolivarienne. J’ai toujours apprécié sa modestie, son intelligence étonnante, sa grande culture politique, son attachement au dialogue et à la négociation, sa loyauté inébranlable envers les valeurs et principes progressistes, son sens aigu de l’humour, sa vision austère de la vie ancrée dans ses origines modestes, ainsi que sa fidélité sans faille au commandant Hugo Chávez.

Je lui demande comment il interprète le contexte actuel de pressions, de calomnies et de menaces contre le Venezuela. Alors qu’il conduit prudemment dans la douce lumière du crépuscule d’Aragua, il me répond :

Nicolás Maduro : Ils se sont donnés beaucoup de mal pour élaborer un nouveau récit — celui du «narco-terrorisme» —, mais, au fond, c’est la même chose qu’ils ont toujours faite : créer un prétexte pour anéantir un espoir. Rappelez-vous, par exemple, qu’en 1954, ils ont accusé Jacobo Árbenz, le président démocratiquement élu du Guatemala, d’être un «communiste» parce qu’il avait mis en œuvre une modeste réforme agraire. Ils ont orchestré un coup d’État, une intervention militaire, et l’ont renversé. Plusieurs décennies plus tard, ils se sont excusés, reconnaissant qu’Árbenz n’était pas communiste et qu’ils avaient commis une erreur…

Dix ans plus tard, en 1964, au Brésil, ils ont fait la même chose au président João Goulart… Et ils se sont à nouveau excusés quelques décennies plus tard… Et en 1965, ils ont recommencé en République dominicaine avec le président Juan Bosch. Ils l’ont accusé d’être un «communiste» et ont envahi le pays avec quelque 20 000 marines et des forces de l’OEA. Et bien des années plus tard, ils ont à nouveau reconnu que Juan Bosch était un véritable démocrate et que l’invasion avait été une erreur. Et en 1973, le même scénario s’est reproduit au Chili contre le président Salvador Allende. Et les mêmes excuses tardives.

En dehors de l’Amérique latine, ils ont appliqué la même formule criminelle. Par exemple, en Iran, en 1953, ils ont renversé Mohammed Mossadegh parce qu’il avait nationalisé l’industrie pétrolière. Ils l’ont accusé d’être un «communiste», mais c’était un démocrate, comme tous les historiens le reconnaissent aujourd’hui. Or, ce crime a déstabilisé l’Iran et le Moyen-Orient jusqu’à ce jour. Combien de guerres ? Combien de millions de morts depuis lors ?

Depuis la fin de la Guerre froide en 1989, ils inventent d’autres prétextes. Tout le monde se souvient, par exemple, des mensonges sur l’Irak en 2003 concernant les prétendues «armes de destruction massive» qui n’ont jamais existé. Ils ont eux-mêmes fini par l’admettre.

Aujourd’hui, ils ont concocté un nouveau récit, celui du «narco-terrorisme», aussi mensonger que ceux qui l’ont précédé. C’est pourquoi je dis : n’attendons pas des décennies pour reconnaître un mensonge. Reconnaissons-le dès maintenant. Et évitons les affrontements, la dévastation et les tragédies inutiles. Nous avons confiance en Dieu, et nous nous efforcerons toujours de privilégier le dialogue, la négociation et la paix.

Ignacio Ramonet : Et s’ils passaient à l’action ?

Nicolás Maduro : Dieu nous en préserve. Nous sommes prêts à dialoguer et à défendre la paix. Mais nous nous sommes également préparés à toute éventualité. Nous avons exhorté toutes nos forces populaires, sociales, politiques, militaires et policières à ne jamais céder aux provocations ; mais s’ils veulent venir tuer un peuple chrétien ici, en Amérique du Sud, nous appelons nos citoyens à se mobiliser avec ferveur patriotique, ce qui est notre droit légitime et souverain.

J’ai déjà dit que s’ils devaient passer à l’action pour tenter de déstabiliser le Venezuela, dès cet instant-là, l’ordre de mobilisation et d’opérations de combat de l’ensemble du peuple serait décrété, et la classe ouvrière vénézuélienne lancerait une grève générale insurrectionnelle.

Et j’ajouterai ceci : nous sommes déterminés à être libres. Aucune puissance étrangère n’imposera sa volonté à notre pays souverain. Mais s’ils rompent la paix et persistent dans leurs intentions néocoloniales, ils auront une énorme surprise. Je prie pour que cela n’arrive pas, car — je le répète — ils subiront un choc majeur. Nous voulons la paix, mais nous sommes prêts. Très bien préparés, à toute éventualité. Ils ont été prévenus.

Ignacio Ramonet : Leurs ennemis disposent d’une puissante cinquième colonne au sein même du Venezuela. L’extrême droite, et même une partie de la droite, n’hésitera probablement pas à s’allier aux envahisseurs s’ils décident finalement de franchir le Rubicon. Ne le pensez-vous pas ?

Nicolás Maduro : Elle n’est pas si puissante que ça… Ce sont ses alliés à l’étranger qui le sont. Mais ici, elle bénéficie de très peu de soutien. Ne croyez pas ce que certains médias internationaux ne cessent de répéter. Cette «droite malmenée», comme je l’appelle, est avant tout très déloyale, très traîtresse. Car il faut être vraiment ignoble et tout à fait vil pour souhaiter et exiger qu’une puissance étrangère envahisse votre patrie et vole au peuple, à vos concitoyens, la richesse qui appartient à tous. C’est la chose la plus ignoble qu’on puisse imaginer en politique. Ce sont des vermines. Et il est vrai que certains manœuvrent pour aider l’ennemi.

Début octobre, par exemple, nous avons découvert que des secteurs extrémistes de cette droite locale préparaient un attentat sous faux pavillon à l’aide d’explosifs meurtriers contre l’ambassade des États-Unis à Caracas. Leur plan consistait ensuite à accuser notre gouvernement de cet attentat par le biais des médias et à provoquer une escalade militaire. Grâce à nos services de renseignement, nous avons pu déjouer ce complot et avertir les autorités américaines par la voie diplomatique. Nous leur avons fourni tous les détails : les noms des individus impliqués, leurs noms de famille, les horaires des réunions, le type d’explosif — tout. Le pire a été évité.

Quelques semaines plus tard, le 26 octobre, nous avons capturé un groupe de trois mercenaires liés à la CIA qui s’apprêtaient également à mener une opération sous faux pavillon dans les eaux de Trinité-et-Tobago, en lançant une attaque contre ce pays dans le but de provoquer une riposte armée contre le Venezuela et de solliciter l’aide de la marine américaine. Là encore, nous avons pu empêcher l’escalade et démanteler le complot.

Malheureusement, cela n’a pas toujours été le cas. Rappelons-nous que la tentative de coup d’État contre Chávez, le 11 avril 2002, a été déclenchée par une attaque sous faux pavillon à Puente Llaguno, à Caracas, lorsque des hommes armés engagés par l’opposition ont ouvert le feu sur des manifestants de droite, tuant dix-neuf personnes et en blessant cent vingt-sept…

Un autre exemple est celui du 6 décembre 2002, à Caracas, lorsque la droite a organisé un grand rassemblement anti-Chávez sur la place Altamira et qu’un homme armé d’un pistolet est soudainement apparu et a ouvert le feu sur la foule. Il a tué trois personnes et en a blessé vingt-neuf autres. Tout semblait indiquer qu’il s’agissait d’un «partisan de Chávez» prenant pour cible les opposants à Chávez. Mais l’homme a été arrêté. Il s’agissait d’un citoyen portugais, José de Gouveia, arrivé à Caracas la veille en provenance de Lisbonne. Il avait été engagé par des agents de l’opposition elle-même pour mener cette attaque «sous faux pavillon» dans le but de provoquer un soulèvement populaire contre le gouvernement. Dieu merci, nous avons pu déjouer ce complot criminel à temps. Mais oui, malheureusement, c’est le mode opératoire habituel de cette opposition, qui a la trahison gravée dans l’âme.

La nuit est tombée. Et il commence à bruiner. La circulation est assez dense en direction de la capitale. Nous ne sommes pas dans un cortège présidentiel. Il n’y a pas non plus de motards pour ouvrir la voie. Seul un véhicule banalisé nous précède, transportant quelques gardes du corps en civil. Nous nous fondons dans la circulation habituelle. Nicolás Maduro conduit calmement. Il ne montre aucun signe d’anxiété ni de fatigue, bien qu’il avoue ne pas avoir déjeuné et qu’il fasse déjà nuit noire… Je remarque qu’il est très concentré ; il fait preuve d’un sang-froid impressionnant, malgré les menaces de plus en plus flagrantes.

Ignacio Ramonet : Qu’est-ce qui, selon vous, explique cette agression soudaine et brutale de l’ennemi ?

Nicolás Maduro : En réalité, ce à quoi nous assistons est une tentative de repositionner les États-Unis en tant que puissance hégémonique dans un contexte géopolitique qui a considérablement évolué depuis l’impressionnante ascension de la Chine et l’émergence des BRICS en tant que force décisionnaire mondiale. L’hégémonie mondiale exercée par Washington est de plus en plus remise en cause par ces puissances émergentes. Dans ce nouveau contexte, la décision de la Maison Blanche et du Pentagone est de renforcer en premier lieu le théâtre de sécurité le plus proche du territoire des États-Unis, c’est-à-dire l’Amérique latine et les Caraïbes, son ancienne «arrière-cour»… Il s’agit de réaffirmer sa domination sur une région que, depuis 150 ans et depuis la doctrine Monroe [1823], Washington considère comme une sorte de «protectorat exclusif», avec une «souveraineté limitée» pour les pays de cette zone, notamment le Venezuela. Une région que le Département d’État considérait également, depuis 1945 et la fin de la Seconde Guerre mondiale, comme une sorte d’«arrière-garde stratégique».

Ce que cette nouvelle administration souhaite, en exerçant des pressions et en menaçant le Venezuela, c’est d’envoyer un message politique de force et de domination à tous les États du continent. Elle déclare : «Nous sommes de retour !» «L’Empire est de retour, et nous allons réoccuper notre position centrale et dominante sur ce continent !» Mais le temps a passé, et comme je l’ai déjà dit, le contexte géopolitique n’est plus le même. L’ère de la diplomatie des canonnières est révolue. Il en va de même pour l’ère des coups d’État et des interventions militaires. L’époque de William McKinley et de Theodore Roosevelt ne reviendra pas. Peu importe la nostalgie que la Maison Blanche puisse éprouver à leur égard…

Le nouvel ordre international est de plus en plus multipolaire et multicentrique. Les pôles de pouvoir se sont multipliés, et il existe désormais quelque chose qui n’existait pas auparavant : le Sud mondial. Le Venezuela fait partie de ce Sud mondial et compte de nombreux alliés puissants. Et la consolidation de ces nouveaux pôles de pouvoir érode inévitablement l’influence géopolitique des États-Unis.

C’est pourquoi ils voudraient faire du Venezuela un exemple. Pour décourager les alliances alternatives et contenir l’expansion d’autres puissances du BRICS — la Chine, la Russie et l’Inde — dans cette région. Les néo-impérialistes de Washington souhaitent rétablir un contrôle politique et militaire exclusif sur ce continent afin de reprendre le contrôle des principales ressources stratégiques de l’Amérique latine, telles que le pétrole, le gaz, le cuivre, le lithium, les terres rares et l’eau. Ils n’y parviendront pas. L’horloge de l’histoire ne tourne pas en arrière. Et quelle que soit la force de leur nostalgie impériale, l’aspiration à la liberté et à la souveraineté de nos peuples est encore plus forte.

Nous sommes désormais à Caracas. Sous une légère bruine intermittente, nous roulons sur les interminables autoroutes urbaines de cette capitale chaotique mais étrangement attachante, en slalomant à travers d’horribles embouteillages.

N’importe quel autre conducteur perdrait son sang-froid. Mais pas le président, qui semble être dans son élément. N’a-t-il pas été, pendant tant d’années, un chauffeur de bus coincé dans ces embouteillages apocalyptiques ? Il conduit calmement, flegmatiquement, tout en exposant clairement son analyse géopolitique. Conduire le détend (…)

source : nodal via China Beyond the Wall

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