Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Site de recherche d'emploi

Le site http://jooble-fr.com/

vous propose des annonces d'offres d'emploi nationales et internationales.


Les offres qui vous seront envoyées par mail proviennent de différentes sources, et ne préjugent en rien des conditions de travail et des salaires. Il vous appartient de vous en assurer le cas échéant.

 

Le site est d'utilisation simple et l'inscription est gratuite.

 

http://jooble-fr.com/

 

Merci de signaler à Vendémiaire tout dysfonctionnement que vous pourriez constater.

Rechercher

Quelques conférences

Chansons

  Avant d'écouter les enregistrements ci-dessous, attendez la fin de la musique de fond du blog...

 

L'Affiche rouge / Catherine Sauvage

 

Bandiera rossa
BELLA CIAO
La Butte Rouge

 

 

La Carmagnole

 

 

Sur la commune / Serge Utgé Royo  

 

 

La Commune / Jean Ferrat

 

 

La Oommune est en lutte / Serge Utgé Royo 

 

 

Déserteur / Boris Vian
 

 

Cloire au 17e / Montéhus

 

 

L'Internationale / Choeur du Bolchoï

 

Sur la route / Gaston Couté

 

 

Ah ! les salauds ! / Aristide Bruant

 

 

Le temps des cerises / Jean Lumière 

5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 17:45

 aaa logo Drapeau VAprès avoir présenté les évidentes raisons, subjectives (notamment l'alliance en cours avec les couches moyennes que la violence effraierait) et objectives (notamment les nouvelles physionomies urbaines et l'armement moderne des forces répressives), qui font que le mouvement ouvrier n'en est plus au temps des barricades, Engels poursuit :

 "Le lecteur comprend-il maintenant pourquoi les pouvoirs dirigeants veulent absolument nous mener là où partent les fusils et où frappent les sabres ? Pourquoi on nous accuse aujourd'hui de lâcheté, parce que nous ne descendons pas carrément dans la rue où nous sommes certains à l'avance d'être défaits ? Pourquoi on nous supplie si instamment de vouloir bien enfin jouer un jour à la chair à canon ?

C'est inutilement et pour rien que ces messieurs gaspillent leurs suppliques comme leurs provocations. Nous ne sommes pas si bêtes. Ils pourraient aussi bien exiger de leur ennemi dans la prochaine guerre qu'il veuille bien se disposer en formation de ligne comme au temps du vieux Fritz ou en colonnes de divisions tout entières à la Wagram ou à la Waterloo, et cela avec le fusil à pierre à la main. Si les conditions ont changé pour la guerre des peuples, elles n'ont pas moins changé pour la lutte de classes. Le temps des coups de main, des révolutions exécutées par de petites minorités conscientes à la tête de masses inconscientes, est passé. Là où il s'agit d'une transformation complète de l'organisation de la société, il faut que les masses elles-mêmes y coopèrent, qu'elles aient déjà compris elles-mêmes de quoi il s'agit, pourquoi elles interviennent (avec leur corps et leur vie). Voilà ce que nous a appris l'histoire des cinquante dernières années. Mais pour que les masses comprennent ce qu'il y a à faire, un travail long, persévérant est nécessaire, et c'est précisément ce travail que nous faisons maintenant, et cela avec un succès qui met au désespoir nos adversaires. [On comprend quel plaisir ces lignes ont pu procurer à Jaurès et à ses amis dans leur controverse avec les guesdistes et les blanquistes révolutionnaires. Mais peut-être en France, ceux qui reprochaient au parti social démocrate son réformisme prudent n'appréciaient-ils pas à leur juste valeur la ténacité et le courage que les socialistes allemands avaient dû montrer pour développer leur propagande, y compris par des canaux clandestins, et affronter les rigueurs de la loi d'exception jusqu'à sa suppression en 1890. Leur "légalisme" n'avait en rien été un long fleuve tranquille.]

Dans les pays romans aussi on comprend de plus en plus qu'il faut réviser l'ancienne tactique. Partout, on a imité l'exemple allemand de l'utilisation du droit de vote, de la conquête de tous les postes qui nous sont accessibles. En France, où pourtant le terrain est miné depuis plus de cent ans par des révolution successives, où il n'y a pas de parti qui n'ait eu sa part de conspirations, d'insurrections et d'autres actions révolutionnaires de toutes sortes, en France, où, par conséquent, l'armée n'est pas sûre du tout pour le gouvernement et où, en général, les circonstances sont beaucoup plus favorables pour un coup de main insurrectionnel qu'en Allemagne - même en France les socialistes comprennent de plus en plus qu'il n'y a pas pour eux de victoire durable possible , à moins de gagner auparavant la grande masse du peuple, c'est-à-dire ici les paysans. Le lent travail de propagande et l'activité parlementaire sont reconnus là aussi comme la tâche immédiate du Parti. Les succès n'ont pas manqué. Non seulement on a conquis toute une série de conseils municipaux ; aux Chambres siègent cinquante socialistes et ceux-ci ont déjà renversé trois ministères et un président de la République. En Belgique les ouvriers ont arraché l'année dernière le droit de vote et triomphé dans un quart des circonscriptions électorales. En Suisse, en Italie, au Danemark, voire même en Bulgarie et en Roumanie, les socialistes sont représentés au Parlement. En Autriche, tous les partis sont d'accord pour dire qu'on ne saurait plus longtemps nous fermer l'accès au Reischrat. Nous y entrerons, c'est une chose certaine, on se querelle seulement sur la question de savoir par quelle porte. Et même si en Russie le fameux Zemski Sobor se réunit, cette Assemblée nationale contre laquelle se cabre si vainement le jeune Nicolas, même là nous pouvons compter avec certitude que nous y serons représentés également. [De fait. Mais la Révolution éclatera en 1905, et sera, provisoirement, vaincue]

Il est bien évident que nos camarades étrangers ne renoncent nullement pour cela à leur droit à la révolution. [Un des thèmes caviardés par les ultra-réformistes du Parti]Le droit à la révolution n'est-il pas après tout le seul "droit historique", réel, le seul sur lequel reposent tous les États modernes sans exception, y compris le Mecklembourg, dont la révolution de la noblesse s'est terminée en 1755 par le "pacte héréditaire", glorieuse consécration écrite du féodalisme encore en vigueur aujourd'hui. Le droit à la révolution est ancré de façon si incontestable dans la conscience universelle que même le général de Bogouslavski fait remonter à ce droit du peuple seul, le droit au coup d'État qu'il réclame à son empereur.

Mais quoi qu'il arrive dans d'autres pays, la social-démocratie allemande a une situation particulière, et, de ce fait, du moins dans l'immédiat, aussi une tâche particulière. Les deux millions d'électeurs qu'elle envoie au scrutin, y compris les jeunes gens et les femmes qui sont derrière eux en qualité de non-électeurs, constituent la masse la plus nombreuse, la plus compacte, le "groupe de choc" décisif de l'armée prolétarienne internationale. Cette masse fournit dès maintenant plus du quart des voix exprimées ; et, comme le prouvent les élections partielles au Reichstag, les élections aux Diètes des différents pays [du Reich], les élections aux conseils municipaux et aux conseils de prud'hommes, elle augmente sans cesse. Sa croissance se produit aussi spontanément, aussi constamment, aussi irrésistiblement et, en même temps, aussi tranquillement qu'un processus naturel. Toutes les interventions gouvernementales pour l'empêcher se sont avérées impuissantes. Dès aujourd'hui, nous pouvons compter sur deux millions et quart d'électeurs. Si cela continue ainsi, nous conquerrons d'ici la fin du siècle la plus grande partie des couches moyennes de la société, petits bourgeois ainsi que petits paysans, et nous grandirons jusqu'à devenir la puissance décisive dans le pays, devant laquelle il faudra que s'inclinent toutes les autres puissances, qu'elles le veuillent ou non [On sait ce qu'il adviendra de cet optimisme transformant le progrès du Parti allemand en processus "naturel" inéluctable. Cet optimisme parasitera aussi la lutte courageuse du Parti contre la guerre impérialiste : en cas de conflit, ne conviendrait-il pas de défendre avant tout et contre tous cette "Mecque du socialisme" qu'était en train de devenir l'Allemagne ? Engels lui-même écrira des lignes en ce sens]. Maintenir sans cesse cet accroissement, jusqu'à ce que de lui-même il devienne plus fort que le système gouvernemental au pouvoir (ne pas user dans des combats d'avant-garde, ce "groupe de choc" qui se renforce journellement, mais le garder intact jusqu'au jour décisif [révolutionnaire ?]), telle est notre tâche principale. Or, il n'y a qu'un moyen qui pourrait contenir momentanément le grossissement continuel des forces combattantes socialistes en Allemagne et même le faire régresser quelque temps, c'est une collision de grande envergure avec les troupes, une saignée comme en 1871 à Paris. À la longue, on surmonterait bien cette chose aussi. Rayer à coups de fusil de la surface du globe un parti qui se compte par millions, tous les fusils à magasin d'Europe et d'Amérique n'y suffisent pas. Mais le développement normal serait paralysé (le "groupe de choc" ne serait peut-être pas disponible au moment critique), le combat décisif serait retardé, prolongé, et s'accompagnerait de sacrifices plus lourds. [L'hypothèse de la guerre n'est pas envisagée]

L'ironie de l'histoire mondiale met tout sens dessus dessous. Nous, les "révolutionnaires", les "chambardeurs", nous prospérons beaucoup mieux par les moyens légaux que par les moyens illégaux et le chambardement. Les partis de l'ordre, comme ils se nomment, périssent de l'état légal qu'ils ont créé aux-mêmes. Avec Odilon Barrot, ils s'écrient désespérés : "la légalité nous tue", [Barrot fut désigné par le président Louis Napoléon pour diriger le gouvernement du "parti de l'Ordre" sous la Seconde République ; il fut l'instigateur de lois répressives sur la presse et le suffrage universel] alors que nous, dans cette légalité, nous nous faisons des muscles fermes et des joues roses et nous respirons la jeunesse éternelle. Et si nous ne sommes pas assez insensés pour nous laisser pousser au combat de rues pour leur faire plaisir, il ne leur restera finalement rien d'autre à faire qu'à briser eux-mêmes cette légalité qui leur est devenue si fatale."

[Depuis 1894 était en chantier une nouvelle loi d'exception contre les socialistes, et la direction du Parti veillait donc à ne pas donner d'armes à une éventuelle répression par des déclarations révolutionnaires. Engels meurt en août 1895, sans pouvoir contrôler donc les échos de son introduction à la brochure publiée cette même année. La presse social-démocrate avait déjà quelque peu censuré les extraits donnés de son texte, en gommant les références à la possibilité d'une action révolutionnaire extra-électorale. Au lendemain de la publication de la brochure, l'aile réformiste du Parti la présentera comme une sorte de testament politique du grand disparu, donnant aval à la tactique, défendue notamment par Bernstein, reniant totalement la possibilité d'une voie "révolutionnaire".]


René Merle

 

suite :

René Merle : Engels, le parti social-démocrate allemand et le passage pacifique au socialisme, 1895 - III

Partager cet article

Repost 0

commentaires