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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 15:31

 Par Denis Collin • Débat • Mardi 01/05/2012


Les raisons de renverser l’ordre existant ne manquent pas. On peut à satiété décrire les méfaits de « l’ordre » prétendument libéral qui détruit impitoyablement les conquêtes sociales et mine la démocratie. Le plus souvent cette littérature produit l’abattement du lecteur, accablé par l’ampleur des difficultés. La vraie question, on devrait le savoir, est celle de la dynamique sociale populaire qui peut vaincre aussi bien la droite que cette gauche décidée à faire sur l’essentiel une politique à peine différente de celle de la droite. Comprendre cette dynamique, ce n’est pas une œuvre sociologique mais une réflexion stratégique. J’insiste : stratégique et non tactique ! Pour la tactique, la gauche radicale s’y connaît, elle y a même consacré l’essentiel de ses efforts depuis déjà un moment : avec qui s’allier, quelle cabine téléphonique réserver, comment se fâcher tout en ayant l’air unitaire... Mais la stratégie, c’est autre chose, c’est déterminer les lignes de forces à partir desquelles peut se mener non pas une bataille mais une « guerre » qui englobe toute une période historique et exige une visée à long terme. À sa manière, c’est ce qu’a fait la fondation Terra Nova dans son étude maintenant fameuse qui proposait au PS d’abandonner pour de bon les classes populaires pour se recentrer sur les classes moyennes supérieures.

 

Mais à gauche, dans la « vraie gauche » (ou celle qui se proclame telle), la grande oubliée de la réflexion stratégique a été la lutte des classes. On parle volontiers des « luttes », un pluriel qui engloutit tout en abolissant toute distinction. Mais la signification propre de la lutte des classes a été escamotée de presque toute la réflexion politique menée dans la gauche radicale, la « gauche vraiment à gauche », etc. Et la raison en est facile à deviner : c’est le clivage droite/gauche et sa pertinence ou sa non-pertinence qui occupe l’espace de la réflexion politique stratégique. Or ce clivage n’a rien à voir avec la lutte des classes. Historiquement, comme l’a bien remarqué Jean-Claude Michéa dans son dernier ouvrage, Le complexe d’Orphée, la droite et la gauche sont les deux partis représentant les classes dominantes, le mouvement ouvrier se situant lui, en dehors de cette géographie parlementaire issue de la révolution française.  Les positionnements sur l’échiquier parlementaire ne coïncident pratiquement jamais avec les positions occupées par les classes sociales sur le terrain de la lutte des classes. Les bourgeois de gauche sont préoccupés de l’extension des libertés libérales – par exemple la consommation des drogues douces, le mariage homosexuel, la procréation pour autrui, etc. Les ouvriers, de gauche comme de droite sont préoccupés par l’emploi – garderont-ils leur travail ? – les salaires, les rapports avec leurs chefs, la difficulté de se loger, l’allongement des temps de transport, etc. Les bourgeois de gauche sont volontiers mondialistes : leurs occupations professionnelles, leurs amis, leurs enfants, internet, tout cela les emmène aux quatre coins du monde et ils gagnent des « miles » en avion pour préparer leur prochain voyage. « Indécrottables », les ouvriers qui recherchent d’abord la stabilité et la sûreté, considèrent la question nationale comme une question clé : ils se savent menacés par la concurrence des pays « low cost », par les délocalisations et par les restructurations incessantes de l’industrie et des circuits commerciaux.

Est-ce à dire que les questions dites « sociétales » sont sans importance politique ? Nullement. Mais si elles recoupent – au moins partiellement – le clivage droite/gauche, elles n’ont aucun contenu de classe. En fonction de ses convictions individuelles, morales ou religieuses, un ouvrier autant qu’un baron de la finance peut être pour ou contre le mariage homosexuel. Mais c’est précisément une question de conscience personnelle. Réduire le débat politique à ce clivage droite-gauche là, celui qui oppose le PS (et le FDG), partisan de toutes les innovations sociétales, aux « conservateurs » de la droite, c’est tout simplement reprendre la vieille antienne de l’opposition entre le parti clérical et les anticléricaux, qui fit la fortune des radsocs d’antan.

En même façon, l’opposition entre le parti du progrès (la gauche) et le parti de la réaction (la droite) est-elle sans contenu social. Si on veut défendre les ouvriers, il faut être conservateur : conservateur des acquis sociaux, conservateur des valeurs sur lesquelles s’est édifié jadis le mouvement ouvrier : solidarité, fierté du métier, revendication d’une vie décente – l’Internationale est le chant des producteurs qui doivent se sauver eux-mêmes et envoyer l’oisif loger ailleurs ! À l’inverse droite et gauche partagent les hymnes au progrès et au bouleversement permanent – s’ils étaient lucides, les trotskistes auraient appris depuis longtemps que la révolution permanente c’est le capitalisme ! La droite se veut tout sauf conservatrice et elle se proclame « parti de la réforme ».

Ceux qui veulent défendre non les lubies progressistes de la gauche mais le point de vue de classe des ouvriers et des employés sont taxés de « populisme », la dernière injure à la mode dans les salons branchés de la gauche huppée. Ce qui permet de ranger dans le même sac Mélenchon et Le Pen (basse manœuvre électorale classique) et désigner le véritable ennemi du bourgeois de gauche : le peuple rétif aux ratiocinations de ces messieurs. Au total donc, le problème ne vient pas de ce que les ouvriers n’ont plus de conscience, mais bien plutôt que ce que les partis de gauche issus du mouvement ouvrier ont perdu toute conscience ouvrière.

Une stratégie de lutte offensive contre le capital suppose donc la recréation d’un « front de classe » - comme on disait chez les « poperénistes » du PS voilà au moins une éternité…  D’abord donc œuvrer à la reconstitution politique du mouvement des salariés en partant de la défense des intérêts sociaux et exclusivement de cela. Ces intérêts sociaux qui exigent aussi une politique internationale tournant le dos à l’européisme et à la soumission de la nation à la gouvernance mondiale. Le jour où un socialiste sera capable de dire cela, le lepénisme s’évanouira comme un mauvais souvenir. Front de classe, cela signifie en second lieu de comprendre que travailleurs dépendants et travailleurs indépendants – pour reprendre une formule de nos amis italiens – ne sont pas des ennemis mais des alliés objectifs. Défendre les petits commerçants, les artisans, les paysans qui luttent pour leur survie et travaillent souvent comme des forcenés, c’est une partie nécessaire d’un programme politique de lutte contre le capital.

Ce « front de classe » esquissé ici a un vieux nom en politique : cela s’appelle le peuple. Et la démocratie en son sens le plus profond est tout simplement la possibilité pour le peuple de faire prévaloir ses intérêts. Et c’est en ce sens encore que le peuple est le gardien de la liberté contre les grands qui veulent surtout avoir le pouvoir et en user à leur guise. Il s’agit donc, non de retourner à un ouvriérisme hors d’âge, mais de reprendre la politique de Gramsci : former une volonté collective nationale et populaire implique une véritable réforme morale et intellectuelle. Cette dernière suppose pour les gens de gauche qui n’ont pas oublié le peuple un combat sans merci contre tout ce qui a corrompu la pensée socialiste depuis des décennies.


(Cet article a été publié dans le numéro spécial du journal "Le Sarkphage" d'avril 2012. Il nous semble qu'il éclaire singulièrement les résultats du premier tour de l'élection présidentielle.)

 

Denis Collin

http://la-sociale.viabloga.com/news/lutte-de-classes

 

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