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Vendémiaire

Blog d'actualité politique

Algérie : Maître Bouchachi dérange mais force le respect

Publié le 14 Février 2010 par ECPM in Maghreb-Machrek

Les organisateurs du 4e Congrès mondial contre la peine de mort entendent accorder une place de choix aux abolitionnistes et aux journalistes des pays rétentionnistes du Sud. Découvrez ci-dessous le portrait de l'avocat algérien Mostéfa Bouchachi par Ghania Mouffok, journaliste algérienne invitée à Genève 2010.

 

Me Bouchachi est aussi célèbre en Algérie que les causes qu’il défend : contre la torture et les lois d’exception en vigueur depuis l’annulation des élections législative en 1992 par l’armée ; contre la loi qualifiant de tragédie nationale la guerre civile, sorte d’amnistie/amnésie ; et pour la vérité et la justice sur les milliers de disparitions forcées.

Cet avocat, enseignant à l’université d’Alger, s’est fait connaître quand régnait la peur pour avoir défendu ceux que la presse et le régime algérien déclaraient coupables et condamnaient dans des parodies de justice à tour de bras : « les terroristes ». Tantôt qualifié d’islamiste, tantôt accusé d’instrumentaliser les droits humains à des fins politiques, l’homme est toujours resté inflexible, porté par « le devoir ». Il a fini par forcer le respect, y compris de ses adversaires.


La solitude des militants


Aujourd’hui, président de la Ligue Algérienne de Défense des Droits de l’homme, il mesure avec gravité la solitude des militants des droits humains quand tout autour règnent l’argent et le désir d’oublier cette guerre civile destructrice : « Quand tu milites pendant plus de dix ans avec la peur d’être liquidé mais avec l’espoir qu’il y aura plus de liberté, tu te retrouves avec le sentiment que la société est démissionnaire, qu’il n’y a plus d’écho ».

Et pourtant il faut continuer, sans doute parce que Mostéfa Bouchachi est accompagné par le souvenir de son père à peine entrevu, mort en 1960, pour que l’Algérie devienne indépendante : « J’ai toujours dit que mon père était mort pas seulement pour la terre, mais pour que le peuple vive libre ». Par le souvenir aussi de ce petit garçon qu’il était alors, âgé de six ans, devenu orphelin avec une mère qui n’avait rien d’autre à offrir que son amour et sa misère. Il refuse pourtant de se soumettre à cette pauvreté, par sa seule volonté, il étudie jusqu’à devenir avocat, diplômé de l’université d’Alger et de Southampton en Angleterre.

Cheveux grisonnants, la voix d’une grave douceur, la cinquantaine entamée, Me Bouchachi ne craint pas aujourd’hui de faire campagne pour l’abolition de la peine de mort. En 2008, il fonde avec d’autres ONG algériennes et des personnalités la Coalition algérienne pour l’abolition de la peine de mort. Au risque de se faire traiter « d’apostat » ne méritant pas « d’être enterré dans un cimetière de musulmans ». Ces propos dede Cheikh Chibane, autorité morale et religieuse respectée en Algérie et président de l’association des oulémas, firent grand bruit.


« L’Algérie doit aller jusqu’au bout »


« Le pouvoir algérien doit se prononcer sur cette question, juge Me Bouchachi. Il y a beaucoup de condamnés à mort qui ne sont pas exécutés, la dernière exécution remonte à dix sept ans. La vie de ces gens est une véritable torture physique et morale, ils sont à l’isolement, ils sont enchaînés. L’Algérie a fait un premier pas en arrêtant ces exécutions mais elle doit avoir le courage politique d’aller jusqu’au bout. »

Les dernières exécutions remontent à 1993, après le procès discutable des auteurs de l’attentat de l’aéroport qui avait fait 9 morts et plus de cent blessés. « La poursuite de la lutte contre le terrorisme rend nécessaire le maintien de la peine de mort », argumente encore aujourd’hui le gouvernement Ouyahia.

Un argument qui n’étonne pas Me Bouchachi : c’est déjà en son nom que les droits de l’homme ont été massivement bafoués en Algérie après l’annulation des législatives remportées en 1992 par le FIS. « Il faut savoir, ajoute maître Bouchachi, que dans le code pénal algérien l’écrasante majorité des crimes passibles de la peine de mort sont proches des délits à caractère politique. Quand on sait que l’indépendance de la justice n’est garantie ni par la loi, ni dans les faits, la peine de mort sert aussi à terroriser les opposants. »

 

Publié par ECPM 

 

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