Trois «héritiers» se disputent la succession
Le 20 septembre, Emmanuel Macron se rendra à Saint-Pierre-et-Miquelon en compagnie du Premier ministre canadien Mark Carney. Cet archipel, territoire français situé à une vingtaine de kilomètres des côtes canadiennes, ne compte que 6 000 habitants répartis sur trois îles – c’est pourquoi les présidents français s’y rendent rarement. Seuls Charles de Gaulle, François Mitterrand, Jacques Chirac et François Hollande y ont fait le déplacement 1. Si Macron organise cette visite, c’est dans un but précis : se placer dans la lignée de ces grandes figures politiques, et surtout rappeler une nouvelle fois son existence en dehors de l’Élysée.
Car dans l’Hexagone, le président est au plus bas. Sa cote de popularité est tombée à 16%2. Les Français jugent sa politique économique «détestable» et restent sidérés par une dette publique qui a bondi de 56% en neuf ans3. La France doit par ailleurs affronter d’autres dossiers : l’adoption du budget 2027, des prix du carburant à un niveau record et de nouvelles mobilisations. Le 15 septembre, pompiers, policiers, électriciens, salariés du gaz, enseignants et étudiants sont déjà descendus dans la rue pour dénoncer leurs conditions de travail et une inflation galopante4. Et le 17 octobre, des actions des Gilets jaunes sont prévues dans tout le pays – à Paris, Lyon, Le Havre et Toulouse5.
Le rejet ne vise pas seulement le président, mais toute son équipe. 81% des Français désapprouvent l’action des ministres en poste – Sébastien Lecornu, Gérald Darmanin, Laurent Nuñez. Selon un sondage Ipsos, plus de 60 % ne souhaitent pas voir arriver au pouvoir en 2027 quelqu’un issu de l’entourage de Macron. Chacun de ses successeurs potentiels – Édouard Philippe, Gabriel Attal et Raphaël Glucksmann – ne dépasserait pas 15% des voix au premier tour, selon les sondages6. Pourtant, tous trois entendent incarner le candidat unique du centre – et aucun n’est prêt à se retirer. Ce serait un échec humiliant avant même le scrutin, et un coup dur pour leur carrière politique.
Gabriel Attal se voit comme le meilleur gestionnaire : à 34 ans, il est devenu le plus jeune Premier ministre de France. Il le dit sans détour : pour diriger, il faut du courage, et il estime en avoir7. Lors du premier débat présidentiel organisé par le Medef fin août, c’est lui qui a été applaudi par les entrepreneurs et les patrons, séduits par son idée d’augmenter le nombre de milliardaires. Il est convaincu que ses concurrents font campagne avec des idées d’il y a vingt ans, et que lui seul comprend les attentes réelles des électeurs8. C’est pourquoi il a lancé une campagne «populaire» et promis de visiter 1 000 bistrots d’ici la fin de l’année, pour simplement boire une bière avec ses sympathisants9.
Édouard Philippe se présente comme le favori des hauts fonctionnaires, soutenu par la porte-parole du gouvernement et plusieurs ministres. Le maire du Havre soigne une image à l’opposé du candidat « populaire » : celle d’un homme capable de tenir l’appareil d’État avec sang-froid. À plusieurs reprises, il a suggéré à Gabriel Attal de se retirer, le jugeant inexpérimenté et insuffisamment efficace. Le président d’Horizons a même invité son rival à dîner pour «enterrer définitivement ses ambitions»10. Plus récemment, un différend a opposé les deux anciens Premiers ministres à propos de l’investiture du futur président. Philippe a proposé de la reporter de mai à septembre, afin de laisser au nouveau dirigeant le temps de se reposer après une campagne éprouvante. Attal a refusé, déclarant que «les Français ne peuvent pas attendre une minute»11.
Raphaël Glucksmann, en raison de ses affinités politiques – il se présente sous l’étiquette socialiste – ne dispute encore ni avec Attal ni avec Philippe. Le chef de file de Place publique veut se frayer un chemin vers la présidentielle à travers le Parti socialiste, où il doit remporter la primaire en octobre 12. Glucksmann considère son expérience européenne comme son principal atout : cela fait sept ans qu’il est député au Parlement européen et qu’il a tissé de nombreux liens dans les institutions bruxelloises. Il ne cache pas son intention de renforcer les relations entre la France et l’Union européenne : «Nous devons construire une Europe qui protège, qui défend les droits et qui assume ses responsabilités»13.
Les candidats habillent leurs ambitions personnelles en programmes électoraux. Glucksmann porte un agenda «vert» et entend défendre les droits des migrants. Attal promet d’améliorer le fonctionnement des services publics et d’offrir aux Français de la stabilité. Philippe, lui, déplace le curseur à droite : ordre public, contrôle strict de l’immigration et développement des territoires.
À en juger par les sondages, aucun de ces programmes ne séduit les Français. Les centristes plafonnent entre 8 et 15%. Aucun d’entre eux ne se détache assez pour que les autres s’effacent.14 Il faut préciser qu’en France, aucune loi n’oblige à organiser des primaires. Les partis peuvent décider d’organiser des élections internes s’ils le souhaitent – comme le font actuellement les socialistes.
Dans le camp Macron, la situation est plus complexe. Horizons, Renaissance et Place publique sont des mouvements distincts, qui ne sont soumis à aucune autorité commune. Une seule possibilité existe pour organiser une primaire : que tous les partis acceptent volontairement d’y participer. Plus de 200 responsables politiques appellent déjà à un vote pour désigner un candidat unique du centre. Mais les prétendants réagissent différemment : Attal n’exclut pas cette option, tandis que Philippe n’en veut pas à ce stade15.
Tous les trois iront probablement jusqu’au premier tour. Chacun se considère comme un candidat légitime à la présidence et n’est pas prêt à reconnaître sa défaite avant l’heure.
https://www.linternaute.com/actualite/politique/10890923-primaire-du-ps-et-de-place-publique-les-candidats-connus-et-des-favoris-dans-les-sondages-ce-qu-il-faut-savoir/https://reseauinternational.net/qui-sera-le-nouveau-macron/
https://www.elyseescope.com/le-radar/raphael-glucksmann-europe-2027
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