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Quelques conférences

Chansons

  Avant d'écouter les enregistrements ci-dessous, attendez la fin de la musique de fond du blog...

 

L'Affiche rouge / Catherine Sauvage

 

Bandiera rossa
BELLA CIAO
La Butte Rouge

 

 

La Carmagnole

 

 

Sur la commune / Serge Utgé Royo  

 

 

La Commune / Jean Ferrat

 

 

La Oommune est en lutte / Serge Utgé Royo 

 

 

Déserteur / Boris Vian
 

 

Cloire au 17e / Montéhus

 

 

L'Internationale / Choeur du Bolchoï

 

Sur la route / Gaston Couté

 

 

Ah ! les salauds ! / Aristide Bruant

 

 

Le temps des cerises / Jean Lumière 

14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 13:02

 

 Victime d’un véritable traquenard, un médecin de nationalité franco-tunisienne est incarcéré, dans des conditions déplorables, depuis le 30 juillet 2009 en Tunisie pour des opinions politiques exprimées en… 1995 !

Selon nos sources, très bien informées, le Dr Eleuch a effectivement soutenu un parti d’obédience islamiste il y a maintenant plus de 20 ans, soutien qu’il qualifie lui-même « d’erreur de jeunesse ». Le Dr Eleuch est depuis longtemps revenu à un islam modéré et tolérant.

Emprisonner aujourd’hui le Dr Ahmed Eleuch pour ses opinions reviendrait à emprisonner Serge July ou Gérard Miller (entre autres) pour avoir été maoïstes dans les années 70.

C’est en réalité son opposition au régime dictatorial de Ben Ali qui lui est reprochée. Si le Dr Eleuch est toujours en prison à l’heure actuelle, c’est qu’il a notamment refusé de signer l’indigne acte de contrition et d’allégeance au régime tunisien qui lui était proposé.

Mais qu’attendre du régime tunisien ? Sous couvert de défendre la laïcité de l’Etat tunisien (ce qui est louable), Ben Ali en profite pour supprimer toute opposition politique (ce qui est détestable). Et chacun sait par exemple le sort réservé aux défenseurs tunisiens (notamment aux femmes) des Droits de l’Homme en Tunisie…

Ben Ali, caressé dans le sens du poil par notre président Sarkozy, a pourtant tout à perdre à s’obstiner à soutenir ses sbires en maintenant le Dr Eleuch en prison. Il y gagnerait sur le plan international en le libérant.

Nous appelons donc à soutenir le Dr Eleuch, prisonnier d’opinion, en multipliant les interventions et l’information afin d’obtenir sa libération.

 

Michel Strausseisen

 

Ci-dessous, deux des interventions diffusées sur Internet pour la libération du Dr Eleuch.

 

 

 

Constitution du Comité International pour la Libération de Ahmed Eleuch

Franco-tunisien, Prisonnier d’opinion en Tunisie depuis le 30 juillet 2009, après 20 ans d’exil

 

Rentré pour des raisons familiales, après vingt ans d´exil forcé de son pays d’origine (Tunisie), le Dr Ahmed Eleuch, psychiatre exerçant à Saint Denis (93 - France), a été arrêté le 30 juillet 2009 à l´aéroport, dès son arrivée à Tunis, et aussitôt écroué à la prison de Mornaguia (environs de Tunis). Il devait rendre visite à ses parents après tant d’années d’exil, craignant particulièrement pour son père, qui est actuellement très malade. Doté d´un passeport tunisien périmé depuis 2007, c´est muni de son seul passeport français qu´il s’était rendu en Tunisie. Il aurait dû rentrer en France le 11 Août, pour reprendre sa vie professionnelle et familiale.

Ne connaissant pas l’existence d’une condamnation prononcée contre lui par contumace, le Dr Ahmed Eleuch a fait opposition immédiatement à cette condamnation. Vendredi 7 août 2009, le tribunal de Première Instance de Tunis l´a condamné à quatre ans d´emprisonnement ferme avec exécution immédiate, lui reprochant des faits liés à des opinions politiques remontant à l’an 1995. Il s’agirait d’une réunion tenue avec des opposants proches du mouvement tunisien « En-Nahdha ».

Ahmed ELEUCH possède la double nationalité franco-tunisienne. Ses quatre enfants et son épouse, Afifa Eleuch, sont actuellement en France, complètement bouleversés par cette  tragédie familiale.

Psychiatre depuis vingt cinq ans, dont vingt deux ans d´exercice en France, le Dr Eleuch est un homme particulièrement pacifique, tolérant et modéré. Ses compétences, reconnues dans divers domaines de la Psychiatrie, lui ont permis d’être l´auteur d´articles et de livres portant sur des sujets professionnels. Il a donné une série de conférences en Europe, notamment sur la pédopsychiatrie, la thérapie du couple et la thérapie familiale.

A l’initiative de ses collègues médecins et professionnels de la santé en France, ainsi que de ses nombreux amis, nous annonçons ce jour, 28 août 2009, la création du Comité International pour la Libération d’Ahmed Eleuch (C.I..L.A.E). Nous manifestons ainsi notre solidarité inconditionnelle, notre sympathie avec le Docteur Eleuch, ainsi que notre engagement à agir et à mobiliser les autorités françaises et toutes les composantes de la société civile, en vue d’obtenir sa libération urgente.

Le comité considère qu’il serait intolérable que le Dr Eleuch continue injustement à croupir en prison, au moment où la Tunisie déclare officiellement que tous les exilés d’opinion et les réfugiés politiques de tous bords sont les bienvenus sur le sol tunisien. Nous notons avec stupéfaction que, contrairement à ce que certaines personnes ou associations ont avancé, Ahmed Eleuch n’a jamais été réfugié politique ; il s’est pourtant vu refuser, depuis 2007, le renouvellement de son passeport tunisien, pour des raisons certainement liées à ses opinions.

Le Comité International pour la Libération d’Ahmed Eleuch (C.I.L.A.E.) est ouvert à tous celles et ceux qui souhaitent apporter leur soutien ou leur aide à cette cause. Le comité ne revêt aucun caractère politique ou religieux, et sera immédiatement dissous dès le retour en France d’Ahmed Eleuch, que nous espérons le plus rapide possible.

Pour assurer "la plus grande mobilisation" autour de cette revendication « Liberté pour Ahmed Eleuch », les membres du comité auront recours à tous les moyens pacifiques et légitimes.

Nous espérons sincèrement que les autorités tunisiennes prennent en considération leur propre intérêt en mesurant les retombées très négatives, en termes d’image de la Tunisie à l’étranger, de l’arrestation et de l’incarcération du Dr Eleuch.

 

Dr Patrick Chaltiel

Psychiatre des Hôpitaux, Chef de Service et Responsable de Pôle à l’EPS de Ville Evrard (France).Président du Comité International pour la Libération de Ahmed Eleuch (C.I.L.A.E.).

 

Contact : Liberez.ahmed.eleuch@gmail.com

 

 

AHMED ELEUCH, NOUVEAU PRISONNIER PERSONNEL DU GENERAL BEN ALI

Tunisnews.net, CIDT-Tunisie, SOS-Torture, droits de l'homme

Par saied mabrouk Groupe Actif et militant

le 28/08/2009 -

 

CENTRE  D’INFORMATION  ET  DE  DOCUMENTATION  SUR  LA  TORTURE
CIDT-TUNISIE

Association de citoyens du monde pour le droit des Tunisiens à ne pas être torturés 
Membre du Réseau SOS-Torture de l'OMCT-Genève

Comité d’honneur : 
M. Jacques  FRANÇOIS
Mgr. Jacques  GAILLOT
Dr. Hélène  JAFFÉ
M. Gilles PERRAULT
M. François DE  VARGAS   
Président :
Jean-Marc MÉTIN


Besançon, le 27 août 2009


Psychiatre parisien tombé entre les mains des tortionnaires de Tunis,

AHMED ELEUCH, NOUVEAU PRISONNIER PERSONNEL DU GENERAL BEN ALI


C’est donc à présent quasiment certain : Ahmed ELEUCH est voué à purger les 4 ans de prison auxquels l’avait condamné un simulacre de tribunal, bras articulé du pouvoir.

Dr. ELEUCH, psychiatre franco-tunisien en région  parisienne depuis deux décennies, était rentré le 31 juillet à Tunis pour rendre visite à ses vieux parents malades. Auparavant, il avait tenté vainement d’obtenir son passeport tunisien. Selon toute vraisemblance, la police politique de l’ambassade l’aurait soumis au chantage classique : s’aligner sur le pouvoir ou rester sans passeport. Il semble même qu’un repenti tunisien l’ait appelé pour l’inciter à faire le voyage sans crainte. Etait-ce un guet-apens ou ce débris de l’opposition a-t-il lui-même été abusé par la police ?...

Toujours est-il que Dr. ELEUCH aurait obstinément rejeté cette ignominie, lui qui est resté éloigné de son pays depuis de si longues années, attristé par le sort fait à son peuple, privé de tous ses droits, hormis celui de consommer et d’applaudir… Médecin et intellectuel connu et respecté dans les milieux de l’immigration et de la diaspora tunisiennes, Dr. ELEUCH avait foi dans un islam ouvert, éclairé et fédérateur, loin de la violence et des soubresauts sanglants, comme certains pays musulmans ont pu en connaître.

C’est cet homme-là qui a refusé d’abdiquer sa liberté et de courber l’échine, qui doit aujourd’hui servir d’exemple, si besoin était. Il a osé…

Or, le général de renseignement Zine Ben Ali, qui gouverne la Tunisie depuis 22 ans et qui rempile pour cinq ans en octobre prochain, n’apprécie pas qu’on le contrarie. MARZOUKI, HOSNI, BENSEDRINE, YAHYAOUI OU ABBOU, entre autres, l’ont contrarié. Tous ont été à un moment ou à un autre ses prisonniers personnels. Ils ne sortent de prison qu’après avoir subi ce que ce tortionnaire en chef espère être des séquelles irréversibles. 

Or, Dr. ELEUCH est un être modeste qui n’a jamais recherché la notoriété. En lui infligeant quatre an de prison ferme, M. Ben Ali semble avoir calculé qu’il se retrouvera en tête à tête avec sa victime, surtout par ces temps difficiles où nombre d’anciens opposants se sont mués en agents zélés de la tortiocratie, avec pour mission de débarrasser le militaire au pouvoir de ses opposants à l’étranger, notamment en France, y compris par de véritables opérations d’intox et de renseignement. L’un de ces agents installé en Suisse a tenté en vain une intox d’envergure auprès du Comité des Nations unies contre la Torture. Mais la « culture de la torture » qui règne à Tunis y est si connue que c’était peine perdue

Par ailleurs, on n’oubliera pas que le général Ben Ali vient de déposer officiellement sa candidature aux élections du 25 octobre, pour exercer le pouvoir jusqu’en 2014 et jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il a donc besoin de faire taire toutes les voix discordantes, tant qu’il n’y a pas un prix à payer. Autrement, il peut se montrer pragmatique, voire magnanime…

C’est pour cela que nous appelons toutes les parties capables de lui porter secours, notamment le milieu médical en France, à se mobiliser pour que le franco-tunisien puisse voir ses parents et rallier sa famille et son cabinet médical au plus vite. Cela ne sera certainement pas facile, mais seul, il n’a aucune chance. 

Khaled BEN M’BAREK

Coordinateur

 

Source : tunisnews.net

 

 

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7 septembre 2009 1 07 /09 /septembre /2009 19:33

 

Interview de Valère STARASELSKI  

http://valerestaraselski.net/


1)e-torpedo : Valère Staraselski, vous signez avec le syndicaliste Denis Cohen Un siècle de Vie ouvrière. Pourquoi un ouvrage sur les cent ans de la VO ?

Valère Staraselski : Tout d’abord, je dois dire qu’il s’agit d’une idée que m’a soumise Denis Cohen en 2007. La réalisation de cet ouvrage qui couvre cent ans de La Vie ouvrière, avec plus de 700 illustrations et photographies dont celles de Robert Doisneau et Willy Ronis a demandé un travail de titan. Des heures et des heures de recherche dans des conditions assez infernales. Et sans le concours de Didier Delaine (iconographie mise en page), Stéphane Gravier, Christian Valléry et Marie-Line Vitu, je n’aurai pas pu aboutir. Voilà, il fallait que cet hommage leur soit rendu !

Rares sont les journaux qui peuvent célébrer leur centième anniversaire. D’autant que La Vie ouvrière associe utilité syndicale et originalité d’un titre de presse, expérience unique et n’ayant d’équivalent ni dans d’autres syndicats ni dans d’autres pays ! La Vie ouvrière est un phénomène typiquement français !

Jamais neutre, souvent « poil à gratter », La Vie ouvrière est partie intégrante du patrimoine du monde du travail, de ses combats, de ses espoirs. C’est bien cent années d’actions syndicales, de luttes qui se confondent avec l’histoire de notre pays comme avec celle du monde que l’on peut trouver dans les numéros de la V.O. Or, depuis quelques décennies, nous traversons une crise économique dont on peut penser, en partie, que l’absence d’un poids réel des travailleurs face aux possédants, seuls décideurs économiques, est un facteur aggravant. Cela se traduit, par exemple, par ce qui aurait été impossible il y a seulement vingt ans en arrière, le fait que dans les entreprises aujourd’hui, la bataille de la prime de départ prend le pas sur la défense de l’emploi. La France qui demeure encore un pays à part d’un point de vue politique et social est orpheline d’une certaine dynamique : Le Front populaire, La Libération, Les Trente Glorieuses. Quand le peuple était acteur et non simplement figurant, il lui arrivait quelquefois de tenir le premier rôle, il y avait alors des avancées économiques et sociales formidables. Or, à la faveur du centenaire de la V.O, la sortie d’Un siècle de Vie ouvrière permet de rappeler que le pari de l’intelligence, de la connaissance, du partage de l’expérience de la lutte, de « coopération intellectuelle » lancé par la V.O, il y a cent ans, est un passage obligé pour qu’une nouvelle dynamique puisse advenir.

2) A quoi a servi la V.O ? Qu’apprend-on en consultant les exemplaires sur un siècle, qu’en avez-vous retenu ?

Outre ce que je viens d’évoquer à l’instant, je crois tout d’abord que la V.O a toujours été et est toujours au rendez-vous des luttes sociales et des combats des époques traversées, y compris quand ces combats avaient une visée messianique. Ainsi, dans la V.O du 6 novembre 1930, Marcel Cachin écrit à propos de l’Union Soviétique : « Ils ont fourni la preuve à tous les prolétariats du monde (qui ne voulaient pas le croire et ne le croient pas encore) que la classe ouvrière est dès maintenant en état de se passer de maîtres ». On est de la sorte en mesure de mieux comprendre quel était l’état d’esprit d’une large couche des travailleurs à l’époque. De manière générale, à travers ce siècle, on peut constater dans ce journal une permanence solidaire qui, par ailleurs, fonde toujours la démarche de la CGT et qui s’attache à l’unité de la classe ouvrière et du monde du travail dans sa diversité. Outre cela, je crois que la V.O a été et est restée fidèle au projet que lui avait donné Pierre Monatte, son fondateur dès son premier numéro en octobre 1909, c’est-à-dire une quinzaine d’années après la naissance de la CGT. Pierre Monatte, qui voulait « une revue d’action », expliquait : « Nous voudrions qu’elle rendit des services aux militants au cours de leurs luttes, qu’elle leur fournisse des matériaux utilisables dans la bataille et dans la propagande et qu’ainsi l’action gagnât en intensité et en ampleur. » Honnêtement, à la lecture d’Un siècle de Vie ouvrière, on peut dire que le programme de Monatte a été tenu. En effet, du premier numéro dont l’objectif est de « donner à l’ouvrier la science de son malheur » et qui affiche 550 abonnés à La Nouvelle Vie Ouvrière de 2009, c’est à un salutaire rappel de la réalité sociale auquel nous convie La Vie Ouvrière. A feuilleter le journal, l’on apprend par exemple que le sous secrétaire d’Etat des Postes et Télécommunications, le radical Julien Symian, en 1911, arrive en courant dans la grande salle du Louvre et crie aux dames téléphonistes en grève : « Ah tas de putains, vous allez reprendre le travail ! ». Et que, plus de soixante ans plus tard, lors de la plus grande grève des postiers d’octobre 1974 qui paralysa le pays, le ministre qui avait parlé du « travail idiot dans les centres de tri » sera remercié au début de l’année suivante... Que de 15 000 abonnés à la fin mai 1936, La Vie Ouvrière passe à plus de 200 000 en 1937 pour atteindre des sommets de diffusion à la Libération et les années suivantes, devançant parfois le tirage de Paris Match. Que durant la guerre, ses rédacteurs faisant preuve d’un courage époustouflant, émouvant, à côté des appels au sabotage, à la lutte armée et des slogans tels « la vengeance est un devoir sacré », le journal devenu clandestin n’oublie pas le ravitaillement : « c’est un comble. Il n’y a plus de vin en France. Tout au moins, ce sont les officiels qui disent cela. Or, les ouvriers veulent du vin ». Que les ministres ouvriers chargés par le gouvernement De Gaulle de mettre en œuvre le programme du Conseil National de la Résistance sont tous des syndicalistes de la CGT. Que l’on croise régulièrement Bourvil qui déclare dans une interview qu’il est en retard du paiement de ses timbres. Que l’on croise également Johnny Hallyday remettant un chèque aux syndicats de Decazeville ou, faisant la une, le responsable syndical des artistes : Jean-Paul Belmondo ! Que, des événements de 68 durant lesquels La Vie Ouvrière paraîtra régulièrement en passant par l’espoir suscité par l’élection de François Mitterrand (« Rien n’est joué. Tout dépendra de l’intervention lucide, active, constante et responsable des travailleurs » écrit la V.O), la chute du mur de Berlin, la victoire planétaire destructrice des néolibéraux, la lente descente aux enfers des salariés jusqu’au défilé unitaire du 1er mai 2009, le premier depuis la Libération, La Vie Ouvrière, longtemps dirigée par d’authentiques résistants, prône toujours et encore l’initiative contre l’attentisme.

3) Qu’en est-il de la classe ouvrière aujourd’hui ?

Historiquement, la classe ouvrière s’est définie par son rapport à la matière. Etre ouvrier, c’était intervenir directement sur un produit matériel. L’ouvrier, c’était le travailleur manuel, qui soit avec des outils, soit par l’intermédiaire d’une machine-outil, transformait la matière. Aujourd’hui, notamment avec la révolution informationnelle, le travail des ouvriers a évolué de façon considérable. Après Les Trente Glorieuses, certains ont parlé des Trente piteuses, ceci est particulièrement vrai pour le groupe ouvrier. Jusqu’en 1936, voire jusqu’au début des années 50, le salariat français est dominé numériquement et idéologiquement par le groupe ouvrier. Les années 60 et 70 vont être marquées par la croissance extrêmement rapide d’un nouveau type de salariat, celui des services, et notamment en France, des grands services publics de l’éducation, de la recherche, de la santé et des communications. D’abord, le chômage. Fin 1967, Georges Pompidou, lors d’un entretien télévisé, annonçait : « Le Gouvernement va devoir faire face à un problème permanent de l’emploi ». A l’époque, cela avait paru incongru. De 5% en 1975, le chômage a atteint les 12% de la population active à la fin du siècle. Et de 1974 à 1988, l’industrie qui représentait 38% de la population active est passée à 25%. S’il y a eu entre 1986 et 1995 une moyenne de 400 000 licenciements économiques par an, c’est principalement les secteurs industriels qui ont été touchés. Le monde ouvrier est plus victime que les autres du chômage de masse. C’est un fait, les ouvriers, de moins en moins nombreux, de plus en plus différents, ayant perdu leurs repères et leur identité de classe, ont été, nous dit l’historien Georges Duby « les grands perdants de ce dernier quart de siècle de transformation rapide de l’économie française ». La classe ouvrière est, depuis les années 70, inférieure en nombre à comparer à 1931. De ce point de vue, 1975 est une date rupture, en effet, le sentiment d’appartenance à la classe ouvrière n’a cessé de décliner. 1975 est aussi la date du déclin de la syndicalisation en France, notamment de la CGT, première confédération ouvrière. A noter, tout de même, un redressement depuis quelques années...

4) Que dire des rapports entre syndicalisme et politique ?

Outre la nouvelle répartition de la richesse nationale entre le capital et le travail, au détriment de ce dernier, il faut ajouter que les revenus du travail sont, depuis le milieu des années 1980, plus taxés que ceux du capital. Aujourd’hui, ça n’est pas telle ou telle catégorie qui voit ses acquis attaqués par le capital, c’est le socle même des garanties collectives qui est systématiquement démantelé. Ainsi, qu’il s’agisse des syndicats ou des partis politiques, il faut dépasser les réflexes pour exercer sa réflexion. « Nous vivons un tel bouleversement », explique Maryse Dumas de la CGT, « que les réflexes d’hier ne marchent plus et nous mettent sur la défensive ». Or, ce dont a besoin le mouvement populaire c’est de réinventer un nouveau syndicalisme qui doit s’originer dans ce fait incontournable : 7 millions de salariés changent de statuts chaque année, les CDD, l’intérim sont monnaie courante, l’insécurité sociale devient la norme. Ce dont ont besoin les couches populaires, c’est de partis politiques capables de les représenter telles qu’elles sont. Le capitalisme a marqué des points considérables ces dernières années, il y a eu une explosion du capitalisme populaire qui a été un fait majeur, révélateur de la profonde mutation française des années 1980-1990. Mais dans le même temps, le Président de la République dans un discours devant le Congrès réuni le 22 juin dernier, déclare : « Le monde d’après la crise sera un monde où le message de la France sera mieux entendu et mieux compris. Ce sera un monde dans lequel, compte tenu de sa culture, de ses valeurs, la France sera mieux armée que beaucoup d’autres pour réussir. [...] Nous aimons tous notre pays. Nous partageons les mêmes valeurs fondamentales. Nous voulons que chacun ait les mêmes droits et les mêmes devoirs, que chacun se sente respecté, que chacun ait sa place dans la société. Le modèle républicain reste notre référence commune. Et nous rêvons tous de faire coïncider la logique économique avec cette exigence républicaine. Ce rêve nous vient, pourquoi ne pas le dire, du Conseil national de la résistance, qui, dans les heures les plus sombres de notre histoire, a su rassembler toutes les forces politiques pour forger le pacte social qui allait permettre la renaissance française. Cet héritage est notre héritage commun. [...] Bien sûr, pendant trente ans, les valeurs françaises ont été à contre-courant de celles qui dominaient l’économie et la politique mondiales. Mais qui ne voit que la crise mondiale crée de nouveau des circonstances favorables à cette aspiration française à mettre l’économie au service de l’homme et non l’inverse. » Qu’attendent donc les syndicats, les partis politiques pour le prendre au mot et montrer que Nicolas Sarkozy fait l’exact contraire de ce qu’il dit ? Et s’il le dit, c’est qu’il sait que ce discours a encore des résonances puissantes dans notre pays. Un siècle de Vie ouvrière est précisément un ouvrage où se ressourcer pour mener l’action émancipatrice d’aujourd’hui. La question politique fondamentale aujourd’hui qui, me semble-t-il, est posée aux partis progressistes est de trouver la configuration politique qui exprime réellement « l’unité dans la diversité » des couches populaires mais également des couches intellectuelles. Et il y a une idée fondamentale qui était déjà émise par Jean Jaurès et les fondateurs du syndicalisme révolutionnaire qui est la suivante : le travailleur, l’ouvrier ne doit pas être exclu de toute part, de toute direction, de tout maniement des choses humaines et des grands intérêts. Le travailleur doit être dans la gestion économique. Pour que le travail soit vraiment libre selon Jaurès, il faut que tous les travailleurs soient appelés pour leur part à diriger, il faut qu’ils participent au gouvernement économique de l’atelier, comme ils participent par le suffrage universel au gouvernement politique de la cité. Il s’agit là d’une orientation résolument moderne.

Un siècle de Vie ouvrière, par Denis Cohen et Valère Staraselski. Cherche midi éditeur, 175 p., 30€.

Site de la NVO

Site Cherche-Midi Editeur

 

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24 août 2009 1 24 /08 /août /2009 14:27


C’est le titre d’un livre à ne pas manquer. Il s’offre comme l’un de nos manuels lycéens d’histoire, ornés d’une carte de l’Europe. En fait d’histoire, il traite d’une contre-histoire de la littérature qui résiste.

L’oublié et l’interdit. Littérature, résistance, dissidence et résilience en Europe Centrale et Orientale (1947-1989) est un ouvrage collectif sous la direction de Roumania L. Stantchéva et Alain Vuillemin. Il est publié par les Editions de l’Institut d’Etudes Balkaniques, Editura Limes et les Editions Rafael de Surtis.

Il faut ici saluer le magnifique travail d’Alain Vuillemin, Professeur à l’Université d’Artois qui, de 2004 à 2007, fut le maître d’oeuvre d’une série de journées d’études réciproques sur ce concept fort de " l’oublié et l’interdit ". Ces études furent notamment organisées à Sofia, en Bulgarie, à l’Académie Bulgare des Sciences et à Arras, à l’Université d’Artois, en France. Des chercheurs d’universités bulgares, roumaines, serbes, hongroises et autres ont pu y présenter leurs travaux. Ces études eurent et ont encore de nombreux prolongements et présentent un intérêt tout particulier dans la période que nous traversons. Leur publication est d’importance.

De 1947 à 1989, les penseurs et auteurs du Sud-Est européen furent confrontés aux lois et comportements liberticides des totalitarismes de l’Europe centrale et orientale. Exclusions, interdictions de publication, menaces, exils contraints, enfermements arbitraires, voire tortures et disparitions constituèrent une chape de plomb pesant sur l’intelligence et la liberté. Cependant, précisent Roumania L. Stantchéva et Alain Vuillemin dans leur avant-propos, " en chacun de ces pays, une littérature de la protestation s’est toujours manifestée, marginale, souveraine, clandestine. "

C’est de cette littérature de la protestation, cette littérature dissidente et résistante, inventive, que traite ce livre, malgré les difficultés à en comprendre la nature et les mécanismes :

" Les attitudes de résistance déclarées ou de dissidences feutrées se révèlent aussi très complexes, poursuivent Roumania L. Stantchéva et Alain Vuillemin. L’analyse en est difficile. Les raisons en sont multiples. Une autre littérature de la résilience et de la survie à l’intérieur de l’univers concentrationnaire, que ce fût en Roumanie ou en Bulgarie, est aussi apparue depuis la chute du Rideau de Fer. C’est cette littérature du témoignage, de l’interdit, condamnée à l’oubli, qu’on a essayé d’explorer. "

Alain Vuillemin note que cette littérature dissidente en Europe de l’Est est la seconde expérience de référence dans le domaine, après celle qui vit des écrivains, des intellectuels, des poètes, des artistes, résister par les mots au régime nazi au cours du deuxième conflit mondial, de 1939 à 1945. Il remarque comment, dans les années 1960-1970, le mot " dissidence " se substitua au mot " résistance " pour désigner de nouvelles formes de luttes apparues en Union Soviétique dès les années 1930. " Penser autrement " était interdit et ce " penser autre " eut à inventer, dans des conditions extrêmes, de nouvelles formes d’expression, de nouvelles stratégies de survie, de nobles subversions, sources, selon lui, de " l’originalité de cette littérature de la protestation, encore très mal étudiée, condamnée au silence entre 1947 et 1989, revenue de l’exil depuis 1989, témoignant de cette résilience et acharnée à s’affirmer en dehors de toutes les normes imposées. "

Alain Vuillemin définit cette littérature en quatre modalités. Elle est, dit-il, une littérature du silence, une littérature de l’exil, une littérature de la déviance et enfin une littérature de la résilience.

Beaucoup d’auteurs, réduits au silence, continuèrent à écrire, journaux intimes, notes au jour le jour, témoignages, pamphlets, poèmes, au risque de leur vie. C’était souvent une manière de maintenir leur intégrité psychique et d’éviter un effondrement du moi. Certains, comme le bulgare Lubomir Guentchev, se réfugièrent dans une écriture en une autre langue, le français pour Guentchev (nous devons aussi à Alain Vuillemin la publication des oeuvres remarquables de Guentchev en français chez Rafael de Surtis). La plupart de ces écrits ne furent publiés que plusieurs années après la mort de leurs auteurs. Sortir ces oeuvres du silence, c’est prolonger leurs actes de résistance et donner force et pérennité à toute forme de dissidence, passée ou future.

Chacune des grandes crises à l’Est, Prague en 1948, l’insurrection hongroise de 1956, l’intrusion de l’Armée Rouge en Tchécoslovaquie en 1968, les " Thèses de juillet " dans la Roumanie de 1971, provoquèrent des vagues d’exil. Alain Vuillemin égrène les noms sur le chapelet des souffrances et des résistances. Certains nous sont familiers, Láslo Szabó, Eugène Ionesco, Emil Cioran, Virgil Gheorghiu, Gombrovicz, Milosz, Julia Kristéva... Beaucoup nous sont inconnus et il reste encore nombre de littératures de l’exil à découvrir.

Alain Vuillemin évoque une histoire comparée des littératures de la dissidence, encore en formation, pour éclairer les modes de déviance littéraires mis en oeuvre pour contourner la censure. Chaque Etat totalitaire présentait ces propres conditions restrictives et développait ses propres toxicités. Les dissidences littéraires durent s’adapter et inventer des déviances renouvelées pour maintenir le flambeau de la révolte contre les dictatures. En Hongrie, le surréalisme survécut ainsi jusqu’en 1982 autour de la personnalité de Zoltan Jékely. En Bulgarie, le théâtre de la dérision de Yordan Radikov et Stanislav Stratiev demeura le coeur de la contestation.

Les écrits de résilience, surgis après 1989 pour la plupart, furent écrits par les détenus. Ils témoignent des méthodes utilisées : internements, déportations, camps de travail, immersions en asiles psychiatriques, interrogatoires, tortures...

Alain Vuillemin insiste sur le fait que ces combats ne sont pas achevés, qu’aux dictatures ont succédé des " démocratures " et que le combat pour la liberté est permanent.

 

Ce livre rend hommage à la fécondité intellectuelle des êtres humains oppressés, à la permanence inventive de la lutte pour les libertés. Nous avons beaucoup à apprendre de ces dissidents de la plume, de leurs résistances, des opportunités qu’ils ont su se donner. Dans un système, c’est l’organisme qui a le plus de choix comportementaux qui maîtrise le système. Les dictatures n’ont de cesse de contrôler les comportements par la réduction des choix. Ce livre montre que l’être qui se veut libre a toujours au moins un choix de plus que les apôtres militarisés de la bêtise. Même s’il le paie de sa vie, l’esprit peut rester libre.

Zlatka Timénova-Valtchéva de l’Université Lusophone de Lisbonne, donne une définition pertinente de l’intellectuel, entendu comme " éternel dissident " :

" De par son essence, l’ intellectuel " serait un éternel  dissident " dans une acception plus large de la notion. En effet, l’intellectuel se trouve toujours en une position critique, déclarée ou non, par rapport au présent immédiat, social, politique ou culturel. Son questionnement dérange, il ouvre l’espace vers un ailleurs et un temps autre, il met en cause l’admis et l’établi. Il fait progresser la machine sociale et politique par son discours inquiet, il prend des risques au nom de la justice sociale, il engage sa liberté personnelle, il s’expose au jugement public. Le caractère non-conformiste de son comportement et de ses attitudes sociales font de lui un dissident au sens large. Il s’inscrit dans une culture d’opposition. "

Peut-être faudrait-il rappeler cette définition aux prétendus intellectuels de l’Europe de l’Ouest, tombés dans une douce torpeur, qui ne voient pas que les nouvelles formes totalitaires sont déjà à l’oeuvre, installées dans l’indifférence générale sous le vernis de la démocratie. Si nous voulons avoir quelques choix de plus que les tueurs de liberté qui veulent réduire jusqu’à la nature humaine, nous devrions nous mettre en route. Etudier ce livre peut s’avérer un premier pas salutaire. La créativité, l’invention, se nourrissent de la créativité et de l’invention des autres.

Du pamphlet à retardement à l’indifférence métaphysique, nombreuses sont les pratiques qui libèrent...

 

Rémi Boyer 



Sommaire

 Avant-Propos, par Roumiana L. Stantchéva et Alain VuilleminI. PRÉALABLES

- Résistance, dissidence, résilience, par Alain Vuillemin (Université d’Artois, France)

- La dissidence face à la dictature en Europe, par Arnaud de Raulin (Université d’Artois, France)

- Xénophon ou la résistance " active " en littérature dans l’Antiquité, par Nicolas Corvisier (Université d’Artois, France)

- Silence, dissidence, résistance dans l’URSS (1917-1991), par Jean-Pierre Arrignon (Université d’Artois, France)

- L’occultation des relations avec la Russie par l’historiographie bulgare, par Nadia Danova (Institut d’Études Balkaniques, Bulgarie)

- La résistance contre les stéréotypes journalistiques : les éditions franco-bulgares à l’époque du Réveil national en Bulgarie, par Éléna Guétova (Université " Païssy Hilendarski ", Bulgarie)

II. LA TRAVERSÉE DES DICTATURES

 

III. LES DRAMATURGES ET LES ROMANCIERS

 

IV. LA RÉVOLTE DES POÈTES

 

V. LES TÉMOIGNAGES

 

Pour se procurer le livre en France :

 

 

Editions Rafael de Surtis, 7 rue Saint-Michel, 81170 Cordes-sur-Ciel- Le récit d’Alain Robbe-Grillet : " Quatre jours en Bulgarie ", par Maya Timénova (Université " Païssy Hilendarski ", Bulgarie)

- La résistance silencieuse : les journaux d’Ion D. Sîrbu, par Izabella Badiu (Université " Babes-Bolyai ", Roumanie)

- Roumains Déracinés de Paul Miclu, l’odyssée d’un journal de mémoires à l’époque de la censure en Roumanie, par Anda Rădulescu (Université de Craïova, Roumanie)

- Le discours neutre dans la Roumanie communiste des années 1960-70, par Ioana Toma (Université " Babes-Bolyai ", Roumanie)

- La représentation du mal dans les romans Un Sosie en cavale de Oana Orlea et Compte rendu sur ma mort de Gabriel Chifu, par Roxana Sicoe-Tirea, École Doctorale de Littérature française et comparée, Université " Sorbonne Nouvelle – Paris 3 ", France)

- Yordan Valtchev et son " Manuel de survie " face à la terreur communiste, par Roumiana L. Stantchéva (Institut d’Études Balkaniques, Bulgarie)

 - Tristan Tzara et les Hongrois, par Jenö Farkas (Université " Eötvös Lörand ", Hongrie)

- Cri et révolte dans l’oeuvre de poètes roumains d’expression française, par Ecaterina Grün (Université " de Vest ", Roumanie)

- Irina Mavrodin : dissidence et poésie, par Nicolas Cavaillés (Université " Jean-Moulin " - Lyon 3, France)

- La situation de dissidence du poète, traducteur et éditeur, Kiril Kadiiski, par Stéphane Baquey (Université d’Artois, France)

- L’intellectuel, un éternel dissident ? Une relecture de Pentcho Slaveykov, par Zlatka Timénova-Valtchéva (Université " Lusophone " de Lisbonne, Portugal)

- The Book as a Monument : the Case of Konstantin Pavlov’s Remembrance of the Fear (1963), par Kleo Protokhristova (Université " Païssy Hilendarski ", Bulgarie)

 - L’insolite dans la dramaturgie de Yordan Raditchkov et de Stanilas Stratiev face à la censure, par Dina Mantchéva (Université " Saint-Clément d’Ochrid ", Bulgarie)

- Le théâtre politique de Georges Astalos en langues roumaine et française, par Alain Vuillemin (Université d’Artois France)

- Le Second messager de Bujor Nedelcovici, une anti-utopie dissidente, par Micaela Gulea (Académie d’Études Économiques de Bucarest, Roumanie)

- Vie(s) et vue(s) de l’esprit. Le philosophe et ses dialogues, par Luiza Palanciuc, (École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris, France)

- La censure institutionnalisée : le régime des publications sous la Roumanie communiste, par Ioana Toma (Université " Babes-Bolyai ", Roumanie)- Échos d’écrivains résistants, de Jean-Paul Sartre à Milan Kundera, par Doïna Zamfir-Goes (Université de Craïova, Roumanie)

- Négovan Rajic, écrivain canadien : un intellectuel au service de la paix, par Liljana Matic (Université de Novi Sad, Serbie)

- Deux écrivains croates au temps des dictatures : Miroslav Krlezaž (1893-1981) et Antun Šoljan (1932-1993), par Sineva Bene-Katunaric (CIRCE, Université Paris-Sorbonne – Paris 4)

- Ionesco-Béranger : le mal des tyrannies, par Mariana Perianu (Académie d’Études Économiques de Bucarest, Roumanie)

- Résistance, dissidence et résilience en Europe centrale et orientale à travers deux intellectuels francophones : Lubomir Guentchev en Bulgarie et Georges Astalos en Roumanie, par Alain Vuillemin (Université d’Artois, France)

 

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24 août 2009 1 24 /08 /août /2009 14:16

 

 

Toutes et tous contre le despotisme néolibéral


Le pouvoir avoue finalement que le pays est touché par la crise économique. La dynamique de développement reste bloquée. Ce sont surtout les travailleurs, les couches moyennes et les milieux les plus vulnérables qui en paient le prix fort par une dégradation sans précédent de leurs conditions de travail et de leur pouvoir d’achat. Et c’est dans un pays livré à la spéculation que tous devront affronter la flambée des prix durant le ramadhan.

Au lieu de réguler le marché et d’augmenter les salaires, pour éviter l’endettement des familles, le pouvoir interdit le crédit à la consommation. Mais s’il y a un besoin réel de l’intervention de l’Etat pour lutter contre les abus et détournements et réduire certaines importations, il est injustifié de prendre des mesures en culpabilisant les familles et tous les opérateurs économiques. En niant, en plus, que les dérives sont d’abord le fait d’un système incarné par le pouvoir. Au contraire le besoin d’Etat est d’autant plus important qu’une large partie de la population ne se sent pas protégée et qu’elle a vu son niveau de vie chuter. Salariés victimes de l’ajustement structurel, chômeurs désespérant de leur avenir, retraités qui s’inquiètent de leurs pensions qui ne connaissent que de misérables augmentations, tous ont besoin d’un Etat puissant, efficace et qui lutte contre les injustices et les inégalités.

Nous entendons les professions de foi du pouvoir qui affirme son patriotisme économique. Mais dans le même temps il cède un pan de la souveraineté en confiant à des sociétés étrangères une partie des missions des douanes. Pour leur part, certains chefs d’entreprise considèrent que l’on fait des cadeaux aux banques, tandis qu’en proposant une privatisation partielle des entreprises publiques le pouvoir encourage l’investissement de portefeuille plutôt que l’entreprenariat. Le pouvoir continue à créer des effets d’aubaine. La restructuration économique, vantée par les ministres, n’est finalement qu’une accentuation de l’orientation néolibérale condamnée à travers le monde avec la crise financière.

Les mesures que le pouvoir présente comme des avancées restent en deçà des exigences parce que - tout en avouant partiellement la légitimité des revendications portées par le monde de l’économie et la société - il tente de contrarier le changement radical. Mais comment ce pouvoir despotique ne serait-il pas en décalage avec la société alors qu’il refuse de l’écouter? Hier le pouvoir n’a pas consulté les syndicats autonomes pour établir un pacte social, aujourd’hui il ne consulte pas le patronat pour établir la loi de finance. Avec, en plus, leur manque de cohérence les projets du pouvoir restent donc problématiques. Ils provoquent l’incompréhension du patronat et le désarroi des couches populaires auxquelles, en l’absence de perspectives, il ne reste que la harga ou l’émeute.

Le pouvoir, qui défend des intérêts de plus en plus étroits, ne peut pas prétendre engager l’Algérie dans la voie de sortie de la crise, protéger le secteur public du dépeçage et promouvoir l’initiative privée productive, en faveur du développement durable et de l’insertion du plus grand nombre. Ce pouvoir refuse de rompre avec sa ligne despotique néolibérale qui reproduit et parfois aggrave les injustices du système rentier et de l’Etat hybride. Après avoir amnistié unilatéralement les égorgeurs islamistes il se prépare, peut être même, à amnistier les  spéculateurs et les prédateurs qui ont acquis illicitement des fortunes colossales.

Au lieu de placer les milliards du pétrole sur les marchés financiers internationaux l’Algérie doit utiliser ses ressources pour construire une économie productive créatrice de richesses, porteuse du plein emploi et génératrice de progrès et de bien être pour la société. Et la meilleure garantie pour engager un tel processus de rationalisation de l’économie, comme pour l’émancipation de tous les segments de la société, reste l’amélioration des conditions démocratiques générales de la lutte et de représentation politique.

Alger, le 19 août 2009

Le Comité économique et social
MDS 
 Siège 67, Boulevard Krim Belkacem - Alger - Tel/Fax : 021 63 89 12 E-mail: mdscomités@lenouveaudefi.com

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21 août 2009 5 21 /08 /août /2009 16:10

ÉDITORIAL

 

CHINE/Etats-Unis : le nouveau g-2

 

C’est dans les grands bouleversements que se révèlent les nouvelles lignes de forces. Les recompositions futures s’y dessinent. Nous vivions déjà la transition d’un monde unipolaire à un monde multipolaire telle que pouvait se caractériser la charnière du xx˚ au xxi˚ siècle, c’est-à-dire ce moment particulier où les événements qui vont marquer la scène mondiale jetteront à bas la perspective d’un « siècle américain ». Entre la crise financière internationale qui démarre en Asie en 1997 et l’intervention en Irak en 2004, tout se joue de telle sorte que le projet américain capote, notamment celui des neocons pensant pouvoir refaçonner le monde.

La crise financière asiatique se propageant en Russie et en Amérique latine délégitime la croyance dans les bienfaits de la libéralisation commerciale et financière et dope d’un bout à l’autre de la planète le rejet de la mondialisation libérale. Les virages à gauche se multiplient et se consolident en Amérique latine, le projet de grand marché commun sous hégémonie américaine, l’Alca, est rejeté et Cuba sort de son isolement, sans que les Etats-Unis ne puissent contrarier le cours des événements. L’enlisement au Moyen-Orient et l’incapacité à remodeler la région ainsi que l’échec du projet d’intégration/réduction de la Russie échouera et les États-Unis devront se résigner à admettre le retour de ce pays sur la scène mondiale comme puissance souveraine et non pas inféodée. C’est dans ce contexte que l’on assiste à l’émergence de grandes puissances asiatiques comme l’Inde ou la Chine dont l’impact modifie non pas seulement l’espace asiatique mais les rapports de force dans l’arène mondiale.

 

MICHEL ROGALSKI

 

La crise économique et la transition politique, symbolisée par l’élection de Barack Obama, aux États-Unis confirment certes la tendance vers un monde multipolaire, dont le premier rôle reste tenu par Washington, mais consacrent l’arrivée, parmi les très grands, de la Chine qui se fait reconnaître le statut d’interlocuteur principal au Sommet du G-20 de Londres. Ce qui se joue c’est l’amorce d’un partenariat à intérêts communs immédiats sur fond de rivalité sourde et lointaine. Bref, la perte d’un statut indéboulonnable et la crise dont l’épicentre est au coeur du pays oblige les États-Unis à sacrifier leurs intérêts lointains au bénéfice d’avantages immédiats, et donc à privilégier dans l’immédiat la coopération et à renvoyer à plus tard ce qui relève de la compétition. La hantise des Américains, empêcher l’apparition d’un « peer competitor » (un rival comparable), est en train de se réaliser comme moindre mal. Faute de pouvoir affronter l’adversaire immédiatement, mieux vaut l’engluer dans une alliance qui l’assagira et reporter, si nécessaire, à plus tard l’affrontement quand les conditions seront jugées meilleures. Pour la Chine, l’accès à une seconde place reconnue, sans conflit, constitue une aubaine majeure et permet d’espérer la naissance

d’un condominium. Ce qui se met en place sous nos yeux c’est la naissance de la « Chinamérique ».

 

La crise en est le premier moteur. Les structures de coopération mises en place par Bush en 2006 - « Le dialogue économique stratégique »- vont s’accélérer et prendre la forme d’une réunion annuelle des responsables de la diplomatie et des affaires économiques qui s’élargira aux dimensions sécuritaires, énergétiques et environnementales. L’annonce en sera faite par Barack Obama à l’ouverture du Sommet du G-20 en avril 2009. Avant le G-20, les chefs d’État américain et chinois s’étaient rencontrés séparément pour discuter de leurs problèmes bilatéraux et vraisemblablement évoquer le prochain Sommet et avaient manifesté un accord pour « travailler ensemble à soutenir activement le commerce mondial, les flux d’investissements et à résister au protectionnisme ».

Certes des différences d’approches demeurent importantes entre les États-Unis et la Chine quant à leur vision du monde, mais pour l’instant les intérêts communs l’emportent largement sur des questions essentielles comme la crise et la façon d’affronter la menace du changement climatique ou les défis énergétiques qui lui sont liés.

 

L’intérêt économique commun est au coeur du rapprochement. Les deux pays présentent une asymétrie complémentaire. Les États-Unis consomment trop et n’épargnent pas, les Chinois font l’inverse. Le déficit commercial US atteignait 680 milliards de $ en 2008 (80 milliards en 1990). La Chine a joué un rôle central dans l’augmentation de ce déficit commercial. Depuis 2000 elle est responsable de 60 % de son augmentation. En 2007 la Chine a exporté cinq fois plus vers les États-Unis qu’elle n’a importé de ce pays.

Au fil des années, la Chine a engrangé d’immenses excédents commerciaux. Ces réserves en devises sont aujourd’hui évaluées à environ 2000 milliards de $. Dans le même temps, la dette fédérale américaine s’est accrue dans des proportions insoutenables obligeant les États-Unis à trouver des financements extérieurs en échange de l’émission de bons d’État qui sont largement souscrits par la Chine. Cette dernière détiendrait aujourd’hui près d’un quart de la dette fédérale extérieure américaine. Les fonds souverains qu’elle a constitués ont massivement acheté des actifs américains. Une dépendance mutuelle s’est ainsi mise en place entre les deux pays. Le dynamisme chinois ne pourrait s’accommoder ni d’un effondrement du dollar, ni de la perte d’un important débouché pour ses exportations. La Chine ne peut donc se débarrasser massivement à court terme de ses avoirs libellés en dollars, tout en sachant qu’à plus long terme, elle doit se dégager d’un « risque dollar » en diversifiant son portefeuille. D’où ses appels à la mise en place d’une autre monnaie de réserve internationale. En attendant elle doit coller sa monnaie au dollar, s’incluant de facto dans une union monétaire avec l’Amérique. La Chine, pays autrefois très fermé commercialement, a vu son taux d’ouverture passer de 13 % en 1980 à 64 % en 2005. Depuis son adhésion à l’OMC en 2001, la Chine s’est totalement impliquée dans la mondialisation et exporte aujourd’hui à hauteur de 15 % des produits à haut contenu technologique. Les entreprises américaines ont massivement investi en Chine et c’est souvent à partir de sociétés mixtes que les exportations s’organisent.

Bref, la Chine et les États-Unis possèdent des intérêts communs en matière commerciale et monétaire qui les poussent à affronter la crise économique mondiale en étroite concertation.

 

La coopération entre les deux pays en matière d’énergie, d’environnement et d’action contre le changement climatique n’est pas en reste. Elle a été initiée du temps de Bush qui cherchait à trouver des alliés pour ne pas ratifier le Protocole de Kyoto. Ainsi un groupe de six pays (États-Unis, Chine, Inde, Japon, Corée du Sud, Australie), auquel s’est joint le Canada, s’est-il constitué en 2006 dans le dessein de coopérer face au changement climatique, mais sans s’engager dans le mécanisme mis en place à Kyoto. La Chine et l’Inde disposent des plus importantes réserves de charbon du monde et n’entendent pas se voir interdire leur exploitation et souhaitent pouvoir disposer de transferts de technologie permettant la capture et le stockage du carbone pour éviter les émissions de gaz carbonique. Le charbon représente les deux tiers des ressources énergétiques de la Chine. Un accord spécifique entre la Chine et les États-Unis devrait aboutir à l’automne 2009 permettant à ces deux pays d’aborder la Conférence de Copenhague de décembre avec la même posture. Or Copenhague doit décider du sort du Protocole de Kyoto après 2012 et ces deux pays sont devenus les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre (40 % du total mondial). Dans ce Protocole, la Chine est considérée comme un pays du Tiers monde et doit donc rejoindre le mécanisme après 2012. Les États-Unis ne l’ont pas ratifié et accepteraient d’y entrer à leurs conditions ou de susciter une autre structure de coopération,

avec d’autres pays, mais hors du Protocole. La Chine serait son plus proche allié. Les États-Unis ont besoin de la croissance chinoise et la Chine déclare que de trop fortes pressions sur ses émissions entraveraient sa capacité de croissance. Dans le même temps, la Chine a pris conscience de l’impact de la dégradation de l’environnement sur sa capacité économique et chiffre son coût à 10 % de son PIB. La qualité de l’air dans les grandes villes et celle de l’eau sont déjà très dégradées et affectent la santé publique. Sur les 20 villes les plus polluées au monde, 16 se trouvent en Chine. Les émissions de souffre provoquent des pluies acides jusqu’en Corée et au Japon. La prise de conscience de la menace de changement climatique est réelle chez les deux pays. Une commission américaine de scientifiques a  de santé publique. La controverse scientifique sur l’origine du réchauffement climatique, encore forte aux États-Unis, n’est donc plus un frein pour retarder l’action. Une aide technologique massive des États-Unis dans ce domaine permettrait à Pékin de faire face aux dégâts de la pollution et à Washington de rendre moins déséquilibré son commerce extérieur avec son partenaire. Pékin considère que « l’actuelle administration américaine prend le changement climatique au sérieux, et qu’elle reconnaît sa responsabilité historique et possède la capacité d’aider les pays en développement à y faire face » (Déclaration de Su Wei, responsable des négociations sur ces questions au Guardian en avril 2009).

La Chine participe aux travaux de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) au titre de membre observateur. Pour être membre de plein droit, il faut être membre de l’OCDE. L’AIE serait disposée à changer ses statuts pour accueillir la Chine en son sein.

 

Il serait naïf cependant de penser que cet alliage serait exempt de contradictions ou de différends et que toute concurrence serait désormais exclue entre les deux partenaires. Les critiques américaines à la Chine restent très nombreuses. Il lui est reproché de ne pas respecter suffisamment la propriété intellectuelle et de freiner ainsi les possibilités de coopération technologique. Les pressions américaines pour réévaluer la monnaie chinoise sont persistantes. De même l’acquisition par les fonds souverains chinois d’actifs américains est l’objet de crainte. L’intérêt croissant manifesté par la Chine pour les ressources minières et énergétiques africaines rencontre une hostilité sourde et a constitué un élément non négligeable de la décision américaine de rendre opérationnel le commandement militaire africain (Africom). Le soutien manifesté par la Chine à de nombreux pays – Iran, Soudan, Birmanie, Zimbabwe – irrite Washington. En revanche Pékin accepte très mal les ingérences américaines au Tibet et son immixtion dans ses relations avec Taiwan. Mais il est clair que la question des droits de l’homme ne fait pas obstacles aux bonnes relations.

Ainsi, à la faveur de la crise, la Chine se retrouve « cooptée » par les États-Unis comme partenaire privilégié dans l’arène mondiale. Pékin accède à ce statut sans avoir eu à tirer un coup de canon et sa puissance économique rattrapera celle de son rival dans à peine une génération. La puissance émergente se métamorphose en puissance émergée. Mais ce statut nouveau ne l’aidera pas à se présenter comme chef de file et porte-parole des pays du Sud.

 

Michel Rogalski

 

Recherches internationales, n° 84, octobre-décembre 2009, pp. 3-7

revueri@msh-paris.fr

 

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17 août 2009 1 17 /08 /août /2009 12:42

par Patrice CARVALHO

publié le jeudi 13 août 2009, par le Comité Valmy


Il parait que, depuis cette semaine, la campagne des européennes est lancée après les meetings de Nicolas Sarkozy et de Martine Aubry.

J’observe avec amusement et consternation les positionnements des différents courants.

Tous veulent changer l’Europe ou changer d’Europe.

La nuance est dans la queue de la cerise mais c’est bien le diable s’il n’existe pas une règlementation européenne sur le calibrage des queues de cerises. En tout cas, pas de quoi soulever l’enthousiasme électoral ! Et cela pour plein de raisons.

Que voulez-vous que je vous dise ? L’Europe n’a pas de fondement existentiel. Nous ne savons d’ailleurs pas où elle commence et où elle s’arrête. Pour qu’elle soit, il faudrait que les citoyens qui la composent aient le sentiment d’y appartenir et donc d’y exercer leur souveraineté, leur liberté de choix. Or, cette souveraineté, en même temps que la démocratie, en Europe plus qu’ailleurs, ne s’exercent que dans le cadre des Nations et de l’Etat dont chacune se dote comme expression et garantie de l’intérêt général. Et si le sentiment de délitement de l’Etat a progressé au cours de ces dernières années dans la conscience populaire, c’est parce que les forces politiques et leurs dirigeants ont travaillé à l’effacement progressif des Nations et éloigné ainsi des peuples les lieux et pouvoirs de décision.

Il n’existe pas de peuple européen. Ce n’est pas en raison du fait que l’Europe compte 450 millions d’habitants. Les chinois sont 1,3 milliards. Ils se sentent chinois appartenant à une même Nation qui vient des profondeurs d’une histoire de plusieurs millénaires. Il en est de même du peuple américain des Etats-Unis, dont la constitution en Nation est plus récente mais l’unité fondée.

Il n’en est rien des 27 peuples de l’Union européenne. Non seulement rien ne fonde leur communion, mais tout y est organisé pour qu’ils soient en concurrence.

L’Union européenne s’affirme comme un espace de libre échange, de " concurrence libre et non faussée ".

Les Etats-Unis défendent l’intérêt des Etats qui les composent. En Europe, le dumping social, fiscal oppose les peuples les uns aux autres. La direction allemande de Continental oppose aux salariés français de Clairoix les bas salaires des roumains.

Dans ces conditions, nous pouvons toujours gloser sur l’Europe sociale. Elle est une incantation électorale.

Le Parlement européen, de surcroît, est une farce. Qu’est-ce donc qu’un Parlement qui ne dispose d’aucun pouvoir d’initiative parlementaire ? Qu’est-ce qu’un exécutif partagé entre Chefs d’Etat et une commission de personnalités nommées qui dispose du vrai pouvoir ? Où sont la démocratie, la souveraineté, le droit des peuples à décider de leur sort ?

Il s’agit, au contraire, d’une structuration pour tuer démocratie et souveraineté populaires et laisser au capital et aux affairistes le soin de diriger ce vaste espace européen inséré dans la mondialisation capitaliste.

Qui, d’ailleurs, dans la crise actuelle du capital intervient pour sauver ce qui peut l’être ? L’Europe ? Pas du tout. Il a fallu que nous soyons au bord du gouffre pour que M. Trichet, président de la banque centrale européenne, daigne enfin et sous la pression baisser les taux d’intérêt.

Ce sont les Etats qui ont mis en place les plans de sauvetage et de relance à coup de milliards d’€ versés injustement aux fauteurs de crise, les banques et les grandes entreprises. Mais en l’occurrence, l’Europe n’a servi à rien, pas même à cela.

Il n’y a donc d’issue que dans la réaffirmation des Nations, condition indispensable pour que les unes et les autres puissent coopérer sainement et avantageusement, non pour que les unes écrasent les autres, mais pour que s’exerce leur complémentarité.

Tout le reste ne fait que conforter une domination d’empire du capital et de la finance.

 

 

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article354 14/08/09
Source : blog de Patrice Carvalho 7 mai 2009

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17 août 2009 1 17 /08 /août /2009 12:36

Non à l’éviction des travailleurs d’IMPA – une usine occupée.

 

Nous publions ci-dessous l’appel que nous avons reçu des travailleurs d’IMPA, une usine occupée, en Argentine. Ces salariés sont menacés d’éviction. Nous demandons à tous nos lecteurs de faire largement circuler cet appel et de faire signer la résolution par un maximum de syndicalistes, de travailleurs et d’étudiants.


Le lundi 10 août, les travailleurs d’IMPA (Industria Metalúrgica y Plástica de Argentina), à Buenos Aires, se sont réunis en Assemblée Générale et ont décidé de résister à la menace d’éviction prononcée par le juge Hector Vitale.

Ce juge invoque l’inconstitutionnalité de la loi nº 2969/08, votée au parlement de Buenos Aires, en janvier 2009. Cette loi avait prononcé l’expropriation d’IMPA, une entreprise de la métallurgie que les travailleurs occupent depuis 1998 pour défendre leurs emplois et leurs revenus.

Dans leur communiqué de presse, les travailleurs dénoncent le fait que le juge Hector Vitale a des intérêts économiques directs, dans cette affaire. Il profiterait personnellement de la vente du site, en cas d’éviction des salariés.

A ce jour, il y a, sur le site d’IMPA, 63 travailleurs, 150 personnes qui suivent des cours d’Education Secondaire pour adultes, un dispensaire gratuit pour la population du quartier d’Almagro, ainsi qu’un centre culturel qui reçoit des centaines de jeunes. Comme le disent les travailleurs du site, IMPA " n’est pas seulement une usine sous contrôle ouvrier. C’est un espace que notre peuple s’est approprié. Pour nous, IMPA est comme notre pays. "

IMPA est également devenu l’un des symboles du mouvement des usines occupées, en Argentine. Ses travailleurs font partie intégrante du Mouvement National des Usines Occupées (MNER). Ils ont aussi activement participé à l’organisation des deux premières Rencontres latino-américaines des usines occupées, qui se sont tenues au Venezuela. A l’heure où la crise économique relance le mouvement d’occupation d’usines, en Argentine, il est clair que la classe dirigeante veut empêcher IMPA de devenir un modèle et une source d’inspiration.

Nous appelons tous les militants syndicaux et toutes les organisations de gauche à soutenir la lutte des travailleurs d’IMPA (ci-dessous, un modèle de résolution à signer).

Comme le disent les travailleurs dans leur communiqué de presse : " Tout en organisant la résistance, nous continuerons de faire ce que nous faisons le mieux : les travailleurs travailleront, les enseignants enseigneront, les étudiants étudieront, les médecins soigneront et les travailleurs culturels animeront la vie culturelle.
Pour notre Peuple et notre Pays.
Libres ou morts – jamais esclaves ! "


*
Modèle de résolution :

" Nous rejetons la décision du juge Hector Vitale, qui a déclaré l’inconstitutionnalité de la loi 2069/08 en faveur des travailleurs d’IMPA, l’usine occupée, en Argentine.

Cette loi autorise l’expropriation du site où est située l’usine, de façon à ce que soient garantis les revenus de 70 familles – et que soient maintenus, également, les cours d’Education Secondaire, le dispensaire et le centre culturel qu’abrite l’usine.

Les travailleurs occupent IMPA depuis 1998. Depuis, ils ont lutté – avec d’autres acteurs sociaux – pour défendre leurs emplois, l’éducation, la culture et la dignité.

La décision du juge Hector Vitale ouvre la voie à une violente intervention policière pour évacuer l’usine, dans le but de revendre le site et de satisfaire des intérêts contraires à ceux des travailleurs d’IMPA et de la population locale.

Nous demandons que le juge Hector Vitale annule sa décision. Nous exprimons notre solidarité avec les travailleurs d’IMPA et soutenons la lutte qu’ils entreprennent pour défendre l’usine et leurs emplois.Signataires :



A envoyer au juge Sr. Juez Héctor Vitale

 

 

 

juzgado4@cncom.gov.ar
Copie aux travailleurs d’IMPA :
vascoeduardo@yahoo.com.ar

La Riposte   Publication du vendredi 14 août 2009

juzgado4@cncom.gov.ar
Copie aux travailleurs d’IMPA :
vascoeduardo@yahoo.com.ar

La Riposte   Publication du vendredi 14 août 2009

 

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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 08:48


Le 7 juillet dernier, Alain Destexhe et Claude Demelenne publiaient dans le Soir une carte blanche intitulée « Voile : où sont les progressistes ? ». Suite à cela, plainte pour incitation à la haine religieuse a été déposée auprès du Centre pour l’égalité des chances par Abdelghani  Ben Moussa, coordinateur du groupe « Vigilance musulmane ».

Nous déclarons haut et fort que nous sommes solidaires des deux auteurs de la carte blanche. Elle n’exprime rien d’autre qu’une inquiétude légitime, partagée par beaucoup de nos concitoyens – quelles que soient leurs convictions religieuses ou leurs origines – devant la montée en force d’un « cléricalisme moyenâgeux maquillé en progressisme d’opérette » et du communautarisme.

Aujourd’hui, comme hier lors de l’affaire des caricatures danoises, c’est la liberté d’expression qui est en danger, prise en otage par ceux qui, drapés des habits de la tolérance et du respect, prétendent stigmatiser et museler quiconque a l’outrecuidance de penser autrement.

Pour couper court à ces manœuvres d’intimidation, vous aussi, réagissez : signez et faites signer cette carte blanche en guise de solidarité avec Claude Demelenne et Alain Destexhe.

Les noms des signataires (associations et particuliers) sont à envoyer à reseaulaicite@yahoo.fr.

 

Voile : où sont les progressistes?

A priori, tout nous sépare. D’un côté, un parlementaire libéral. De l’autre, un journaliste de sensibilité socialiste. En pure logique manichéenne, jamais nous n’aurions dû cosigner cette carte blanche, puisque nous appartenons à des « camps » opposés. Tout nous sépare-t-il, vraiment ? Certainement pas l’engagement, qui devrait être commun à tous les démocrates, en faveur de l’émancipation des citoyens, de l’égalité hommes-femmes et de la neutralité de l’État. Nous partageons la même inquiétude parce que cet engagement subit des ratés de plus en plus fréquents. Une partie des démocrates le placent entre parenthèses. Sur la question du voile islamique et, plus largement, de l’immixtion croissante de cléricaux rétrogrades dans la sphère publique, leur position est ambiguë. Par naïveté, aveuglement ou électoralisme, certains progressistes autoproclamés – certaines « féministes » aussi – relaient les thèses des musulmans rigoristes cherchant à autoriser presque partout le port du voile islamique : à l’école, dans les entreprises, dans les administrations, au parlement…

Le cas de Mahinur Özdemir (CDH), première parlementaire en Europe à siéger voilée, est révélateur de la dérive de certains « progressistes ». Cette élue voilée « peut être un modèle pour l’émancipation des femmes », a déclaré sans rire la députée écologiste, étiquetée très à gauche, Zoé Genot. Quel contresens ! Au-delà de cette déclaration abracadabrantesque, le moins que l’on puisse écrire est que la gauche et le centre gauche ne sont pas en première ligne pour défendre les conquêtes laïques et les droits des femmes, contestés par les partisans d’un islam rétrograde. Sur la scène politique, seuls quelques élus réformateurs défendent publiquement une position progressiste et appellent un chat un chat : l’apparition du voile dans une assemblée parlementaire constitue en soi une régression démocratique et un message désastreux envoyé aux femmes qui n’ont d’autre choix que de le porter. La Belgique apparaît aujourd’hui comme un laboratoire pour les militants islamistes. À l’aide de leurs compagnons de route, vrais ou faux naïfs « de gauche », ils pourront mettre un peu plus encore la pression sur les femmes musulmanes, sommées de donner des gages de « respectabilité » et de « pudeur » en portant le voile.

Bien au-delà du cas Özdemir, nous voulons en revenir à l’essentiel, évacué par les partisans d’un relativisme culturel anti-humaniste. Quelle est la signification du voile ? L’essayiste d’origine iranienne Chahdortt Djavann en a fourni l’explication la plus limpide : « Le port du voile est l’emblème, le drapeau et la clé du système islamiste. C’est autour du voile qu’une société islamiste peut se créer. Le voile est le meilleur moyen de gagner du terrain pour les islamistes. Avec le voile, les femmes… sont les biens des hommes musulmans… Une fois mise sur le marché, la fille voilée ne peut être acquise que par un homme musulman. Voiler la femme, c’est donner à voir non seulement le marché du sexe, mais le système qui le sous-tend. “Voilà les femmes que nous avons et que vous n’aurez que si vous vous convertissez à l’islam” : ce message vient des islamistes et s’adresse à tous les hommes susceptibles de le recevoir, ne serait-ce que parce qu’ils circulent dans la rue ou prennent le métro. Le voile est le meilleur instrument du prosélytisme islamiste » (1). Partout dans le monde, des femmes musulmanes se battent pour sortir de ce système islamiste qui cherche à les maintenir dans un statut de sous-homme. « Beaucoup de femmes musulmanes, écrit le philosophe Abdennour Bidar, préfèrent un islam du cœur, de la vie privée, refusant un voile, même léger, qui demeurera toujours comme un instrument de “marquage” qui laisse sur elles l’empreinte d’un pouvoir subi de la part des hommes » (2). Ce sont ces femmes musulmanes, courageuses et souvent héroïques, que méprisent, chez nous, ceux qui multiplient les concessions aux musulmans rétrogrades. Nous ne pouvons nous taire lorsque les compagnons de route des islamistes traitent de « racistes » ou d’« islamophobes » les démocrates qui veulent bétonner les conquêtes laïques et défendre le droit de toutes les femmes. Ce terrorisme intellectuel est d’autant plus insupportable qu’il est souvent pratiqué par des militants dits « progressistes » qui, lors de la manifestation pro-palestinienne du 11 janvier dernier, dans les rues de Bruxelles, ont défilé aux côtés d’islamistes encensant le Hamas et le Hezbollah, appelant à la guerre sainte et hurlant des slogans antisémites. Les donneurs de leçons devraient, parfois, se regarder dans un miroir. Nous regrettons que tant de démocrates, socialistes, écologistes, humanistes, féministes, s’autocensurent face à la montée du cléricalisme musulman ultraconservateur. Nous espérons que leur silence sera bientôt rompu. Nous savons que dans tous les partis, de très nombreux élus ne supportent plus la chape de plomb imposée par les compagnons de route des islamistes. Nous savons qu’ils sont nombreux à déplorer, qu’à Bruxelles particulièrement, les mosquées et les imams conservateurs, interviennent de plus en plus vivement dans le débat politique. Au point qu’aujourd’hui, il est devenu malaisé, pour un candidat d’origine arabo-musulmane, d’être élu, à Bruxelles, sans certificat de « bon musulman ». Il suffit de passer au crible les élus (et les non-élus) d’origine arabo-musulmane de certains partis démocratiques bruxellois pour comprendre. C’est tout sauf un hasard si certains, défenseurs d’un islam pas vraiment éclairé, sont élus, et si d’autres, pas assez conformistes pour bénéficier du soutien des mosquées, restent en rade. Nous appelons à un débat au sein des assemblées parlementaires dès la rentrée. Nous appelons à un sursaut : démocrates de droite ou de gauche, cessons de faire l’autruche face au retour d’un cléricalisme moyenâgeux maquillé en progressisme d’opérette. Les droits de l’homme et surtout de la femme sont en jeu, appartenons tous au même camp.

(1) Que pense Allah de l’Europe ? , éd. Gallimard, 2004. (2) Libération , 29 juin 2009.

Claude Demelenne

Alain Destexhe

 

Le R.A.P.P.E.L. (Réseau d’Actions pour la Promotion d’un Etat Laïque)

Chemsi Cheref-Khan

Nadia Geerts

Pierre Efratas

Yvan Biefnot

Sam Touzani

Anne-Marie Roviello

Jacques Lemaire

Bahareh Dibadj

André Nayer

Jamila Si M’hammed

Gisèle De Meur

Pierre Van den Dungen

Philipp Bekaert

Elie Cogan

Guy Haarscher

Dominique Celis


Transmis par Willy Wolssztajn
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11 juillet 2009 6 11 /07 /juillet /2009 11:37

Les débats à gauche

Où va le Parti Communiste Français ?

 

Les partis de gauche n’existent pas dans le vide. Les travailleurs voient en eux un moyen de défense face à l’Etat et à la rapacité du patronat. Mais ces partis subissent l’influence corruptrice de la classe dirigeante. Le prestige et autres avantages associés aux places, dans les « institutions » de la République capitaliste, contribuent à façonner les idées et le comportement de ceux qui occupent des positions dirigeantes. Le Parti Socialiste fournit un exemple flagrant de ce phénomène. Sa direction actuelle est totalement acquise à la défense du capitalisme, au point de proclamer son accord avec l’essentiel de la politique du MoDem – qui, elle-même, est quasiment identique à la politique de Sarkozy et de l’UMP.

Les mêmes pressions ont été – et sont toujours – à l’œuvre dans le PCF. L’évolution de son programme et de l’action de ses instances dirigeantes, ces dernières décennies, a suivi la même trajectoire que celles du PS. Les modifications introduites, dans le programme du parti, l’ont rapproché de celui du PS. Ce programme ne dépasse en aucune manière les limites de l’« économie de marché » – c’est-à-dire du capitalisme. Au moyen d’un certain nombre de retouches d’ordres fiscal et financier, il se propose de transformer le capitalisme en un système « équitable » et « à dominante sociale ». Lorsqu’on parle du marxisme aux dirigeants du parti, ils répondent, au mieux, par un sourire narquois – au pire, par une franche hostilité.

Cette dérive réformiste du PCF remonte assez loin, dans l’histoire. Cependant, la période de la participation au gouvernement Jospin marque un tournant majeur. Entre 1997 et 2002, Jospin a privatisé à une plus grande échelle que tout autre gouvernement, dans l’histoire du pays, renforçant ainsi la mainmise des capitalistes sur l’économie, et donc sur la société toute entière. Cette politique rétrograde a été menée avec le soutien actif des ministres et dirigeants nationaux du PCF.

Dans le passé, des centaines de milliers de travailleurs ont lutté, au prix d’énormes sacrifices personnels, et parfois au prix de leur vie, pour construire le Parti Communiste. Malgré les crimes et les aberrations du « stalinisme », ils voyaient dans le PCF l’instrument d’une lutte implacable contre le capitalisme et pour son remplacement par le socialisme. L’adoption d’une politique de plus en plus ouvertement réformiste a grandement contribué à l’effondrement de la crédibilité du PCF, aux yeux des travailleurs et de la jeunesse. Cela ne pouvait mener qu’à la contraction de sa base électorale, militante et syndicale.


Une « majorité de gauche » ?

A l’époque du gouvernement Jospin, les dirigeants du PCF répondaient aux critiques des militants en leur rappelant qu’ils étaient minoritaires, dans le gouvernement, et qu’il fallait s’aligner sur la politique de la majorité socialiste. Cautionner la privatisation de 31 milliards d’euros d’actifs publics, les attaques contre l’Education Nationale, la participation aux coalitions impérialistes en Afghanistan et en Serbie, c’était le prix à payer pour conserver les fauteuils ministériels. Depuis, il n’y a pas eu de changement significatif dans la politique du parti. Sa direction ne réclame pas la renationalisation des industries privatisées, à l’époque – et continue, aujourd’hui même, à cautionner des privatisations, aux niveaux municipal et régional.

Ce comportement a sérieusement affaibli l’autorité politique des dirigeants auprès des communistes eux-mêmes. Lors du congrès de 2008, 40% des adhérents ont voté pour les textes oppositionnels, dont 15% pour le texte présenté par les communistes de La Riposte. Par ailleurs, il n’est pas du tout exclu que la direction du parti accepte des postes dans un futur gouvernement socialiste. Lors d’une récente interview, sur BFM TV, Karl Zéro a demandé à Patrick Le Hyaric, directeur de L’Humanité, si le « Front de Gauche » pouvait déboucher sur la participation à un futur gouvernement socialiste. Le Hyaric a répondu de la manière suivante : « Oui. Il n’y a pas de force, qui, seule, à gauche, puisse penser avoir une majorité, demain. Donc, il faut évidemment avoir une majorité, avec un flanc gauche solide, de telle sorte qu’il n’y ait pas de dérive, comme on en a connu. ». Si cette orientation devait s’affirmer, elle serait vivement contestée, dans les sections, et provoquerait une crise majeure au sein du parti. De nombreux militants comprennent que sur la base du programme actuel du PS, le « flanc gauche » d’un gouvernement PS-PCF ne pourrait empêcher aucune « dérive » – à commencer par celle, une fois de plus, de la direction du PCF lui-même.


Les élus communistes

La récession économique aura un impact important dans la vie interne du PCF. Plus que jamais, la voracité des capitalistes est sans limites. Ils veulent transformer ce qui reste du secteur public en sources de profit, qu’il s’agisse des universités, des hôpitaux, des services postaux, de l’eau, des transports urbains, du ramassage et du traitement des déchets, des cantines scolaires ou du gardiennage. Les « lobbies » capitalistes et leurs complices politiques s’entendent pour arracher au public, de gré ou de force, tous les secteurs d’activité potentiellement rentables. Les élus du PCF, qui pèsent très lourd dans la détermination de sa politique, se trouvent en première ligne face à ces pressions, et ne réagissent pas toujours de la bonne manière. C’est que toute opposition franche à de telles privatisations – comme à des suppressions d’emplois municipaux, etc. – ne signifie pas seulement une confrontation directe avec les capitalistes qui convoitent les « marchés publics ». Elle peut signifier, aussi, l’éclatement de majorités ou d’alliances, notamment avec le Parti Socialiste. Cela ne va pas toujours dans le sens des ambitions personnelles de certains élus. Chacun doit choisir son camp. Un processus de différenciation politique en résulte qui va, dans la période à venir, provoquer une nouvelle série de crises, au sein du PCF. Les lignes de démarcation entre son aile « liquidatrice » et son aile gauche seront tirées de façon plus nette.

Etre un élu communiste n’est pas une tâche facile. Il faut résister aux pressions, quelles que soient les conséquences personnelles ou électorales qui en découlent. Nous devons un soutien sans faille aux élus du parti qui s’efforcent de se servir de leur position pour mieux défendre les droits et les conditions de vie des travailleurs. Chez un élu authentiquement communiste, les considérations de pouvoir, de prestige et d’avantages matériels n’entrent pas en ligne de compte. Mais à l’évidence, il y a un certain nombre de dirigeants du parti qui cherchent avant tout à se trouver une niche confortable dans les institutions, à profiter des avantages et du prestige qui en découlent, et qui sont prêts à n’importe quel compromis – avec le PS ou la droite – pour y rester. Dans bien des cas, les élus et les dirigeants du parti acceptent de cautionner, et parfois même de promouvoir, des mesures qui vont directement à l’encontre des intérêts des travailleurs. L’affaire Transvilles constitue l’un des exemples les plus flagrants de ce type de comportement. Mais il est très loin, hélas, d’être un cas isolé.

La Riposte critique le programme actuel du parti. Elle explique que la lutte contre la régression sociale et contre toutes les autres conséquences néfastes du capitalisme ne peut être menée à son terme sans mettre fin à la propriété capitaliste des banques, de l’industrie, des services et de la grande distribution. Le communisme, c’est d’une part la propriété publique des moyens de production et d’échanges – et d’autre part un Etat sous le contrôle démocratique des travailleurs, à tous les niveaux, et au service de ces derniers. Le programme du parti laisse l’essentiel de l’économie aux capitalistes, mais prône timidement la propriété publique de quelques secteurs, tels que l’eau et les transports en commun. Or, il s’avère que même ce programme minimum n’est pas respecté par les dirigeants du parti, qui couvrent d’un silence complice – quand ils n’y sont pas directement impliqués – les nombreuses privatisations de ces services publics, au niveau local.


Marxisme ou réformisme

Au fond, la différenciation à l’œuvre dans le parti est une expression de l’impasse du réformisme. Le réformisme, c’est l’adaptation au capitalisme, l’abandon de la lutte contre le système. Or, c’est une chose de s’accommoder du capitalisme quand lui-même peut s’accommoder des réformes. Mais c’en est une autre quand le capitalisme est devenu totalement incompatible, non seulement avec de nouvelles avancées sociales, mais même avec celles du passé. Pour le capitalisme, la destruction des conquêtes sociales est devenue un enjeu absolument vital. Ce système signifie désormais la régression sociale permanente. Les bases économiques et sociales du réformisme ont donc disparu. Du réformisme avec des réformes, on est passé d’abord au réformisme sans réformes – pour finir avec des « réformistes » qui mènent des contre-réformes !

De toute évidence, partant de considérations d’ambitions, de revenus et de prestige, une partie importante des échelons supérieurs du PCF a tiré la conclusion que, d’une façon ou d’une autre, il faut rompre avec l’« étiquette » communiste et les traditions militantes et révolutionnaires qu’elle représente. Telle est la motivation première qui se trouve derrière les appels incessants de nombreux dirigeants à de « profondes transformations » ou à la « métamorphose » du parti. La dernière manœuvre dans ce sens est celle du « Front de gauche ». L’accord avec Mélenchon a été manigancé dans le dos des militants, et tardivement soumis à un vote dans les sections, quand tout était déjà en place. Il s’agit d’habituer les communistes à ne pas avancer sous leurs propres couleurs. Les dirigeants du parti n’ont aucune intention de limiter ce « front » aux élections européennes. D’ores et déjà, dans les échelons supérieurs du parti, on évoque l’idée de mettre le PCF à la remorque d’une candidature de Mélenchon aux présidentielles de 2012.

Mélenchon lui-même, qui ne veut pas de l’étiquette communiste, mais veut bien profiter des militants du parti pour mener ses campagnes, souhaiterait que cette alliance débouche sur un nouveau parti. La direction actuelle du PCF penche dans le même sens, et ce malgré l’opposition de l’écrasante majorité des communistes à cette perspective. On nous cite en modèle le parti Die Linke, en Allemagne, c’est-à-dire un parti réformiste dont le programme est pratiquement identique à celui du SPD. A Berlin, par exemple, Die Linke a mené, avec le SPD, une politique de coupes budgétaires et de régression sociale qui n’a rien à envier aux municipalités de droite. Cependant, une tentative d’orchestrer la liquidation du PCF au moyen d’une fusion avec de petites formations – comme le Parti de Gauche ou les « Unitaires » de Christian Piquet – n’ira pas sans provoquer de profondes divisions. A terme, si les partisans de cette démarche persistent, cela pourrait même déboucher sur une scission du parti.

Les dirigeants du parti se déclarent hostiles à l’apparition de « tendances », parmi les communistes. Ils prétendent défendre l’unité du parti. Mais c’est précisément la politique d’adaptation de plus en plus flagrante au capitalisme en déclin qui menace l’unité du parti. Les tendances n’existent pas pour rien. En fin de compte, elles expriment les intérêts matériels et les objectifs contradictoires qui coexistent, dans le parti. La lutte idéologique – pour ou contre le marxisme, pour ou contre les privatisations, pour ou contre la dissolution du parti – reflète la résistance de la base à la pression du capitalisme qui s’exerce sur le parti. Oui, La Riposte est pour l’unité du PCF. Mais l’unité n’est pas une question abstraite. Lorsque deux orientations diamétralement opposées s’affrontent, l’unité ne peut se faire qu’autour de l’une ou de l’autre, mais pas des deux à la fois.

Jusqu’à présent, la lutte sur ces différentes questions a été contenue dans certaines limites. Cependant, le compromis actuel ne durera pas éternellement. La crise économique et ses conséquences sont trop graves, pour cela. Le fossé entre les classes se creuse un peu plus chaque jour. Les clivages, au sein du parti, en sont une expression. Le réformisme, comme le capitalisme, repose sur la patience des travailleurs. Mais celle-ci a ses limites. La psychologie des travailleurs est en train de changer. Celle des jeunes également. Le capitalisme les pousse vers le bas, les prive d’un avenir digne de ce nom. Cette situation ne peut continuer indéfiniment. Et les dirigeants du parti qui se gaussent d’« archaïsmes » tels que le marxisme et la révolution socialiste, comme s’il y avait quelque chose de « moderne » dans la capitulation à l’ordre établi, en seront pour leurs frais.

La situation économique et sociale qui s’installe, en France, prépare de grands événements, au cours desquels la question du socialisme sera posée, non pas seulement en théorie, mais en pratique, comme c’est le cas actuellement au Venezuela. Le rôle que jouera le PCF dans ces événements est encore une question ouverte, dont la réponse dépendra de son programme et de la qualité de ses dirigeants. Le PCF peut être – doit être – le parti de l’opposition la plus franche et la plus radicale au système capitaliste. Son programme doit redevenir communiste. Il faut orienter le parti dans ce sens, en rupture avec la « modération » réformiste qui le caractérise aujourd’hui.


Greg Oxley, PCF Paris

Publication La Riposte Le journal de l’aile marxiste du PCF: mercredi 8 juillet 2009

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9 juillet 2009 4 09 /07 /juillet /2009 19:35

En  1943, les Nazis ont assassiné mon père au camp de Sobibor. Parce qu'il était juif. Ils avaient fait leurs premières armes en politique en détruisant par milliers les livres qui ne leur plaisaient pas. C'était un début prometteur.

Le vendredi 3 juillet 2009, leurs émules de la soi-disant "Ligue de défense juive" ont attaqué la Librairie "Résistances", dans le dix-septième arrondissement de Paris. Ils ont tenté de détruire des livres réclamant une paix juste entre Israël  et la Palestine.  Quand on parle de paix et de culture, ces gens-là sortent leurs matraques, en attendant mieux.

La "Ligue de défense juive" est une organisation fasciste, donc antisémite. Elle devrait depuis longtemps être interdite. C'est ce qu'a exigé, dans une lettre au Préfet de Police, le conseiller de Paris Ian Brossat, président du groupe communiste à l'Hôtel de Ville.

C'est ce qu'ont exigé des centaines de personnes, hier soir 8 juillet, devant la librairie victime des prédateurs nazis, à l'appel des partis de gauche et des organisations pacifistes.

Notre appel doit être entendu

 

Jacques FRANCK   9 juillet 2009

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