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Sur la commune / Serge Utgé Royo  

 

 

La Commune / Jean Ferrat

 

 

La Oommune est en lutte / Serge Utgé Royo 

 

 

Déserteur / Boris Vian
 

 

Cloire au 17e / Montéhus

 

 

L'Internationale / Choeur du Bolchoï

 

Sur la route / Gaston Couté

 

 

Ah ! les salauds ! / Aristide Bruant

 

 

Le temps des cerises / Jean Lumière 

9 juin 2016 4 09 /06 /juin /2016 14:16

Chers syndicalistes,

 

Militant syndical de longue date et président de l’Association CO.U.R.R.I.E.L. qui, avec le député communiste J.-J. Candelier, vient d’organiser une conférence de presse à l’Assemblée nationale pour dénoncer la politique patronale inavouée de basculement de la France au tout-anglais « transatlantique », je vous soumets un article de la revue CGT « Options » portant sur cette grave question (l’arrachage culturel et linguistique est en effet une dimension forte du basculement de la France et des « pays latins » au « modèle » néolibéral anglo-saxon : il suffit de constater que l’euro-diktat travesti en « loi El Khomri » chez nous s’appelle « Jobs Act » en Italie…

 

La période devrait être propice à une contre-offensive sur ce terrain AUSSI. Le Monde diplomatique vient de publier un long article sur cette grave question (numéro de juin), très lourdement sous-estimée jusqu’ici par les citoyens, la CGT-Carrefour a pris des positions courageuses contre la politique d’anglicisation méthodique de la marque (Carrefour-Market, Carrefour-City, etc.), la CFE-CGC était dignement représentée à la conférence de presse parisienne et la protestation monte contre l’ « hymne » officieux EN ANGLAIS que Carrefour, qui « sponsorise » les Tricolores, veut imposer aux supporteurs français après que le chanteur représentant France-Télévision a chanté en franglais à l’Eurovision.

 

Plus gravement, c’est le basculement rapide, illégal et inconstitutionnel, de l’Université à l’anglais ou la nomination systématique en anglais de nombre de « produits » des grandes entreprises publiques en voie de privatisation (Family TGV, TGV Night, « Pulse », etc.) ou du métro parisien (Smart-Navigo…) qui doit susciter la réaction du monde du travail ; car sous un aspect anodin, il s’agit d’une grave entreprise de discrimination linguistique, de totalitarisme culturel et de mise à mal de ce premier service public de Franceet de la Francophonie internationale qu’est la langue française, « langue de la République » au titre de l’article II de la Constitution.

 

Merci de répercuter ce message.

 

Georges Gastaud

 

**********************

 

 


Reprenons langue(s) ! Par Georges Gastaud[1]

A chaque fois qu’affleure, d’une manière ou d’une autre, la question de la langue, cela signifie qu’une série d’autres problèmes est en train de s’imposer : la formation et l’élargissement de la classe dirigeante, la nécessité d’établir des rapports plus intimes entre les groupes dirigeants et la masse nationale-populaire, c’est-à-dire de réorganiser l’hégémonie culturelle ».  Antonio Gramsci

Avec toute la perversité idéologique qui les caractérise, le capitalisme euro-mondialisé et ses collaborateurs hexagonaux présentent le basculement de la France au tout-globish et la relégation largement engagée du français, comme une « ouverture » sur la modernité et sur la pluralité des cultures. C’est également au nom de la diversité culturelle que les régionalismes les plus régressifs tentent d’imposer, Charte européenne des langues régionales et minoritaires à l’appui, la « co-officialité » du français – « langue de la République » au titre de la Constitution – et des langues de territoire au risque clairement assumé, voire revendiqué, d’ethniciser la citoyenneté française et de couvrir d’un voile « culturel » le repartage en cours de la France et son redécoupage en euro-Länder taillés sur mesure pour la « concurrence libre et non faussée » entre les ainsi-dits « territoires »...

Dans ces conditions, comment réagir à la sournoise agression linguistique qui vise à la fois la langue de Molière, la République une et indivisible issue de la Révolution française et – nous l’allons montrer tout à l’heure – toutes les conquêtes du monde du travail ? Car lorsque le français aura été définitivement réduit, en France même, au rôle subalterne de « langue domestique »[2], il sera encore plus aisé aux chasseurs de profits du M.E.D.E.F. et du capital mondialisé de diviser notre peuple, de dynamiter les avancées sociales et démocratiques de 1905, du Front populaire et du C.N.R., de briser l’aspiration au « tous ensemble » combatif des salariés, de casser les conventions collectives de branche, les statuts nationaux, les services publics et la fonction publique territoriale ou d’État, voire la Sécurité sociale et les retraites par répartition qui forment, aujourd’hui encore avec la langue française, le socle matériel et culturel de l’unité nationale-étatique de notre pays.

Pourtant, les résistances linguistiques sont encore faibles, éparses, voire inexistantes dans le mouvement ouvrier et populaire : contrairement à ce qui se passait encore lorsque le P.C.F. de Thorez, d’Aragon et de Duclos, voire de Marchais, prenait en charge l’indépendance nationale et la défense de la langue d’Aragon, la résistance à l’invasion du tout-anglais, ou plutôt du tout-américain, la défense de ce premier service public de France qu’est le français, restent sporadiques si l’on excepte les efforts méritoires que déploient les associations de défense de la langue française ou certains syndicats ; on pense à certains dirigeants de la C.F.T.C., à la C.F.E.-C.G.C. dans son ensemble, ou à l’engagement de terrain permanent de la C.G.T.-Carrefour et de ses militants méridionaux. Déjà nombre de grandes entreprises travaillent – illégalement ! – en anglais sur le sol même de l’Hexagone, notamment en région francilienne, ce qui occasionne discriminations et souffrance au travail de maints salariés, y compris parmi les cadres. Déjà, les grandes entreprises recrutent honteusement des cadres supérieurs English Mother Tongue[3], ce qui revient à instituer une préférence nationale inversée et à pratiquer une discrimination illégale à l’encontre des salariés dont la langue maternelle est le français ou une langue autre que l’anglais et que le français. Comment prendre enfin conscience que, sans notre belle langue illustrée entre autres par l’Édit de Nantes, par le Discours de la méthode, par L’Encyclopédie, par la Déclaration de 1789 et par celle de 1793, la loi laïque de 1905, par Les Jours heureux annoncés par le C.N.R. et par mille autres références lumineuses, l’ex-France républicaine « globishisée » ressemblerait bientôt à ce « couteau sans lame dont on a jeté le manche » qu’évoquait jadis le moraliste allemand Lichtenberg ?

I – Intégrer la dimension linguistique à nos résistances sociales et civiques ! 

Il faut d’abord prendre la mesure de l’arrachage linguistique en cours : ils arrachent notre langue comme ils délocalisent nos usines, comme ils ferment nos hôpitaux et arrachent nos vignes ou comme ils éliminent nos exploitations agricoles quand Bruxelles et le M.E.D.E.F. jugent que c’est indispensable à la rentabilité et à la « profitabilité » (pour qui ?) du « site France ». Nous n’en sommes plus désormais au franglais, raillé naguère par Etiemble[4], ni à la multiplication sans fin des « emprunts » lexicaux à l’anglais. Quand toute la recherche scientifique – y compris peu à peu la recherche en sciences humaines, voire en littérature française – bascule au tout-anglais, quand de plus en plus de Grandes Écoles et de cycles universitaires mis en concurrence par Mmes Pécresse et Fioraso se livrent sans vergogne à la langue, non de Shakespeare, mais des « traders » de la « City », quand tant de chanteurs « français » susurrent ou tonitruent en anglais bas de gamme, quand tant de films « français » ou de « séries françaises », subventionnés par l’argent public, affichent leurs titres en anglais, quand des enseignes « tricolores » comme Carrefour se rebaptisent « Carrefour-Market » ou « Carrefour-City », quand la Société « nationale » des Chemins de fer devenue « SNCF » (sans article) nomment leurs « produits » et enseignes T.G.V.-Night, T.G.V.-Family ou Rail Team, quand le président de « SNCF » se flatte d’offrir des cours d’anglais dans ses T.G.V., mais que l’idée ne l’effleure pas d’offrir des cours de français aux étrangers non francophones circulant dans ses trains, on n’en est certes plus à « emprunter » à l’anglais des vocables qui feraient provisoirement défaut au français (car des mots français existent depuis toujours, convenons-en, pour dire night, card, map, market ou access - comme on le dit chez Total – ou everyone ajustable, comme le proclamait horriblement une pub d’Orange, ex- France »-Télécom !) ! En l’occurrence, il s’agit clairement de détruire notre langue nationale, de la polluer au maximum en la saturant et en l’enlaidissant d’anglicismes douteux, de ridiculiser notre pays aux yeux des vrais anglophones, en un mot d’esquinter et d’estropier « ludiquement » notre langue nationale, qui est aussi celle de la Francophonie mondiale. Et ce basculement linguistique mené avec acharnement répond à des objectifs de classe politiques, économiques, culturels extrêmement précis : il s’agit pour nos prétendues élites maastrichtiennes de ringardiser la nation républicaine, d’éradiquer la fameuse « exception française » issue de 1789, de 1905, du Front populaire et de la Résistance antifasciste, d’insinuer à tout instant le contre-modèle anglo-saxon et néolibéral dans nos cerveaux, de répartir sournoisement les travailleurs en catégories sociolinguistiques discriminantes[5],  de faire accroire au bon peuple qu’en un mot, il n’y a pas d’autre alternative que l’Empire euro-atlantique promis par les maîtres de l’U.E., de l’euro, de l’O.T.A.N. et du « Grand Marché Transatlantique » en construction…

Ce ne sont pas là des fantasmes, hélas : déjà en 2006  l'Union des industries de la Communauté européenne (UNICE), ancien nom de l'actuel syndicat patronal européen Businesseurope, promouvait à son de trompe cette politique d’exterminisme linguistique en déclarant, par la bouche de son tout nouveau président d’alors – le Baron Seillière, qui venait d’imposer en France une grave contre-réforme sur les retraites de la fonction publique – que l’anglais serait désormais « la langue des affaires et de l’entreprise » dans toute l’U.E.[6]. Sciemment opérée par un grand patron hexagonal, sinon français, devant le Conseil des chefs d’État européens, cette déclaration déshonorante avait d’ailleurs provoqué la sortie immédiate de Jacques Chirac, un acte de dignité nationale qu’il serait naïf d’attendre des présidents de droite et de « gauche » qui lui ont succédé… Notons du reste que le nouveau nom du syndicat patronal, beaucoup moins francophone, est dû au même Ernest-Antoine  Seillière...

Comment dans ces conditions ne pas fustiger l’apathie des états-majors syndicaux qui laissent assassiner la langue de la République et la Francophonie internationale pour ne pas compromettre leur insertion dans le très bedonnant « syndicalisme » européen (C.E.S.) ou transatlantique (Confédération Internationale des Syndicats) ? Comment ne pas fustiger la direction de la C.F.D.T. qui veut transformer le 1er mai en « Young Worker’s Day » ? Mais surtout, comment ne pas pas appeler les travailleurs en lutte pour l’emploi industriel en France, pour la défense des acquis de 1945-47, pour les salaires et les services publics, pour l’école laïque et la Sécurité sociale, à se saisir enfin, en vrais partisans de la République sociale et souveraine, de ce combat linguistique vital pour l’avenir du pays ? Un combat que contourne la plupart des cahiers de revendications des agents des services publics, des travailleurs industriels, des défenseurs de l’Université au moment où les dirigeants de Renault, de Peugeot, de Citroën, d’Auchan, d’Air-France (devenu « Airfrance »[7]), d’EDF, voire de l’Éducation nationale (si friande de Learning Centers, entre autres…), massacrent notre langue en affichant ainsi leur mépris pour leurs salariés, pour leurs clients ou pour leurs usagers demeurés stupidement francophones ?

Au demeurant, la résistance ne saurait être purement collective. Chacun peut commencer par réagir individuellement en suscitant la résistance collective à venir par une attitude linguistiquement rebelle,. Dire haut et fort courriel au lieu d’imeïlle (ce qui écorche, non seulement le lexique, mais la phonétique de notre langue), cesser de dire à tout propos « OK » (voire, encore plus ridiculement, « OK d’accord ! »[8]), refuser de s’exclamer « yèèèèèèsss ! » à tout propos, souhaiter « bon anniversaire » en chanson et non « happy birthday to you ! », c’est OSER, si peu que ce soit, marcher, penser et parler à contre-courant, c’est offrir à l’auditeur – une fois la surprise passée et le débat civique et linguistique éventuellement engagé avec lui – un point de repère et de résistance structurant, c’est susciter la discussion contradictoire, ce havre de l’esprit républicain, en brisant le consensus (anti-)linguistique (mais aussi culturel et idéologique) mortifère qui infiltre aujourd’hui nos cerveaux et nos cœurs à partir de nos cordes vocales ! Revivons l'échéance plutôt que la deadline, évoquons notre entraîneur plutôt que notre coach, aimons le rétro plus que le vintage, de s'amuser franchement et sans « fun », d'assister à un tournée en direct, de trouver des coins sympas pour la course plutôt que des spot de running... Prenons un plaisir sobre à maîtriser notre communication, à ne rien céder, ni à la mode, ni au conformisme, ni à la paresse. A utiliser ces mots droits et nets, précis et bien connus, qui savent ce qu'ils disent et osent être crûment eux-mêmes, sans se farder d'un latinisme marchand ni se gonfler vainement des reflux de l'air du temps.

II – Vivent les langues régionales !

Entre la récente Loi Fioraso, qui a institué l’anglais comme langue universitaire en contournant à la fois l’article II de la Constitution et la Loi Toubon de 1994, et la Charte européenne des langues régionales, qui tend à faire du français un idiome parmi d’autres sur l’ex-territoire national en voie d’euro-fédéralisation, notre langue nationale est délibérément prise en tenaille avec la complicité de François Hollande, en cela aussi digne continuateur de Sarkozy. Par tous les moyens le Parti Maastrichtien Unique a entrepris de banaliser, de refouler et de désétablir le français. La grande déréglementation de la langue s’opère au moment même où les négociations secrètes sur le Grand Marché Transatlantique menacent de mort l’ « exception culturelle » à l’échelle mondiale, européenne et française, en laissant tous les peuples sans protection face à la domination globalitaire de l’Oncle Sam. Le projet linguistique de « Charte » des langues minoritaires – dont les origines politico-idéologiques remontent à la pire période de l’histoire allemande[9]  – répond clairement au plan politico-territorial porté par le M.E.D.E.F. dans son manifeste Besoin d’aire publié en décembre 2011 à l’initiative de Mme Parisot. Le haut patronat veut ouvertement en finir avec la République française souveraine (notamment avec son cadre territorial « jacobin » issu de la Révolution : communes, départements, État-Nation, tout cela s’insérant dans une Charte de l’O.N.U. proscrivant – au moins en principe – le prétendu « droit d’ingérence » des forts sur les faibles et proclamant au contraire le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes). Et pour cela, il faut dissoudre la République une, laïque, sociale, démocratique et indivisible que proclame encore la Constitution, dans l’U.E. des métropoles et des euro-régions, de préférence « transfrontalières ». Celles-ci seront centrées en apparence sur les langues régionales (breton, basque, etc.), et dans les faits, sur l’anglo-américain[10], soit – beaucoup plus marginalement pour l’heure – sur l’allemand[11].

Face à cette entreprise même plus dissimulée de subversion de l’unité territoriale nationale qui revient à donner le pouvoir local à des groupes minoritaires d’euro-sécessionnistes, pour la plupart très réactionnaires (cf les Bonnets « rouges » bretons !), il serait à la fois injuste et maladroit de réagir par une crispation à l’encontre des langues régionales et des citoyens qui leur sont très légitimement attachés. Toutes, elles font partie de notre patrimoine national commun, comme l’atteste entre autres exemples le rôle éminemment civilisateur des troubadours médiévaux. Tout en promouvant partout le français comme langue commune de la République sociale, une France dirigée par le mouvement ouvrier révolutionnaire n’eût sans doute pas cherché à marginaliser les langues régionales comme l’ont fait successivement la bourgeoisie bonapartiste et les notables radicaux de la Troisième République. Il n’est que de voir comment a initialement procédé la toute jeune Fédération des républiques soviétiques sur le terrain linguistique de sa construction politique multinationale : Lénine voyait certes dans le russe la langue incontournable des échanges entre les Républiques fédérées, mais il a d’emblée rompu avec la russification imposée par les tsars et a fait donner aux langues des « allogènes » (langues du Caucase, de Sibérie, d’Asie centrale…) de larges moyens de se développer. Les Soviets ouvriers et paysans ont même été jusqu’à créer des écritures, des grammaires et des dictionnaires là où ces langues n’avaient qu’une existence orale avant 1917 ; ils ont également suscité une puissante littérature nationale s’exprimant dans les langues maternelles respectives des peuples soviétiques : le but était alors d’encourager chacun des peuples fédérés à marcher vers le socialisme universel en partant de ses traditions propres et en les revisitant, voire en les dépassant par leurs moyens propres et selon leurs rythmes propres. Comment ne pas penser ici aux admirables romans kirghizes de Tchinguiz Aïtmatov (Le premier Maître, Djamila…) ?

Il serait de plus très impolitique pour les défenseurs du français de prendre de front à la fois les tenants impérialistes du tout-anglais et les partisans républicains des langues régionales… tout au moins, ceux qui ne détestent pas « le » français parce qu’ils font la différence entre la langue de Victor Hugo et l’usage oppressif (pas seulement[12]…) qu’en a parfois fait la Troisième République. Rejeter les langues régionales serait d’abord faux dans le principe : de vrais internationalistes défendent tout naturellement le français contre le TOUT-anglais, mais ils ne seraient pas moins tenus de combattre le TOUT-français tel que le colonialisme a tenté de l’imposer en Afrique « au temps béni des colonies » (sic). Notons d’ailleurs que les peuples de l’ex-Empire colonial français ont intelligemment riposté au colonisateur en faisant du français – de LEUR français ! – une « prise de guerre », selon l’excellente expression de Kateb Yacine : loin de s’enfermer dans le « petit nègre » humiliant que leur inculquait le colonisateur, les ex-colonisés ont souvent mis un point d’honneur à cultiver un haut niveau de langue française dans leurs universités si bien que notre enseignement actuel du français, ravagé par quarante ans de contre-réformes néolibérales et de restrictions budgétaires fait parfois pâle figure quand on se risque à la comparaison...

En outre, ce rejet prétendument républicain des langues régionales serait politiquement suicidaire pour la défense du français. Le fin marxiste que fut longtemps Mao nous a suffisamment appris, notamment dans son étude dialectique Sur la contradiction, qu’en chaque lutte il faut cibler l’ennemi principal en lui portant tous nos coups ; d’autant que souvent, tout ou parti du concurrent ou de l’adversaire secondaire d’un jour peut devenir un allié si l’on sait le dissocier patiemment de l’ennemi principal qui le manipule et qui, de fait, ne cherche qu'à le poignarder dans le dos une fois la victoire « principale » obtenue. Enfin et surtout, il faut faire entendre aux tenants abusés de nos langues régionales que l’oppression linguistique et scolaire que ces langues ont subie hier (non par la faute de « la langue française », mais par celle de la bourgeoisie autoritaire d’alors), ne saurait justifier que leurs partisans actuels aident aujourd’hui à assassiner le français et la Francophonie internationale – ce ferment de résistance mondiale à l’américanisation générale – au profit d’un maître mille fois plus redoutable : le tout-anglais de l’Empire transatlantique et trans-pacifique en gestation[13], ce néo-totalitarisme planétaire que construisent l’Empire américain et l’Europe allemande en pleine expansion vers l’Est (cf l’actuelle extension de l’O.T.A.N. à l’Ukraine, en attendant qu’arrive le tour de la Biélorussie…) : car la juste dénonciation des crimes linguistiques ou politiques passés ne saurait légitimer la collaboration enthousiaste des descendants des victimes passées aux crimes politico-linguistiques présents et à venir !

Surtout, les défenseurs du français et les amis des langues régionales doivent se souvenir les uns et les autres d’une fable très « politique » de Jean de La Fontaine : se disputant un accueillant terrier, la belette et le petit lapin portent leur différend devant le Chat Raminagrobis. Feignant d’être sourd, le vieux prédateur griffu feint d’être sourd ; il leur demande de s’approcher et, quand ils sont à portée de griffes, il les happe et les dévore l’un après l’autre. Aujourd’hui, c’est le Raminaglobish transatlantique qui joue à opposer le français aux langues régionales ; mais une fois qu’il aura désétabli la « belette » francophone en manipulant les petits lapins euro-régionalistes, qui peut croire qu’il laissera la moindre chance aux langues de territoire et aux territoires eux-mêmes, qui seront mille fois plus facile à dépouiller une fois qu’ils auront été coupés de l’ensemble national ? Si cette digue mondiale au tout-anglais qu’est (encore un peu, malgré son état-major fort peu résistant) la Francophonie internationale venait à se rompre, il n’est guère difficile de comprendre que les langues régionales de France seraient encore plus vite englouties que ne l’ont été le gallois, le gaélique ou l’écossais celtique jadis dominants dans les Iles britanniques, ou que le furent les langues amérindiennes liquidées, instrumentées ou folklorisées par l’insatiable Empire yankee en passe de devenir transatlantique, sinon très pacifique. Quand ce dernier aura finir d’utiliser les euro-sécessionnistes et les langues régionales pour dépecer les États italien, français, espagnol, voire britannique (mais pas la R.F.A. qui, elle, s’est réunifiée en phagocytant la R.D.A. et en divisant-satellisant les pays voisins, ex-Tchécoslovaquie, ex-Yougoslavie, États baltes, et demain sans doute la Belgique déchirée par le « nationalisme » flamand), il ne fera qu’une bouchée de l’euzkara, du catalan, de l’alsacien et du corse, comme il l’a si efficacement fait avec le français de Louisiane et comme il s’emploie à le faire aujourd’hui, avec la complicité des gouvernants libéraux du Québec, par l’anglicisation galopante de Montréal[14].

C’est pourquoi tout vrai républicain devrait, au nom de la diversité indispensable à la culture mondiale, défendre TOUTES les langues de France et du monde contre la (non-) langue unique en marche, sans chercher cependant à briser le primat officiel de la langue nationale unifiée là où il en existe une[15]. Car à l’heure actuelle, les nations constituées (ou les États multinationaux hérités de l’histoire et brisés par l’Empire, comme la République socialiste fédérale de Yougoslavie) constituent des remparts de premier plan pour la défense du droit des peuples à s’autodéterminer et à construire à égalité l’indispensable coopération mondiale entre les peuples.

Il est d’ailleurs surprenant que les organisations écologistes qui, à raison, défendent la biodiversité contre le rouleau compresseur exterministe du pan-consumérisme capitaliste, restent de marbre quand s’éteignent jusqu’à huit langues PAR AN et que de grandes langues nationales et internationales porteuses d’une part majeure des Lumières mondiales comme l’italien, l’allemand, le français, le polonais, le russe, sont boutées sans ménagement hors des secteurs décisifs de la communication mondiale : sciences, technologies, commerce, cinéma, chanson, université, etc. Pourtant, quand une langue s’atrophie en perdant plusieurs de ses fonctions majeures, c’est une manière de vivre et de penser, c’est un regard et une sensibilité différents sur la vie qui plongent à jamais dans l’oubli, c’est un « esprit » qui agonise, ce sont des millions d’hommes qui sont subitement niés jusque dans leur histoire et dans leur identité la plus profonde, y compris celle de leur inconscient (que serait une psychanalyse en globish mondialisé ?) : en quoi serait-ce moins grave que de voir s’éteindre une variété de limaçons en Basse-Silésie ou un sous-groupe de ver des abysses dans la fosse océanique de Mindanao ?

Il faut donc à la fois défendre les langues régionales, qui devraient trouver place dans l’Éducation nationale partout où existerait une demande significative, et le primat de l’enseignement du français dont l’enseignement doit être revalorisé, étendu et requalifié de la maternelle à l’Université comme voie d’accès principale de tous les futurs citoyens-travailleurs aux Lumières communes dont notre pays fut historiquement le pionnier du Discours de la méthode au Plan Langevin-Wallon en passant par l’Encyclopédie de Diderot-D’Alembert.

III – Enseigner les langues de l’immigration de travail !

Curieusement, les mêmes qui s’enthousiasment pour la Charte européenne des langues au nom de la diversité et de l’égalité entre les parlers, ne trouvent rien à dire au fait que les langues de l’immigration de travail ne sont quasiment pas enseignées par l’école publique. C’est ainsi que pas un lycée de l’ex-bassin minier du Nord-Pas-de-Calais n’enseigne l’arabe comme LV 1 ou LV 2, alors que cette langue est parlée par nombre d’anciens mineurs marocains et par nombre de leurs ayants-droit. Une étrange lacune qui semble qui ouvre un large espace aux intégristes pour accaparer l’enseignement de cette langue internationale sur des bases lourdement cléricales...

Si l’on voulait dignement intégrer ces populations ouvrières, y compris en leur faisant aimer le français et la République, il conviendrait donc d’en finir avec cette exclusion linguistique par omission. Il faudrait pour cela affronter la députée Marion Maréchal-Le Pen et son prétendu front « national » : cette demoiselle n’a-t-elle pas exigé en 2012 à la tribune du Parlement que les rarissimes cours dispensés en arabe par l’école publique à des enfants d’immigrés primo-arrivants soient supprimés… et que les (très maigres) crédits qui sont alloués à ces cours de mise à niveau soient désormais affectés … au français[16] ??? Nullement : à l’enseignement de l’anglais dès l’école primaire ! Bref, le FN n’est pas opposé à toute langue d’immigration et les mêmes meneurs xénophobes qui stigmatisent les prolétaires issus de l’espace africain francophone, n’ont rien à redire à la colonisation linguistique de l’Hexagone que pratique toute une partie de l’élite friquée accourue de toute la riche Europe du nord pour s’approprier des cantons entiers de la Normandie ou du Limousin: comme si c’étaient les travailleurs africains qui délocalisaient nos usines à l’étranger, et non les P.D.G. « français » du C.A.C.-40, dont Le Monde nous apprend qu’une majorité réside désormais à New-York, et dont certains imposent le « travailler-en-anglais » dans nombre de sociétés franciliennes ! Pour mesurer l’aliénation nationale et l’humiliation linguistique que nous tolérons veulement – et pour prendre conscience de l’ampleur du racisme de classe et néocolonial qui hante trop de « bons esprits » en France ! – il suffit de s’imaginer comment réagirait la population française, intellectuels et « bobos » compris, si d’un seul coup toutes les enseignes et autres pubs en anglais qui nous assaillent étaient subitement affichées ou prononcées en arabe, en wolof ou en berbère ! Et pour mesurer à la fois la xénophobie d’État et l’auto-phobie nationale dont font preuve certains dirigeants de la droite « républicaine », il suffit de considérer la proposition délirante formulée naguère par le dirigeant U.M.P. Jean-François Copé[17] : entre deux dissertations sur les pains au chocolat, ce triste sire ne proposait-il pas récemment d’imposer le tout-français dans les mosquées de France, d’y proscrire l’arabe coranique… et de passer désormais les films américains en version doublée de manière à imprégner d’anglais les enfants de France dès leur naissance (plus facile que de créer des postes de français, d’anglais, d’allemand, d’espagnol, de russe, d’italien, etc. dans nos lycées !). Terrifiante bassesse de cœur et d’esprit qui conduit à vilipender les plus faibles et les plus en dangers – les ouvriers issus de l’immigration et leurs enfants – et à ramper voluptueusement devant les plus forts, cadres sups du Nord refusant d’apprendre notre langue, investisseurs à milliards débarqués du Qatar, U.E. imposant déjà de fait l’anglais comme sa langue officieuse unique en violation des traités qui font obligation à la commission européenne de respecter à égalité l’identité culturelle des États-membres de l’U.E….

IV – Vive(nt) le(s) français[18] !

Cette résistance linguistique tous azimuts n’implique aucun « purisme ». Comme toute langue vivante, le français comporte plusieurs niveaux ou segments d’usage et chacun d’eux est légitime et efficace pour la destination communicationnelle, poétique, professionnelle, nationale, qui est la sienne. Rappelons d’ailleurs que même Malherbe, le poète qui « épura » notre langue et notre littérature au Grand Siècle, se référait aux « crocheteurs des Halles » pour fixer le vocabulaire. La première des choses à faire pour encourager les travailleurs et d’abord, pour motiver les militants du mouvement ouvrier à défendre leur langue, est de les convaincre qu’ils sont compétents en matière de « bon français » puisqu’ils se font clairement entendre de leurs pairs, et même bien mieux que ne le font les « élites » quand elles parlent au bon peuple. Au demeurant, qui pourrait parler plus mal le français que les moulins à paroles des actuels « merdias » capitalistes qui ne savent plus faire une liaison évidente, inverser le verbe et le sujet dans une interrogation directe ou utiliser la double négation, qui abusent de la novlangue politicienne à la mode et qui – surtout à Paris intra muros – multiplient les anglicismes branchés. Et cela sans le moindre souci du droit des auditeurs à comprendre ce que racontent les chaînes audiovisuelles qu’ils financent par leurs impôts ou par l’entremise des publicités (payées par les consommateurs) qui subventionnent les médias privés ! Des études montrent d’ailleurs paradoxalement que les ados qui manient le langage SMS de la manière la plus drôle et la plus inventive sont souvent les plus performants dans l’usage du français « scolaire ». Fi donc des nouveaux puristes qui condamnent le « mauvais français » des jeunes que pour mieux cautionner l’invasion de l’anglo-américain : comme si les multinationales qui imposent d’en haut leur sabir idéologiquement formaté avaient la même légitimité politique à changer la langue que le(s) peuple(s), le monde du travail et la jeunesse populaire qui, de Tunis au Caire, crient en français « dégage ! » à Benali ou à Moubarak, que les syndicalistes de lutte qui se déclarent désobéisseurs et que tous ceux qui inventent les néologismes dont ils ont besoin pour dire aux autres leur activité sociale innovante ou dérangeante !

Il est également urgent de faire de la Francophonie internationale non plus seulement cet espace guindé piloté par les gouvernements (hyper-angliciseurs pour beaucoup d’entre eux, à commencer par ceux de France, de Belgique et du Canada…), qui prend prétexte d’une langue commune qu’ils refusent de défendre pour pontifier sur les problèmes mondiaux, mais un lieu vivant de résistance sociale, d’échange international, d’impulsion culturelle, d’émancipation nationale et de mise en commun linguistique permettant d’affronter le rouleau compresseur des oligarchies américanolâtres arc-boutées sur l’exportation de leur langue, réduite au rôle une arme de soft power (car contrairement aux sots gouvernants français, qui considèrent comme un boulet notre langue parlée sur cinq continents, les élites anglo-américaines savent que le tout-globish constitue une arme économique et commerciale plus efficace que plusieurs alliances militaires ![19]). Face à cette pieuvre  nourrie à la fois par Wall Street, par le Pentagone, Hollywood et la City, il est vital pour le français d’échanger et de collectiviser la créativité africaine, l’esprit de résistance québécois, la force poétique haïtienne, etc.

Dans le même esprit le français moderne doit s’enrichir d’emprunts aux autres langues de France, aux langues de l’immigration ouvrière ainsi qu’aux autres langues romanes, espagnol, italien, portugais, roumain, qui sont confrontées aux mêmes problèmes d’arrachage linguistique (du moins en Europe) que notre pays, sans négliger bien entendu l’apport de l’espéranto, dont le mérite est de vouloir affranchir la communication internationale de la tutelle impérialiste d’un Etat ou d’un groupe d’Etats donné. En un mot, internationalisons les résistances linguistiques et refusons que le tout-anglais règne dans le mouvement syndical international, dans les « alter-summits » (sic) ou dans certaines émissions de prétendue « Underground Democracy » qui, jusque dans leur dénomination, clament le caractère petit-bourgeois, ostentatoire et inoffensif de leur semi-révolte. Entendons enfin le conseil de Montaigne, auteur des Essais et maire de Bordeaux, qui déclarait déjà au 16ème siècle : « que le gascon y aille si le français n’y peut aller ! »…

Cette prise en compte de la diversité linguistique du ou des français n’interdit nullement de se réapproprier le français commun, y compris le vocabulaire et la grammaire – si évolutifs soient-ils – car ceux qui prétendent que tout cela n’est que vieillerie dépassée, qu’il n’y a pas de différence entre l’oral et l’écrit, qu’on peut parler n’importe comment en n’importe quel lieu, font en réalité tout le nécessaire pour se réserver jalousement l’écrit et le « bel usage », fût-il mâtiné d’expressions familières employées pour « faire peuple ». Quant à ceux qui défendent l’idée reçue qu’il n’y a pas de normes linguistiques et qu’il suffirait au linguiste de décrire l’état des lieux de la langue sans s’inquiéter de savoir si elle vit ou si elle dépérit, ils méconnaissent ce fait patent que la production de normes linguistiques est un fait langagier constant : celui qui maîtrise bien sa langue, dans quelque domaine que ce soit, et qui peut de ce fait s’en faire le poète, le virtuose et le transformateur actif, retravaille sans cesse la norme existante. Pour cette raison même, il lui faut bien connaître et manier sa langue, comme l’artisan connaît et manie parfaitement ses outils et sa matière première.

 

Conclusion - Les « élites » françaises – en réalité l’oligarchie transatlantique et ses collabos de la haute bourgeoisie « française »  – sacrifient cyniquement une langue dont ils ont profondément honte car elle porte l’inexpiable héritage d’une histoire populaire qu’ils abhorrent : l’héritage de Marat et de Toussaint Louverture, des Communards et du Front populaire, voire de l’Internationale communiste (dont le français était la langue de référence) et des luttes de libération nationale d’Afrique. Marginaliser cette langue maudite est un enjeu central pour ceux qui veulent, comme le M.E.D.E.F., mettre en place « les États-Unis d’Europe, notre nouvelle patrie » - comme si l’on pouvait à son gré changer de patrie, c’est-à-dire de parents et d’histoire. Face à cet énorme parricide de classe et de caste, les progressistes doivent tout faire pour briser la censure et imposer le débat politico-linguistique : car la substitution linguistique qui vise à exproprier le peuple de ses mots, donc de ses luttes, ne pourra l’emporter que si la classe travailleuse se laisse priver de débat sur sa langue. C’est pour la priver de parole à jamais, pour faire d’elle une classe mutique après avoir fait d’elle une masse précarisée, paupérisée et constamment menacée d’exclusion, que le Parti Maastrichtien Unique, toutes tendances confondues, veut (se) défaire (de) la langue frondeuse de Rabelais, de Diderot et de Jean-Baptiste Clément, sans parler de Félix Leclerc, de Jacques Brel ou des incandescents Frantz Fanon et Aimé Césaire.

Première cible de l’exterminisme linguistique de l’oligarchie, la classe laborieuse. Ses organisations syndicales et politiques – et tout d’abord les militants qui ont pris conscience de la nécessité de marier l’émancipation sociale à l’affranchissement national et à la solidarité internationale des peuples – ont un intérêt vital à engager la résistance linguistique en l’associant aux combats en cours pour le produire en France, les services publics, la protection sociale, la souveraineté nationale, la défense de la paix contre les aventures néocoloniales dans lesquelles le Parti atlantique compromet notre peuple sous couvert d’ « ingérence humanitaire ». Sans attendre, chacun peut engager cette résistance aux niveaux individuel, associatif, syndical, politique. Il s’agit moins d’ailleurs de « défendre la langue française » que de SE défendre AVEC la langue française ; c’est pourquoi ce combat a beaucoup à voir avec celui par lequel les résistants sociaux affrontent la novlangue néolibérale (celle qui, par ex. nomme « modernisation » les régressions sociales et « archaïsmes » les acquis sociaux) pour reconquérir un vocabulaire de classe permettant de nommer un chat un chat et Manuel Valls un laquais du C.A.C.-40. Il s’agit là d’un engagement structurant et nullement d’un « à-côté » mineur du combat social : car lorsque les tenants de l’Empire euro-atlantique et de Businesseurope auront détruit nos langues, et avec elles, toute la mémoire consciente et inconsciente du mouvement ouvrier et jusqu’à l’A.D.N. républicain de la Nation, la « France des travailleurs » chantée par Ferrat et l’idéal de République sociale dont notre pays est l’initiateur historique, auront définitivement sombré dans ce que Marx appelait naguère « les eaux glacées du calcul égoïste ». Est-ce vraiment cela que nous voulons pour nos enfants ?

 

 


[1] Philosophe, président de l’association COURRIEL pour la résistance au tout-anglais impérial. Auteur notamment de Patriotisme et internationalisme (2011) et de la Lettre ouverte aux ‘bons’ Français qui assassinent la France (2005).
 

[2] Et dans un second temps – ce serait sa seconde mort, ignominieuse ! – à l’état de parler aristocratique mondial des « élites mondialisées », dont la soif de distinction pourrait ne pas se satisfaire très longtemps du « globish » imposé partout ?
 

[3] « Anglais langue maternelle ».
 

[4] René Etiemble (1909-2002), écrivain et linguiste éminent, auteur notamment de Parlez-vous franglais ? (Gallimard, 1964).

[5] Au sommet, les English Mother Tongue venus d’ailleurs ou provenant des enfants de l’oligarchie « française » élevés directement en anglais, comme les collabos gaulois de César reniaient le celtique en élevant leurs enfants en latin. Au milieu, les « globishisants », parlant plus ou moins bien un anglais d’aéroport et destinés aux fonctions de cadres moyens. En bas, les francophones demeurés (c'est à dire ceux demeurés francophones...), cantonnés dans les tâches d’exécution et parlant un français appauvri et truffé d’anglicisme. Et dans les soutes, les travailleurs immigrés venus de l’espace francophone africain et subissant la double peine linguistique puisque parlant le français avec un accent (comme s’il existait un français sans accent…) et ne sachant pas encore la vraie langue du French Euroland en cours de recyclage linguistique total. Le schéma étant compliqué, notamment pour les travailleurs des services publics d’État, ou pour les enseignants, par la nécessité de parler le français, l’anglais et, si possible, plusieurs langues régionales s’ils veulent par ex. être mutés de la Bretagne à la Corse ou à Perpignan, lorsque le breton, le corse ou le catalan auront obtenu la co-officialité dans les actes publics… Vive la « modernité » ! Et tout cela, bien entendu, sans un euro supplémentaire sur la fiche de paie…
 

[7]     « France is in the air » remplaçant dans la foulée le célèbre slogan « Faire du ciel le plus bel endroit de la terre »...

[8] Et si « oui », « d’accord », « ça marche ! », « ça roule ! », « ça baigne ! », vous paraissent trop fades, pourquoi ne pas OSER « Oc » en occitan, « si como no ? », en castillan, etc. ? S’il faut emprunter, il est prudent de ne pas emprunter toujours à la World Company
 

[9] Lire notamment : http://www.m-pep.org/spip.php?article3517 . La Charte a été rédigée par la FUEV (Föderalistische Union Europäischer Volksgruppen), groupe de pression directement héritier du pangermanisme allemand et d'une conception ethnique des populations ayant valu la reconnaissance du caractère nazi de certaines de ses formes antérieures.

 

 

[10]  Déjà, en Catalogne ibérique, des Banques s’affichent uniquement en catalan et en anglais en proscrivant l’espagnol, seconde langue la plus parlée au monde, et le français, parlé de l’autre côté de la frontière !

 

 

[11] Arguant de la prochaine adoption de la Charte européenne par le Parlement français, le conseil municipal de Saverne a cru pouvoir annoncer que les séances du conseil municipal se tiendraient désormais en alsacien, avec des traducteurs français pour les non-locuteurs du dialecte, et que les comptes-rendus se feraient « en allemand, forme écrite de l’alsacien ». Fermez le ban ! Le patronat alsacien qui inspirait largement le projet (rejeté par l’électorat républicain alsacien) de fusion des deux départements et de la région Alsace, ne cachait pas que son but réel était de se fondre dans une grande euro-région transfrontalière avec le Bade-Würtemberg allemand. Des projets analogues sont couvés par les hiérarques féodal-« socialistes » du Languedoc-Roussillon, qui lorgnent sur la riche Barcelone, ou par Martin Malvy (Midi-Pyrénées) et Martine Aubry (la vraie patronne du Nord-Pas-de-Calais), qui veulent chacun leur région « transfrontalière ». C’est évidemment l’anglais, et non les langues régionales – purs prétexte d’un instant pour déconstruire mille ans de construction nationale française – qui fédérera ces regroupement clairement antinationaux dans lesquels le Code du travail, les statuts, le SMIG et les conventions collectives ne feront pas long feu. 

 

 

[12] Poussée par le socialisme ouvrier naissant et encore portée par l’élan de la Révolution jacobine, cette bourgeoisie a AUSSI institué l’école laïque, gratuite et obligatoire, mis en place la loi de séparation de l’Église et de l’État, institué la loi passablement démocratique de 1901 sur les associations, interdit le travail du dimanche… Quelle différence avec l’oligarchie capitaliste actuelle et avec ses reptiliens serviteurs « socialistes » du type de Manuel Valls !

 

 

[13]  Pressé d’équilibrer les BRIC, qui parlent portugais (Brésil), russe, mandarin ou hindi, l’Oncle Sam mène de front en ce moment deux négociations secrètes ; l’une avec les Européens (Union transatlantique) et l’autre avec les Japonais, les Coréens du Sud, etc. (Union transpacifique). Et quelle sera la langue officielle de l’Union transatlantico-pacifique quand ces négociations seront venues à leur terme et que Wall Street sommera la Maison Blanche d’unifier les deux Unions ? Alors que le système capitaliste fait fonds depuis cinquante ans sur une propagande « antitotalitaire » frelatée, il porte en ses flancs une pensée unique, une langue unique, une économie et une culture uniques qui battent d’avance tous les records de totalitarisme – si l’on tient à utiliser cette notion passablement floue – puisqu’elles s’étendront aux moindres recoins de la planète : plus la moindre île déserte, plus le moindre îlot d’Utopie où fuir ce « devenir-monstre » (dixit André Tosel) de la mondialisation capitaliste. Radicalisée, un tel système unique – heureusement traversé par bien des contradictions – signifierait la mort de l’humanité en tant qu’humaine : car UNE pensée, UNE culture, UNE langue, égalent nécessairement ZERO pensée, ZERO langue, ZERO culture pour peu que l’on ait compris que la pensée a besoin de diversité et de contradictions pour exister. Nous avons défendu par ailleurs la thèse selon laquelle « l’exterminisme est le stade suprême de l’impérialisme ». Mais il y a bien des moyens d’exterminer l’humanité en lui laissant l’illusion provisoire d’exister…

 

[14]  Il faudrait aussi évoquer le sort des francophones belges. Violant les prétendues règles démocratiques de l’U.E., la droite dure flamande persécute les francophones qui résident au nord du pays, abandonne la Wallonie en crise à son sort et resserre son étreinte menaçante sur Bruxelles ; or, la seule réponse du chef de file socialiste des francophones, M. Elio Di Rupo, le premier ministre fédéral belge, est de s’adresser à l’ensemble de ses compatriotes en anglais !
 

[15]  Y compris sans doute de l’anglais britannique, en passe d’être avalé par le globish et par l’américain, et dont il serait sans doute stupide de priver les Écossais et les Gallois, sans parler des Irlandais, pourvu qu’ils disposent tous des moyens de recouvrer leur langue historique.
 

[16]        http://www.debunkersdehoax.org/depenses-ahurissantes-pour-les-cours-darabe-a-lecole-intox-de-marion-le-pen

[17]    http://www.slate.fr/story/33579/francais-anglais-langues-etrangeres-ecole

[18]  Rappel orthographique : le substantif « le(s) français » en minuscules désigne la langue française et, au pluriel, ses divers usages, hexagonal, québécois, romand, wallon, etc. ; le substantif le(s) Français, avec la majuscule, désigne le ou les citoyens de nationalité française, donc des personnes.

 

 

[19] Honte à ceux des officiers français qui acceptent sereinement, pour poursuivre leur brillante carrière au sein de l’O.T.A.N., que l’anglais devienne la « langue de travail » de l’armée « française ».
 

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