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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 18:43

Débats laïques

jeudi 1 septembre 2016

Par Pascal Morsu

Militant du NPA, Pascal Morsu a écrit ce texte à titre personnel. NDLR

 

Une nouvelle provocation

L’apparition de l’accoutrement dit du burkini a une nouvelle fois mis sur le devant de la scène la question de l’attitude des progressistes face à la pression fondamentaliste.
Les faits sont connus. Un nouvel habit a été mis sur le marché par les trusts de l’habillement. Ce burkini a « l’avantage » de permettre d’éviter d’exposer l’essentiel de son corps.

Le choix de porter un tel vêtement n’a rien de fortuit, contrairement à ceux qui nous disent qu’il s’agirait là « d’un vêtement comme un autre » (E. Plenel). Il s’agit d’un acte politique, de ralliement à des idéologies machistes, obscurantistes. Et peu importe que le port de cet habit soit contraint ou volontaire, ça ne change strictement rien au caractère profondément réactionnaire du message sous-jacent.

Le rejet massif de ce genre de « message » par les travailleurs, les femmes, les jeunes, d’origine française comme étrangère se comprend aisément – on ne peut que le partager, surtout si on est un anticapitaliste, donc défenseur du droit des femmes.

En tout cas, spontanément ou pas, les premiers burkinis sont apparus sur les plages cet été, dans un contexte marqué par les crimes de Nice.

Les faux-culs en action

Évidemment, les réactionnaires en tous genres (surtout sarkozystes) ont sauté sur l’occasion pour interdire le port de ce burkini sur les plages. La volonté d’utiliser les provocations islamistes pour stigmatiser la population immigrée ne fait aucun doute. Comme par hasard, Sarkozy publie d’ailleurs au même moment son programme, qui prévoit de passer d’une politique « d’intégration » à une politique « d’assimilation », etc.

Pour développer leur politique, ces types se réclament « de la laïcité ». Mais leur laïcité a bon dos, surtout venant des héritiers politiques des diverses loi anti-laïques depuis la loi Debré (1958)1, de ceux qui ont promulgué la loi Carle2. Il s’agit en fait d’un choix délibéré de Sarkozy et son équipe : celui d’utiliser une valeur traditionnelle du mouvement ouvrier (mais que ses directions défendent mollement) comme alibi d’une politique droitière comme jamais3.

Complémentairement, Valls a joué la mouche du coche, et donné du menton, au nom « des valeurs de la République » (en fait, il s’agit pour lui, une fois de plus, de tenter une jonction avec la droite la plus réactionnaire). Mais lui aussi est un chaud défenseur du sionisme, une idéologie bien peu « laïque ». Et étonnamment, sa « laïcité » ne s’en prend qu’à l’Islam. Qu’a-t-il fait, par exemple, pour régler la situation scandaleuse qui règne en Alsace-Lorraine ?4

Encore une fois, la laïcité…

Le principe fondamental de la laïcité « à la française », c’est de faire de la religion une affaire strictement privée, exclue de la vie publique. « La République ne reconnaît ni ne finance aucun culte » affirme la loi de 1905, préparée par les lois Ferry expulsant les curés des établissements scolaires. Elle est le résultat de l’action conjointe de la bourgeoisie radicale et du mouvement ouvrier, pour garantir la liberté de conscience tout en refoulant l’influence religieuse à l’espace privé, l’extirpant de la vie publique.

Il s’agit en particulier de préserver le fonctionnement des services publics de toute pression religieuse. Comme le dit alors A. Briand :

« La réalisation de cette réforme aura pour effet désirable d’affranchir ce pays d’une véritable hantise, sous l’influence de laquelle il n’a que trop négligé tant d’autres questions importantes, d’ordre économique et social, dont le souci de sa grandeur et de sa prospérité aurait dû imposer déjà la solution. »

Il faut insister sur l’originalité de ce principe, produit de la radicalité du processus de construction de la République bourgeoise tout au long du XIX° siècle. Le refus de financer tout culte est spécifique à la France, et ne se comprend qu’à cause de la violence de l’affrontement entre bourgeoisie et monarchistes-cléricaux à partir de 1789.

C’est d’ailleurs à la remise en cause de ces principes que travaillent les partisans de la laïcité dite « ouverte » (Baubérot, Kepel…). En fait, la logique de leurs positions mène au système des cultes « reconnus (d’utilité publique) » qui prévaut un peu partout en Europe. Dans un tel système, la propagande religieuse dans les établissements scolaires est autorisée, curés et autres rabbins sont payés par le contribuable.

Acquis du mouvement ouvrier et démocratique, la laïcité préserve relativement l’école du bourrage de crânes religieux, exclut les clergés de l’accès aux fonds publics. C’est un acquis démocratique décisif – même si , depuis 1905, la bourgeoisie n’a eu cesse de revenir sur l’un des actes les plus radicaux qu’elle avait pu réaliser à son époque progressiste (ça ne rend que plus nécessaire de défendre cet acquis bec et ongles). On notera d’ailleurs comment Engels appréciait la question en 1885 :

« En France, ils ont maintenant les meilleures écoles du monde, une scolarité obligatoire importante, et tandis que Bismarck ne vient pas à bout des curés, ces derniers ont été totalement évincés des écoles en France »5.

La première responsabilité du NPA serait donc dénoncer la démagogie des « laïques » à la Valls-Sarkozy, de tout faire pour préserver cet acquis démocratique qu’est la séparation stricte de l’église et de l’État6. Encore faudrait-il pour cela que cette organisation soit vraiment persuadée que combattre l’opium du peuple fait partie de ses tâches, ce dont on peut douter.

Une tradition qui vient de loin

Tout le problème du NPA, et de la LCR auparavant, est en effet que cette organisation a toujours eu un rapport ambigu à la laïcité et au combat anti-religieux, quels que soient les précautions de langage de ses dirigeants. Avec le contexte actuel, la montée de l’obscurantisme, ces ambiguïtés deviennent évidemment de plus en plus intenables.

« L’école de Jules Ferry est morte »

Traditionnellement, les historiens présentent les lois Ferry peu ou prou en ces termes :

« Les républicains avaient une claire conscience des divisions de la Nation. L’une des fonctions du patriotisme de l’école primaire était d’ailleurs de concourir à l’unification des esprits. Mais il n’était pas question pour eux de laisser la « surintendance des écoles » aux adversaires des principes de 1789. De ce point de vue, la laïcité n’est pas une neutralité, mais une façon de prendre parti entre deux conceptions de l’état et de l’existence privée. C’était un choix de société. »7

En clair, la laïcité scolaire, c’est la tentative d’éradiquer l’influence obscurantiste, monarchiste et religieuse, au profit de celle de la classe montante, la bourgeoisie. Rappelons qu’à cette époque de l’Histoire, bourgeoisie libérale et mouvement ouvrier collaboraient contre la réaction.

Or c’est tout autre chose que défendait la Ligue Communiste dans son livre-programme de 1974, l’école de Jules Ferry est morte8. L’ouvrage est centré sur la dénonciation de « l’école des flics et des patrons », et concernant les lois Ferry, on y trouve le passage suivant :

« La classe ouvrière est la grande absente du débat. En réalité, elle est la principale obsession de Jules Ferry. Il est hanté par le spectre de la Commune. Par le contenu qu’il donne à la laïcité , il veut doter la République d’un instrument pour lutter contre « l’idéal socialiste ou communiste emprunté à des temps plus récents, par exemple à cette époque violente et sinistre comprise entre le 18 mars et le 24 mai 1871 ».(…) La subordination de l’école au gouvernement qui décide des doctrines qui s’y enseignent, la nature de ces doctrines dans le domaine de la morale et de l’Instruction Civique constituent une défaite pour la classe ouvrière dans le prolongement de la défaite subie avec l’écrasement de la Commune »9).

Pour la Ligue d’alors, la promulgation des lois laïques était donc une défaite ouvrière. Pas de quoi former des « laïcards », donc.

« La république inachevée »

On nous objectera que depuis 1974, les choses ont évolué. Pas tant que ça. En 1985, E. Plenel, ex-dirigeant de la LCR ayant conservé une influence indéniable dans l’organisation, publie sa République inachevée. Un chapitre s’intitule le mythe laïc (tout est dit), où on trouve le passage suivant :

« En détournant l’attention des classes populaires vers le clergé, en faisant passer au second plan que la séparation de l’école et de l’État est aussi la subordination de l’école à l’État, elle lui garantit un consensus favorable et maximise sa rentabilité sociale et politique. (…) La neutralité laïque est le parti-pris de l’idéologie dominante ».

L’idée force de Plenel, c’est que l’important, c’est la pénétration patronale dans l’école, pas celle des cléricaux (encore cet évitement de toute activité anti-religieuse…). Ça ne résiste guère à l’examen. En ces années, la querelle scolaire bat son plein. En juin 1984, des centaines de milliers de réactionnaires, bonnes sœurs en tête, avaient défilé en défense de l’école « libre », scellant une importante défaite du camp laïque… La réalité est évidemment que la pression religieuse et patronale sur l’Enseignement s’articulent mutuellement et sont inséparables.

La façon dont est présentée la « subordination » de l’école à l’État n’est guère plus défendable. Car là encore, la France est un des pays où, justement, la main-mise des pouvoirs divers (politiques mais aussi économiques) est la plus relative (grâce au statut des enseignants, aux programmes nationaux, etc.). Cela fait partie de cette « exception française », produit de décennies de luttes de classe sur le terrain scolaire.

« Marxisme et théologie de la libération »

Un peu plus tard, c’est M. Löwy qui s’y colle. En 1988, une longue brochure est publiée, où celui-ci « complète » Marx :

« La religion est-elle encore ce bastion de réaction, d’obscurantisme et de conservatisme que Marx et Engels dénonçaient au XIX° siècle ?

La réponse est, dans une large mesure, oui. Leur vision reste applicable à certains cercles dirigeants du Vatican, aux courants intégristes des principales confessions (chrétienne, juive ou musulmane), à des nombreux groupes d’évangélistes (…).

Cependant, l’émergence du christianisme révolutionnaire et de la théologie de la libération en Amérique latine (et ailleurs) ouvre un nouveau chapitre historique et pose des questions nouvelles et stimulantes auxquelles on ne peut répondre sans renouveler l’analyse marxiste de la religion »10.

Le phénomène (désormais en plein recul) de la théologie de la libération justifiait-il de « renouveler l’analyse marxiste de la religion » ? On a (plus que) le droit d’en douter. En tout cas, tout ceci mena le noyau dirigeant de la Ligue à « relativiser » l’hostilité traditionnelle des marxistes à « l’opium du peuple ».

« La république imaginaire »

Dès lors, on ne sera pas surpris par ce qu’écrivit plus tard Daniel Bensaïd.

« La laïcité victorieuse est cependant restée sous la direction hégémonique de la bourgeoisie républicaine. (…)

Mondialisation aidant, la bourgeoisie éclairée réconciliée avec une église modernisée, se contenterait désormais d’une laïcité minimaliste compatible avec la promotion d’un marché éducatif et avec la marchandisation annoncée des services (…). Face à ces tendances lourdes, la crispation sur « l’ouvrage défensif » d’une laïcité originelle, idéologiquement neutre, paraît bien illusoire ».

Il n’est d’ailleurs pas bien juste de parler d’une école sous « direction hégémonique » de la bourgeoisie. L’ensemble de l’architecture du système français d’éducation est au contraire profondément marqué par la pression du mouvement ouvrier depuis plus d’un siècle.

Quant à la laïcité « originelle, idéologiquement neutre », ça n’existe pas, et aucun marxiste n’a jamais revendiqué cela. L’Enseignement ne peut évidemment échapper que partiellement aux conditions sociales dans lesquelles il est dispensé. Il s’agit plus modestement de résister à la pression de l’obscurantisme religieux – un enjeu considérable ainsi que le faisait remarquer Engels.

En tout cas, ces lignes illustrent une fois de plus combien la fibre laïque de la direction de la LCR (puis du NPA) était très, très « relative »11. Cette faiblesse va littéralement les percuter lorsqu’elles seront confrontées à la montée de la réaction islamiste.

Face à l’islamisme

On sait qu’à partir de 1979, une nouvelle phase de l’Histoire de l’impérialisme s’ouvre, celle de la mondialisation capitaliste. L’un des traits décisifs de la période, c’est la tendance à la décomposition du mouvement ouvrier et de ses acquis.

Au Proche et Moyen-Orient, tout ceci se solde par l’apparition de divers courants politico-religieux, dans la foulée de la révolution iranienne (vite dominée par les mollah). Ces courants vont essaimer peu à peu, et atteindre l’Europe et la France.

Des alliés potentiels ?

Tout un milieu proche du NPA a vu dans ces courants l’expression d’une résistance à l’impérialisme, une sorte de cousins politiques. Partant de là, ils ont repris à leur compte les théories vaseuses du Socialist Workers Party britannique :

« Par le passé, la gauche a commis deux erreurs face aux islamistes. La première a été de les considérer comme fascistes, avec lesquels rien de commun n’était possible. La seconde a été de les considérer comme des “progressistes” qu’il ne fallait pas critiquer. »12

On est en droit de se demander : après les tueries de Charlie-Hebdo, celles du Bataclan, de Nice, considèrent-ils toujours qu’il serait possible de « faire quelque chose » avec les islamistes ?

Pour notre part, nous le répétons : ces courants totalitaires, hostiles au mouvement ouvrier, aux droits élémentaires, en premier lieu des femmes, doivent être combattus. Le combat contre la réaction religieuse est devenue une tâche nécessaire, au même titre que celle à mener contre notre propre gouvernement. Ça semble élémentaire, mais ce n’est malheureusement pas l’orientation du NPA.

Désarmement politique

On a vu plus haut combien la politique dominante à la LCR et au NPA était ambiguë.

Le drame est que dans une organisation aussi affaiblie idéologiquement, aussi désarmée sur la question religieuse, la pression d’un certain islamo-gauchisme s’exerce à plein. Quant à défendre l’école laïque – vous n’y pensez pas !

Exemple significatif (mais non exclusif). On peut lire dans la dernière livraison de l’Anticapitaliste (Revue) ces lignes de S. Kouvelakis qui se passent de commentaires :

« Au lieu de signifier la séparation de l’Église et de l’État et le refus de tout privilège à un culte, elle (la laïcité – NR) est devenue un instrument de stigmatisation dirigée contre l’Islam et les musulmans (…) »13

On se demande en quoi, quand, la laïcité aurait changé de signification, aurait cessé « de signifier la séparation de l’Église et de l’État ». Ne serait-ce pas plutôt que ce qui n’était pas acceptable des curés le deviendrait de la part des imams ?

En fait, Kouvelakis prend au sérieux les postures laïques de Sarkozy & Co. Avec ce type d’article, il contribue à décerner un brevet « laïque » à Sarkozy et consorts (on a vu plus haut qu’ils cherchent à s’approprier un brevet de « laïcité » à leur sauce), à réaliser leur hold-up sur une valeur clé du mouvement ouvrier français.

Face au burkini, une politique indépendante

« Liberté de conscience ! » Si on voulait, par ces temps de Kulturkampf, rappeler au libéralisme ses vieux mots d’ordre, on ne pouvait le faire que sous cette forme : « chacun doit pouvoir satisfaire ses besoins religieux et corporels, sans que la police y fourre le nez ». Mais le Parti ouvrier avait là l’occasion d’exprimer sa conviction que la bourgeoise « liberté de conscience » n’est rien de plus que la tolérance de toutes les sortes possibles de liberté de conscience religieuse, tandis que lui s’efforce de libérer les consciences de la fantasmagorie religieuse. »14

Ainsi s’exprimait Marx suite aux persécutions exercées par le régime de Prusse contre les catholiques. Ce n’est pas la méthode prise par la direction du NPA :

« Le NPA dénonce l’instrumentalisation des droits des femmes et défend le droit des femmes à disposer librement de leur corps contre tous ceux qui veulent les forcer à se couvrir ou à se découvrir.

Au nom de la lutte antiterroriste le gouvernement crée un état d’exception permanent. Le racisme, l’islamophobie visent à rendre acceptables ces atteintes aux libertés en stigmatisant une partie de la population particulièrement exploitée et opprimée désignée comme potentiellement dangereuse.(…)

Face à ce déchaînement nauséabond et à l’offensive sécuritaire, une riposte large s’impose contre le racisme et l’islamophobie, contre la répression et l’état d’urgence, pour l’égalité des droits ».

En clair, le NPA soutient sans distanciation les femmes qui portent le burkini, et reprend à son compte la thèse « du vêtement comme un autre ».

On doit évidemment se prononcer contre les mesures d’interdiction de cet accoutrement. Accepter l’interdiction, ce serait accepter la dérive autoritaire actuelle, renoncer à la lutte contre l’état d’urgence – il ne peut en être question. Comme l’écrit fort justement le militant laïque E. Khaldi :

« Ce vêtement est-il signe religieux ou un signe de discrimination sexuelle ? Quelle que soit l’interprétation, on ne peut invoquer la laïcité pour l’interdire, les faits se déroulent dans l’espace civil de la voie publique et concernent des personnes privées. L’expression des convictions religieuses est de fait légitime dans cet espace ».

Mais on ne saurait collaborer à l’opération visant à présenter le port de ce burkini comme anodin. C’est un acte politique, contraire à tout ce que défendent les anticapitalistes.

Il s’est pourtant trouvé une majorité à la direction du NPA pour choisir la voie de la conciliation avec les obscurantistes. A l’évidence, ce genre de position ne va pas aider au redressement du NPA.

Dont acte.

Le 23 août 2016

PS. On trouvera ci-dessous le texte d’un responsable du PCF, d’ailleurs issu de l’immigration. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il me semble bien plus adapté que ce qui a été évoqué ci-dessus.

 

 

 

 

Amar Bellal : Un vêtement pas comme les autres

Je suis assez perplexe face à certains arguments tentant de relativiser le phénomène « burkini » en comparant cette tenue avec des combinaisons de plongée, ou en la banalisant, la qualifiant de « vêtement comme les autres », comme l’affirme Edwy Plenel, par exemple.

Nous assistons à un phénomène nouveau dans l’espace public et je pense qu’il n’a rien d’anodin, et rien à voir avec un fait culturel dû à l’arrivée de populations nouvelles. Dans les années 1980-1990, parmi ceux qu’on appelait la première génération – les premiers Français issus de parents « musulmans » –, il n’y avait pas de burka. Je n’ai jamais entendu parler de burkini, et jamais personne dans mon entourage n’aurait eu l’idée de porter cette tenue, et, pis, de la porter dans l’espace public.

Il y avait plus ou moins (et souvent pas du tout?!) des pratiques de ramadan, de prières, mais la priorité était de s’insérer, de se faire accepter pour le dire vite, de s’intégrer par l’école entre autres, en étant conscient aussi qu’on vivait dans un pays avec une longue histoire, des traditions, etc. Au collège on avait droit à un menu sans porc (au choix), et d’autres signes montraient qu’il y avait un vrai retour, un effort des institutions républicaines qui savaient s’adapter à des populations nouvelles. J’oserais dire que la France a pratiqué une laïcité ouverte, bienveillante on va dire.

Cela fonctionnait aussi car existait le pari de l’intégration et de « donner du temps au temps » pour les futures générations. Je ne cache pas que je suis un pur produit de cette école républicaine et c’est aussi pour cela que je défends les valeurs républicaines et de laïcité, et notre système éducatif, dans ce qu’elles ont de meilleur. Bien sûr, il y avait du racisme, des discriminations, qui existent toujours… Mais il y a aussi beaucoup de bienveillance et de personnes formidables en France, comme mes professeurs qui, dans leur écrasante majorité, nous encourageaient.

Ce qui m’interpelle aujourd’hui, en 2016, ce sont ces revendications incroyables de type burka et burkini. Il est clair que cela ne peut pas venir des premiers arrivants, ouvriers comme mes parents, ni même de la première génération de Français, mais bien de la deuxième, voire la troisième génération, parfois de convertis qui ne sont pas du tout d’origine immigrée.

C’est donc une démarche qui est apparue en France et non pas importée par la culture des immigrés des années 1960-1970. Rien à voir non plus avec un fait culturel massivement partagé par l’arrivée de populations nouvelles. Il s’agit en fait d’une démarche clairement politique et prosélyte qui est le fait d’une minorité. Disons le clairement, l’écrasante majorité des musulmans en France ressent ces revendications comme une provocation inutile et dangereuse pour elle-même. En effet, ce genre de revendications est pain bénit pour le FN, dont les idées sont la première menace. Parfois, quand j’entends les arguments de certains tendant à relativiser ces pratiques, croyant ainsi défendre les musulmans, je me dis qu’on se passerait volontiers de ce type de défense. On a même envie de leur dire?: « SVP, taisez-vous… »

Si vraiment on veut défendre le vivre-ensemble, en tenant compte du fait culturel musulman qui est maintenant une réalité en France, il faut clairement combattre – et non leur trouver la moindre circonstance atténuante – ces prosélytes d’un mode de vie venu d’un autre âge, et que nous ne partageons pas.

L’Humanité – 18.VIII.2016

  1. La loi Debré établissait les « contrats d’association » avec l’enseignement privé, ce qui lui permettait d’accéder au fonds publics. Jusque-là, le financement de l’enseignement privé (à 95 % catholique) se faisait exclusivement sur fonds privés. []
  2. La loi Carle (2008) augmente les fonds publics dont bénéficient les établissements scolaires privés. []
  3. Cf. G. Kepel : Quatre-vingt-treize. []
  4. Le régime spécifique à l’Alsace-Moselle reconnaît et organise les cultes catholiques, protestants et juifs. Il permet à l’état de salarier les ministres de ces cultes, prévoit un enseignement obligatoire de la religion à l’école et au collège. []
  5. Fr. Engels : Lettre à A. Bebel (28.x.1885). []
  6. Rappelons que Valls et Cazeneuve ont envisagé cet été de mettre en place un système concordataire vis-à-vis de l’Islam, ce qui serait revenu à démanteler les lois laïques… []
  7. A. Prost : Quand l’école de J. Ferry est-elle morte ? []
  8. E. Plenel (alors dirigeant de la LCR) et D. Bensaïd ne peuvent pas ne pas avoir été impliqués dans l’élaboration de ce livre. []
  9. Ligue Communiste : L’école de J. Ferry est morte (p. 17 []
  10. M. Löwy : Marxisme et théologie de la libération. []
  11. A ceci s’ajoute la confusion que sèment Lutte Ouvrière et ses avatars internes au NPA. Rappelons que pour ces groupes, laïcité = neutralité politique – il n’y a donc aucun acquis à défendre. []
  12. C. Harman : le prophète et le prolétariat. []
  13. L’article est signé, ce qui ne lui donne pas le caractère d’une prise de position de parti. Il n’en demeure pas moins que ce n’est pas le premier sur ce thème, et qu’aucun avis contraire ne vient le contrebalancer. []
  14. K. Marx : Critique du programme de Gotha. []

 

http://www.gaucherepublicaine.org/respublica/combattre-le-racisme-combattre-lislamisme/7398350

Published by Vendémiaire
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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 16:39

En mai 1968 Aimé Halbeher est le jeune secrétaire général du syndicat CGT de Renaul- Billancourt.

Dans les médias, chez les journalistes et les détracteurs de la CGT la chose est entendue : " G. Séguy s'est fait huer par les travailleurs à l'ile Seguin".

A force de le répéter depuis plus de 50 ans ils ont fini par y croire ... ou faire semblant.

C'est qu'il s'agit d'abord d'instiller le doute et de dénigrer la principale centrale syndicale de ce pays et de l'affaiblir!

Notre ami et camarade Aimé Halbeher rétablit donc les faits.

Les falsificateurs tiendront-t-ils compte de cette mise au point comme le voudrait le respect des faits et de la réalité ?
​_____________________

 

Notre camarade G. Seguy nous a quittés. Son décès provoque la plupart du temps des réactions positives et élogieuses à son égard mais aussi des calomnies inadmissibles. En tant que secrétaire général du syndicat CGT à l’usine Renault-Billancourt en 1968, je tiens à rétablir la vérité sur l’une des nombreuses falsifications de l’histoire qui sont encore reprises par des médias, hommes politiques ou historiens. Elle concerne l’attitude de la CGT et de son secrétaire national G Seguy durant la grande grève qu’à connu la France en mai et juin 1968.

Selon eux, G. Seguy serait venu le 27 mai 1968 chez Renault à Billancourt à la fin des discussions de Grenelle pour appeler à la reprise du travail. Il aurait été hué et sifflé par les grévistes.

Cette grève a concerné 9 millions de salariés. Elle fut victorieuse et elle modifia le rapport des forces social pendant de longues années en faveur des salariés qui en profitèrent pour augmenter le nombre d’acquis sociaux obtenus en 1968.

La première moisson des succès notamment l’augmentation générale des salaires de 10% (+ 35% pour le SMIC), la réduction du temps de travail sans perte de salaire, la reconnaissance du droit syndical dans les entreprises, le paiement des jours de grève, etc… s’est concrétisé au cours des discussions de Grenelle réunissant le 26 et 27 mai les centrales syndicales ouvrières, le gouvernement gaulliste et les dirigeants du patronat.

Lorsque les discussions se sont terminées, il est environ 6h du matin. Je suis informé par les radios du constat des discussions. Nous avions convoqué la totalité des salariés de l’usine à un rassemblement dans l’Ile Seguin pour les informer de ces résultats et décider ensemble de la conduite à tenir concernant notre grève avec occupation qui dure depuis 10 jours. A l écoute des résultats, j’apprécie leurs portées positives pour des millions de salariés notamment dans les PME mais aussi le tremplin qu’ils nous offrent chez Renault pour imposer l’ouverture des discussions sur la plate forme revendicative votée le 17 mai par 25000 salariés lors de leurs décisions d’engager une grève générale avec occupation.

Je prends contact avec mes camarades de la direction du syndicat qui sont unanimes pour estimer que les salariés qui occupent l’usine, eux aussi informés par leurs radios dans les piquets de grève, pensent que le constat de Grenelle avec ses importants acquis mais aussi ses insuffisances ne répondent pas, loin s’en faut, aux exigences formulées par le personnel de Renault Billancourt lors de leur décision d’engager la grève générale.

Quelques exemples parmi d’autres :

-nous demandions que pas un revenu mensuel ne soit inférieur à 1000 frs par mois dans le groupe Renault or, malgré son augmentation de 35 %, le salaire minimum mensuel en France, après Grenelle, atteindra 650 frs

-nous exigions la suppression des contrats provisoires (déjà du CDD !), la suppression des sanctions anti grève sur les primes, la suppression des déclassements en cas de changements de poste et du système de salaire liés à la machine.

Autant de questions très sensibles pour des milliers d’employés et d’ouvriers.Ce n’est pas à Grenelle que l’on pouvait régler cela mais à Billancourt !

Le rassemblement a lieu à 9h du matin. J’apprends que G. Séguy viendra rendre compte du constat de Grenelle avec Benoit Frachon aux 25000 salariés présents. Il n’était évidemment pas question pour eux d’appeler les salariés de Renault à cesser ou poursuivre leur grève.

En les attendant je suis chargé par la direction du syndicat CGT de l’usine, et en accord avec la CFDT et FO de présenter brièvement les principaux résultats de Grenelle que nous connaissions mais surtout de fustiger la direction de l’usine et le gouvernement qui refusent d’ouvrir les discussions. En conséquence, je propose au vote des travailleurs la poursuite de la grève reconductible avec occupation aussi longtemps que ces négociations ne se seront pas tenues.L’immense majorité des salariés présents acclame et vote la poursuite de la grève.

G. Séguy apprend cette décision lors de son arrivée en voiture à Billancourt.

Par conséquent la poursuite de la grève s’est décidée avant l’arrivée de G. Seguy.

Cette décision n’a pas concerné le résultat de Grenelle mais l’obstination de la direction et du gouvernement à refuser toute discussion. Les grandes entreprises, notamment dans l’automobile, Renault, Peugeot, Citroën ne négocieront que vers le 20 juin 1968.

G. Séguy avec B. Frachon présentent aux salariés de Renault les conditions dans lesquelles se sont déroulées les discussions et déplorent au passage, que contrairement à 1936, l’unité syndicale a cruellement fait défaut. G. Séguy précise qu’aucun accord signé n’est intervenu. Il s’agit d’un constat de discussion qu’il faut améliorer dans chaque entreprise.

Il présente les acquis sociaux obtenus sous les applaudissements nourris et les revendications insuffisamment satisfaites ou totalement insatisfaites sous les huées adressées au patronat et au gouvernement.

G Séguy déclare : « il appartient aux travailleurs en France de se prononcer démocratiquement sur la suite à donner à leur grève comme vous venez de le faire tout à l’heure ». En tout cas ajoute t-il, "cette grande et magnifique grève appartient aux travailleurs. Comme nous n’avons pas donné de mot d’ordre de grève générale, il n’est pas question pour nous d’appeler à une quelconque reprise du travail".

Pour ce qui est de la suite de la grève à Renault Billancourt, à Cléon, Le Mans, Flins, Sandouville, il faudra attendre 33 jours de grève pour aboutir à un constat de fin de grève chez Renault améliorant sensiblement les résultats de Grenelle .La reprise du travail fut votée par bulletin à 75 %.

Je crois pour en terminer que ceux qui à droite ou dans la mouvance « gauche caviar » tentent depuis près de 50 ans de salir l’action exemplaire de G. Séguy, feraient mieux de saluer celui qui, avec B. Frachon, a su, dès le début de la grève de mai 68, lui donner un contenu auto gestionnaire et démocratique.

Cette ligne syndicale nationale fut un rempart remarquable face aux tentatives classiques du patronat, de la droite ou de la gauche réformiste d’ourdir des provocations, des tentatives de récupérations pour déposséder la classe ouvrière de la direction de ses grèves et manifestations.

Ce fut encore le cas récemment lors des journées d’action contre la loi El Khomri. Mais la vigilance et l’opiniâtreté des dirigeants de la CGT ont su mettre en échec les instigateurs de provocations et conserver l’énorme sympathie de l’opinion à leur mouvement.

 

Aimé HALBEHER

Le 19 Août 2016

11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 15:30

mardi 6 septembre 2016

Depuis plusieurs années, les populations du Moyen Orient et d’Afrique Orientale subissent de multiples conflits, bien souvent provoqués et entretenus dans l’intérêt capitaliste de grandes puissances telles que la France, l’Angleterre, les Etats-Unis, privant au passage ces peuples et leurs pays de leurs richesses, les laissant dans la misère la pauvreté et le désarroi.

Aujourd’hui, dans le Calaisis, plus de 10 000 réfugiés ayant fui ces conflits, vivent dans des conditions inhumaines, indignes du pays des droits de l’Homme. Chaque jour, ils mettent leur vie en péril en tentant de rallier l’Angleterre, injustement présenté comme un eldorado, mais en réalité vivier d’une main d’œuvre bon marché et exploitée.

Après avoir reçu les bombes des pays occidentaux, avoir fait plusieurs milliers de kilomètres pour rejoindre Calais, n’ayant plus rien à perdre, ils sont prêts à tout pour traverser, mettant en danger la population et les travailleurs calaisiens.

La France, l’Angleterre et les Etats-Unis (entre autres) portent une lourde responsabilité sur les flux migratoires, en menant des guerres sur fond d’intérêts économiques.

A travers cette situation, la rocade portuaire, le port de Calais et le Tunnel sous la manche se retrouvent pris en otage de hautes clôtures et de barbelés, ce qui n’empêche pas les réfugiés, déterminés à tenter, au risque de leur vie ainsi que celles des travailleurs calaisiens, de monter dans les camions en provoquant des barrages sous l’impulsion des passeurs.

Ces derniers temps, et cela va en s’amplifiant, sous l’influence d’un contexte d’élections politiques, cette situation est récupérée de façon malsaine par l’extrême droite, certains travailleurs et la population calaisienne ne doivent pas se tromper de cible.

L’Europe et les gouvernements des pays qui la composent, doivent répondre par la diplomatie et des mesures humaines, et non pas ériger des murs, quitte à revoir les accords du Touquet qui ont placé (sous Sarkozy) la frontière sur le sol Français.

La population calaisienne, les salariés du port, du tunnel, ainsi que les réfugiés eux-mêmes, se sentent abandonnés à leur sort.

Il est urgent d’allier nos forces afin que soit réglée politiquement cette situation, de peser sur les grandes puissances pour faire cesser les massacres au Moyen Orient, de faire prendre ses responsabilités à l’Angleterre, et de mettre en sécurité les salariés travaillant dans le Calaisis.

La nature a horreur du vide et cette situation ne doit pas opposer la population calaisienne et ses travailleurs aux réfugiés, car pendant ce temps, les responsables de cette situation restent au chaud en envoyant des bombes !

Montreuil, le 6 septembre 2016

10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 15:09

Les élections législatives espagnoles ont eu lieu dimanche 26 juin, après des mois d'impasse politique, alors qu'aucun parti n'était en mesure de former un gouvernement suite aux élections de décembre. Les sondages prédisaient la progression de la coalition de la gauche radicale Unidos Podemos (UP , alliance de Podemos et de Izquierda Unida) et un important recul des partis traditionnels de l'establishment. Le parti conservateur PP arrive finalement premier, le PSOE (centre gauche) en seconde place, légèrement devant UP.

Les pourcentages et la répartition des sièges n'ont pas fondamentalement changé depuis les élections de décembre 2015. Unidos Podemos garde le même nombre de députés, et perd plus d'un million de voix. La participation globale baisse de 3,3 %, soit 1,2 million de votants en moins.

 

Résultats détaillés

Partis

Juin 2016

Décembre 2015

PP

33.03% - 137 sièges

28.71 % - 123 sièges

PSOE

22.66% - 86 sièges

22% - 90 sièges

Unidos Podemos

21.1% - 71 sièges

24.49% - 71 sièges

Ciudadanos

13.05% - 32 sièges

13.94% - 40 sièges

ERC (centre-gauche catalan)

2.63% - 9  sièges

 

CDC (droite catalane)

2.01% - 8  sièges

 

PNV (droite basque)

1.22% - 5  sièges

 

Bildu (gauche basque)

0.78% - 2  sièges

 

 

Stagnation de Unidos Podemos

La stagnation de UP a été source de déception et de démoralisation auprès des militants, mais l'important est de comprendre les causes de ce résultat en demi-teinte. Il faut noter en premier lieu que la campagne a été assez mal menée. Toute l'activité de UP ces derniers mois s'est focalisée sur le terrain électoral et parlementaire et peu de meetings se sont tenus. La dernière mobilisation remonte à janvier 2015, lors d'une énorme manifestation appelée par Podemos à Madrid.

D'autre part, la campagne n'était pas assez radicale et peu attrayante. Le programme électoral a été édulcoré depuis décembre. En début de campagne, UP a cherché le soutien des électeurs du PSOE en jouant sur leur propre terrain, Pablo Iglesias affirmant notamment vouloir une « nouvelle démocratie sociale ». En se positionnant comme le parti de « la patrie, la loi et le travail » UP a délibérément cherché à convaincre les électeurs les plus modérés, mais ce genre de langage a eu pour conséquence de démobiliser une partie de son électorat de gauche.

À la différence de celle de décembre, la campagne fut complètement déconnectée des luttes qui ont été à l'origine de Podemos (Mouvement 15M, campagnes anti-austérité, mouvement contre les expulsions locatives). Ces questions n'ont figuré dans aucune des vidéos électorales, et n'ont été que rarement mentionnées lors des débats.

La fin de la campagne a cependant témoigné d'une radicalisation du message et d'un certain enthousiasme, particulièrement lors du tout dernier meeting, à Madrid, où Pablo Iglesias a tenu un discours offensif et clairement marqué à gauche, faisant appel aux traditions de la lutte des classes. Le problème est que cet enthousiasme n'a pas dépassé le cadre des personnes assistants aux meetings et n'a pas touché le grand public.

D'autres facteurs, plus circonstanciels ont également joué. Ces élections se sont tenues fin juin, durant un week-end qui est férié dans plusieurs régions espagnoles, ce qui a démobilisé une partie de l'électorat, en particulier chez les jeunes et les citadins, qui constituent la base de l'électorat de UP. De nombreuses personnes parmi les couches les moins politisées étaient par ailleurs fatiguées après des mois d'impasse politique, une campagne électorale paresseuse et le triomphalisme des dirigeants d'UP qui étaient rendus exagérément confiants dans leurs résultats par les sondages. Ces multiples facteurs n'aidèrent pas les électeurs les moins convaincus à se déplacer.

Si les attaques politiques à l'encontre de Unidos Podemos ont eu un certain impact parmi une couche d'électeurs, c’est à cause du contexte général d'une campagne plate et modérée (Monedero, ancien dirigeant de Podemos, expliquait que les débats manquaient de « mordant »). Les dirigeants de Podemos (mais pas tellement ceux de Izquierda Unida) se montrèrent réticents à expliquer leurs positions sur le Venezuela, et évitèrent toutes les questions concernant la Grèce et le sort du gouvernement Syriza. Aidée par une offensive massive des médias, la droite a utilisé la question du Venezuela comme un écran de fumée. Il aurait fallu être en mesure d'expliquer les aspects positifs de la révolution bolivarienne, les raisons pour lesquelles il faut la défendre et le caractère putschiste de l'opposition. Concernant la Grèce, le problème principal est que les dirigeants de Podemos ont exactement le même programme que celui défendu par Tsipras en janvier 2015. Contre l'idée selon laquelle ce programme mène inévitablement à la capitulation et à l’austérité, leur unique — et faible — argument est d'affirmer que « l'Espagne est plus forte que la Grèce, et a donc davantage d'influence vis-à-vis de la Troïka, ce qui lui permettrait de renégocier ses engagements à réduire ses déficits ».

Si les résultats de Unidos Podemos peuvent paraître décevants, ceux-ci doivent toutefois être remis dans un contexte plus général, où depuis 40 ans, aucun autre parti à la gauche du PSOE n'avait recueilli un tel résultat : 5 millions de votes et 71 sièges. Le meilleur résultat précédent était à l'actif du parti communiste en 1979, quand il obtint 10 % des suffrages et 21 sièges.

Le PSOE se maintient, Ciudadanos s'effrite et le PP se renforce

Tous les sondages annonçaient le rapide déclin du PSOE, à l'image des autres partis sociaux-démocrates européens. Mais en perdant 120 000 votes et 5 sièges, le PSOE a réussi à se maintenir à la deuxième place et à garder le même pourcentage qu'en décembre, ce qui était son objectif. Il conserve ses électeurs dans les petites villes et les régions rurales, et parmi les personnes âgées. D'autre part, ses allégations que la formation d'un gouvernement de gauche après décembre a été entravé par Podemos, même si elles sont fausses, semblent avoir eu un impact parmi ses soutiens traditionnels.

Il faut prendre en compte les spécificités de la situation politique espagnole. Malgré une crise économique et sociale importante, la classe dirigeante a su maintenir un gouvernement stable entre 2011 et 2015, le PP jouissant d'une majorité absolue. Ce qui signifie que les autres partis, notamment le PSOE, n'ont pas eu l'occasion d'être mis à l'épreuve, tandis que le mécontentement se concentrait majoritairement contre le PP. Le PSOE n'a eu à mettre en place une politique d’austérité qu'une seule année, sous le gouvernement Zapatero (2010-2011). Ceci contraste avec le PASOK qui a été seul maître d’œuvre de l’austérité sur une plus longue période en Grèce, avant de continuer en s'alliant avec les conservateurs.

Les cinq années de gouvernement PP majoritaire ont créé les conditions d'un développement inégal et combiné des consciences. Une large part de la jeunesse citadine et des travailleurs entrés dans les luttes massives de 2011-2014 en sont arrivés à la conclusion que seul un changement radical était en mesure de régler les problèmes de la société, et se sont ralliés derrière UP. Il existe cependant une couche plus conservatrice parmi les travailleurs qui croit encore que le problème fondamental vient du PP, et que le PSOE peut incarner une alternative modérée à la situation actuelle. La panique générée par le Brexit n'a fait que renforcer les attitudes conservatrices de ces derniers. Comme nous l'avons déjà souligné, le Brexit aura des conséquences réactionnaires (du moins à court terme) pas uniquement au Royaume-Uni, mais à travers toute l'Europe.

Le succès du PP, qui gagne 5 % soit 1,3 million de votants par rapport à décembre, et le déclin relatif de Cuidadanos, qui perd 400 000 votes et 8 sièges, n'est pas difficile à analyser. La progression de UP, amplifiée par les sondages, a poussé une grande partie des électeurs de droite et du centre dans les bras du PP, principale force de la réaction en Espagne. Malgré la corruption avérée du PP, touché chaque semaine par de nouveaux scandales, il a été capable de rallier dernière lui toutes les couches conservatrices de la société. Ciudadanos ne propose rien de fondamentalement différent du PP et n'est pas perçu comme une force de droite fiable. Il a perdu son attrait auprès des électeurs conservateurs dont la principale préoccupation était de faire barrage à UP.

Négociations pour un nouveau gouvernement

Un gouvernement PP-Cuidadanos semble probable. Aucun parti ne souhaite de nouvelles élections, pas plus que les masses. Et, quoique compliquées, les négociations aboutiront certainement à un gouvernement bourgeois. Le PP et Cuidadanos ont 169 sièges, avec le soutien de PNV et de la Coalition des îles Canaries, il leur suffira d'une abstention pour obtenir une courte majorité et former un gouvernement. Celui-ci devra immédiatement mettre en place une politique de coupe budgétaire drastique pour répondre aux exigences de l'UE (8 milliards d'euros de coupe pour cette année et les suivantes), et s'attirera rapidement la haine des masses. Cette victoire est un cadeau empoisonné pour la bourgeoisie, qui préparera le terrain pour une radicalisation dans la prochaine période. Il faut s'attendre à voir de nouvelles mobilisations de masse dans les rues et des luttes se multiplier dans les entreprises. Dans ce contexte, UP pourra poursuivre son ascension s’il arrive à jouer son rôle oppositionnel de façon intelligente.

Rajoy a immédiatement annoncé qu'il appelait une alliance avec le PSOE pour former un gouvernement de coalition particulièrement stable, qui compterait 254 sièges s'il comprend Cuidadanos (176 sièges constituant une majorité absolue). Cette option permettrait au PP de partager la responsabilité de la mise en place de la politique d’austérité, mais serait le début de la fin pour le PSOE. Ce dernier préférerait s'abstenir sur le vote du gouvernement, autorisant ainsi la création d'un gouvernement PP-Cuidadanos tout en restant extérieur. Une grande coalition serait dangereuse pour les partis bourgeois, car elle laisserait UP seul parti d'opposition, préparant son essor dans la période à venir.

Un gouvernement de gauche semble improbable, UP aura des conditions que le PSOE jugera intenables. Un tel gouvernement aura en outre besoin du soutien des partis régionalistes pour obtenir une majorité, et ceux-ci sont particulièrement hostiles à l'idée d'une alliance avec UP. De plus, ils réclament la tenue d'un référendum pour l'indépendance de la Catalogne, ce qui est complètement exclu pour le PSOE.

Les conséquences pour la gauche

Ces résultats auront des conséquences internes pour UP. Ces derniers mois ont été source de tensions entre Íñigo Errejón (secrétaire politique) et Pablo Iglesias (secrétaire général) concernant l'alliance avec Izquierda Unida. Pendant longtemps, l'idée qui a dominé les rangs de Podemos, défendue par Errejón, est que le parti n'était « ni de droite ni de gauche », et qu'il fallait édulcorer son discours pour être plus rassembleur. Errejón a résisté aux alliances avec IU. Cette tendance au sein de Podemos a été battue après l'accord passé au printemps avec IU. Le soir des élections, dans une conférence de presse, Iglesias a affirmé catégoriquement qu'il ne regrettait pas l'alliance avec IU et qu'il continuerait à la défendre.

Mais le lendemain, la tendance d'Errejón avait déjà publié une déclaration virulente pour s'opposer à Pablo Iglesias, remettant ouvertement en cause l'alliance avec IU et s'attaquant à Monedero pour avoir décrit dans un article que la campagne manquait de « mordant », qu'elle proposait des « discours creux » et que Podemos souffrait d'un manque de mobilisation populaire et avait besoin de retourner dans les rues. Du coté de IU, ceux qui s'opposent à l'alliance au sein de l'UP vont eux aussi repasser à l'offensive et renforcer leurs critiques.

Les marxistes doivent défendre l'alliance entre Podemos et Izquierda Unida, qui n'est pas la cause de ces mauvais résultats. Les divisions parmi la gauche et le sectarisme parmi les militants des différents partis doivent être évités à tout prix. Ces mauvais résultats seront analysés par certains comme une preuve que le programme de UP était « trop radical », et qu'il faut à présent le modérer. Mais cela ne ferait que décevoir les soutiens les plus fervents de UP et accentuer les hésitations parmi ceux oscillant entre le PSOE et UP. Unidos Podemos doit au contraire retourner à ses racines en terme de participation de masse (ce qui n'est possible qu'avec des structures démocratiques) et renouer avec un programme radical d'opposition au régime.

En période de crise et sous un nouveau gouvernement PP, UP peut continuer sa progression en expliquant patiemment que les partis de la bourgeoisie n'ont pas de solution aux problèmes actuels, et que la seule voie à suivre est une transformation profonde de la société sous un gouvernement de la gauche radicale. En tant que marxistes, nous insistons sur le fait qu'un tel programme ne peut être mis en œuvre dans les limites du capitalisme. Pour mettre fin aux mesures d’austérité à travers toute l’Europe, il est urgent d'exproprier les ressources de la classe capitaliste afin de les placer sous le contrôle démocratique de l'ensemble de la société, non d'une infime partie de privilégiés.

 

http://www.marxiste.org/international/europe/espagne/2028-les-elections-espagnoles-un-cadeau-empoisonne-pour-la-classe-dirigeante

 

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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 13:19

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/06/30/31002-20160630ARTFIG00290-brexit-vingt-intellectuels-eurocritiques-lancent-un-appel-pour-un-nouveau-traite.php

La vision économique de long terme de l’union européenne rend dérisoire l’espoir de renégocier les traités européens affiché par « vingt intellectuels eurocritiques ». Car ce processus a démontré ses objectifs non pas « depuis au moins trois décennies, sur la base de traités marqués au coin du néolibéralisme alors triomphant (Acte unique, traité de Maastricht, traité de Lisbonne), ou de l’ordo-libéralisme allemand (traité de cohérence budgétaire dit «TSCG» de 2012) », mais depuis les origines. Il s’est agi, en effet d’assurer la tutelle maximale sur cette partie du monde de l’impérialisme le plus puissant, états-unien, escorté du second, l’impérialisme allemand, que les rivalités inter-impérialistes opposent cependant, à l’occasion des crises systémiques, jusqu’à la guerre générale. Le phénomène a débouché, entre autres, sur ce que Georges Gastaud qualifie « de protectionnisme » rigoureux au bénéfice exclusif de l’Allemagne et des États-Unis. Il est sans rapport aucun avec l’idéologie, la Guerre froide, le rêve de « démocratie », etc., et ne laisse aucune chance la « réforme » à laquelle semblent croire les « vingt intellectuels eurosceptiques » qui ont signé ce manifeste.

La critique est portée ici du strict point de vue historique qui relève de ma compétence.

 

1° Je suis stupéfaite que certains de ces signataires, que je croyais très bien informés de l’histoire vraie de l’union européenne, érigent en modèle la renégociation de « la conférence de Messine » de 1955 qui, après l’échec de la Communauté européenne de défense (CED), a[urait] permis de remettre la construction européenne sur les rails ».

Ladite conférence se tint sous la stricte injonction de Washington, avec l’active contribution, selon la tradition, de ses purs et simples instruments, parmi lesquels Jean Monnet et Paul-Henri Spaak. Elle ouvrit sur une nouvelle étape majeure de la constitution de l’Europe germano-américaine, le marché commun, qui faisait suite à la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) dont le « père de l’Europe » Robert Schuman s’était fait l’initiateur officiel. La réalité est différente, comme je le démontre notamment dans Aux origines du carcan européen, 1900-1960, dont l’édition augmentée vient de paraître.

Ce marché commun chemina, sans la « dérive » ici alléguée, vers l’union-carcan dont les hauts fonctionnaires français avaient révélé, avec une précision redoutable dès 1950-1953 (cette dernière date étant celle de la mise en œuvre de la Communauté européenne du charbon et de l’acier), tous les aspects, parmi lesquels l’impitoyable « dumping social ». Ladite « Europe » avait déjà, à l’époque du retour de De Gaulle aux affaires (1958), un aspect sinistre, marqué par la surproduction et les crises récurrentes (dont témoignait la fermeture des mines de charbon entamée par celles de France et de Belgique), décrit dans le même ouvrage.

Dans le 13e et dernier chapitre d’Une comédie des erreurs, 1943-1956, Souvenirs et réflexions sur une étape de la construction européenne, Paris, Plon, 1983, « L’étouffement », p. 499-523, l’ambassadeur de France à Londres René Massigli dressa un tableau effarant de cette session. Elle fut animée, en apparence, par les pions « européens » de Washington, déjà cités, sans oublier les autres, dont Pinay, Hallstein, Adenauer et Beyen; en réalité par le tandem Département d’État-CIA, sous la houlette respective des deux frères Dulles, John Foster et Allen, partenaires essentiels de Sullivan & Cromwell, plus gros cabinet américain d’affaires internationales, lié à la finance allemande depuis le tournant du 19e siècle.

Notons, au cas où on serait tenté de taxer l’intéressé de subversion ou de « nationalisme », que Massigli n’avait pas incarné la résistance au tuteur étranger, et qu’il se voulait « européen ». Cet ancien champion de l’Apaisement de l’entre-deux-guerres, artisan majeur des accords de Munich comme directeur des Affaires politiques du Quai d’Orsay (voir l’index du Choix de la défaite, Paris, Armand Colin, 2010), avait fini en 1943 par se rallier à de Gaulle. Ralliement tardif et fort contraint : les archives américaines le montrent littéralement agenouillé devant Washington et quotidiennement disposé, à Alger, en 1943-1944, à lâcher de Gaulle auquel il reproche une résistance très excessive aux exigences américaines. Allen Dulles, patron Europe de l’OSS (qui précéda la CIA) établi depuis novembre 1942 à Berne, avait alors déjà gagné, auprès de Robert Murphy, délégué de Roosevelt depuis décembre 1940 au débarquement en Afrique du Nord « française », ses galons de maître et de bailleur de fonds des « Européens » : c’est-à-dire des « élites » de la société acquises à la mainmise des États-Unis sur le continent européen après l’avoir été, le plus souvent, depuis les années 1930, à la mainmise allemande (sur ces noms, voir l’index de l’ouvrage Les élites françaises, 1940-1944. De la collaboration avec l’Allemagne à l’alliance américaine, Paris, Armand Colin, 2016).

De l’origine américaine de cette mythique « conférence de Messine », il n’est pas question dans le manifeste des « vingt intellectuels eurocritiques ». Omission surprenante qui se maintient dans les deux autres points abordés.

 

2° La séduisante revendication de la renonciation au « modèle mercantiliste allemand (excédent extérieur approchant les 10 % du PIB) […] intransposable aux autres pays et notamment à ceux de l’Europe du Sud » équivaut, compte tenu de l’histoire réelle de l’union européenne, à la demande polie et vaine, adressée aux États-Unis et à l’Allemagne d’abandonner purement et simplement ladite union, leur créature. Autant vaudrait demander à une association bancaire de s’auto-transformer en entreprise de bonnes œuvres, pour réaliser la fameuse « Europe sociale » qu’on nous vante chaque jour. Cette revendication est aussi sidérante que celle d’un renouvellement de « la conférence de Messine » puisque l’objectif de l’union européenne a été précisément réalisé : nous bénéficions de son succès depuis bientôt plus de soixante ans, il faut le reconnaître, avec une intensité démultipliée par la destruction de la zone d’influence soviétique muée en zone américaine depuis 25 ans.

« Dérive », vraiment?, par rapport au propos d’un haut fonctionnaire du Quai d’Orsay de février 1950 (avant le fameux discours de Robert Schuman du 9 mai, donc), annonçant les effets imminents de « la pression du chômage sur le niveau des salaires [européens]. Or, il ne peut y avoir harmonisation des salaires et des charges sociales [...] que par le jeu de l’offre et de la demande et elle se fera au niveau le plus bas. C’est bien là une des raisons pour lesquelles le Conseil national du patronat français se prononce en faveur de la libération des échanges et des Unions régionales : il y voit un moyen de réduire les prétentions des salariés lors des prochaines négociations des conventions collectives. » (Note du Service de Coopération économique (SCE), 10 février 1950, CE, 56, archives du ministère des Affaires étrangères, plus longuement citée dans Aux origines du carcan européen, p. 116-117). (Le Conseil national du patronat français succéda, en 1946, à la Confédération générale de la Production française devenue en juillet 1936 Confédération générale du patronat français, et précéda le MEDEF).

Les exigences historiques et actuelles des États-Unis à l’égard de cet énorme marché unifié et non protégé de leurs marchandises et de leurs capitaux n’ont pas non plus, dans ce deuxième point du manifeste, été prises en compte.

 

3° Le « dialogue avec la Russie, pays européen indispensable pour l’établissement d'une sécurité dont toutes nos nations ont besoin », etc., est-il compatible avec le maintien de l’union européenne dans l’OTAN, institution dont l’origine se confond strictement avec l’histoire de l’encerclement de l’URSS. Les États-Unis combattaient d’ailleurs la Russie depuis les débuts de l’ère impérialiste, plus de 20 ans avant 1917. L’a démontré l’un des deux pères fondateurs du courant historiographique américain dit « révisionniste » (courant scientifique sans rapport avec les « révisionnistes » français, simples « négationnistes » des chambres à gaz), William Appleman Williams. Sa thèse universitaire (Ph.D.) American Russian Relations, 1781-1947, New York, Rinehart & C°, 1952, a montré que le jeune impérialisme américain, soucieux de contrôler, entre autres, le sort de la Chine, avait jugé insupportable l’expansion de son (assez faible) rival russe, qui revendiquait participation au contrôle des transports ferroviaires de la Chine: « L’entente [russo-américaine] lâche et informelle […] s’était rompue sur les droits de passage des chemins de fer [russes] de Mandchourie méridionale et de l’Est chinois entre 1895 et 1912 ».

On trouvera maintes références sur la vieille obsession antirusse des impérialismes américain et allemand et sur leur agressivité, dimension militaire incluse, envers l’empire russe puis l’URSS dans les références suivantes : « Le débarquement du 6 juin 1944 du mythe d’aujourd’hui à la réalité historique » (http://www.lafauteadiderot.net/Le-debarquement-du-6-juin-1944-du, juin 2014), et dans « L’apport des “guerres de Staline” de Geoffrey Roberts à l’histoire de l’URSS : acquis et débats », préface à l’ouvrage de Geoffrey Roberts, Les guerres de Staline, Paris, Delga, 2014, p. I-XXXIV.

Ceux qui seraient tentés de balayer d’un revers de main les références fournies par l’universitaire sérieuse que je suis pourront constater que je les emprunte soit aux archives originales soit aux travaux historiques américains accumulés depuis des décennies. Ce travail, notons-le, qualifie les pratiques de la « soviétologue » de Rennes 2, Cécile Vaissié, qui met en cause l’« universitaire retraitée et militante au PRCF » Annie Lacroix-Riz dans Les réseaux du Kremlin en France. Le lecteur pourra juger du manque de sérieux de la documentation de ce récent ouvrage assuré d’un énorme écho médiatique, phénomène qui démontre le caractère plus que jamais actuel de mon livre de 2012, L’histoire contemporaine toujours sous influence, Paris, Delga-Le temps des cerises.

 

Une « union européenne » à direction germano-américaine bien disposée envers la Russie, vraiment? Qu’est-il arrivé à certains, au moins, des « vingt intellectuels eurocritiques » qu’on avait pris pour des observateurs sérieux du « carcan » réservé de longue date aux « Européens » non détenteurs de profits monopolistes? Leurs « vœux pieux » européens traduisent-ils une nostalgie pour le « baiser Lamourette » de juillet 1792 (https://fr.wikipedia.org/wiki/Baiser_Lamourette )?

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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 12:22

Beaucoup de militants se sont alarmés du silence de la CES durant notre long et durable mouvement contre la loi travail !

Cette préoccupation a trouvé un écho à la réunion CGT des fédérations le 1er juillet dernier.

En effet :

 

" Plusieurs fédérations interpellent fortement concernant la CES, son inaction, son manque d’expression concernant la situation et le conflit en France mais aussi en Belgique. De plus, c’est de partout que l’austérité fait ses dégâts. Il est demandé que la CGT pèse de tout son poids pour qu’a minima il y ait une expression claire de la CES, l’idéal aurait été une initiative européenne."

 

Dans l'esprit des auteurs de ces réflexions il suffirait donc que de l'intérieur la CGT hausse le ton pour que la CES ait une claire expression et organise la lutte à l'échelle européenne.

On retrouve une analyse parallèle dans l'idée que les divergences de la CGT (ainsi que de FO) et de la CFDT appartenant toutes à la CES auraient également contraint cette dernière au silence.

En quelque sorte pour ne fâcher personne !

Mais les raisons fondamentales de ce silence et de cette inaction résident-elles dans ces explications avancées pour en fait contourner les motivations essentielles du comportement de la CES ?

Et ne pas s'avouer que le problème est bien plus profond ?

Car il y a une donnée qui a été largement été ignorée durant tout le conflit : c'est que le cœur de la loi concernant l'inversion de la hiérarchie des normes correspond aux recommandations du Conseil européen qui spécifie dans ses recommandations concernant la France le 18 mai 2016 :

" Les réformes menées récemment n'ont donné aux employeurs que peu de possibilités pour déroger aux accords de branche. Cela concerne tous les aspects des conditions d'emploi, notamment les salaires, le temps de travail et les conditions de travail, et limite la capacité des entreprises à moduler leurs effectifs en fonction de leurs besoins …".

La loi El Khomri trouve donc incontestablement sa source dans les orientations européennes au nom de la compétitivité des entreprises, de la concurrence internationale, des "exigences" de la flexibilité du marché du travail ...

 

Or la CES est avant tout une institution dépendante financièrement et politiquement des institutions européennes.

Elle n'a donc ni l'indépendance organisationnelle, ni financière, ni politique et idéologique de s'opposer de front à des recommandations et directives européennes.

Et les divergences entre organisations de la CES ne l'ont pas empêché de prendre position ouvertement contre les dirigeants grecs au moment du referendum contre la politique d'austérité de la Troïka.

Mais là bien sûr il s'agissait d'agir en faveur de l'Union européenne, de ses dirigeants et de la banque Centrale européenne contre les choix du peuple grec.

C'est là que résident les vrais raisons du silence de la CES à propos de notre mouvement !

La CES est une instance de l''UE et c'est pour cela que la CES a toujours été du mauvais côté de la barricade. Les précédents sont légions comme en 2003 lors du conflit sur les retraites en France et en Italie pour laquelle la CES ne fit pas la moindre déclaration, préférant en pleine lutte inviter à son congrès Giscard d’Estaing venu vendre la constitution européenne sous les hourras, constitution pour laquelle la CES appellera à voter oui en 2005…

Continuer de prétendre qu'en élevant le niveau d'intervention de la CGT dans la CES on va pouvoir réorienter cette organisation dans le sens des luttes et de l'intérêt des travailleurs, c'est ne pas faire le bilan de près de 20 ans d'adhésion.

C'est ignorer que parmi les principaux motifs évoqués à l'époque pour justifier l'adhésion figurait en bonne place l'idée que la seule présence de la CGT dans la CES allait en quelque sorte "gauchir" ses orientations et la transformer en structure de combat.

Et c'est ignorer qu'il n'en n'a rien été !

Cette illusion entretenue pour justifier le maintien dans une organisation totalement dépendante des objectifs et des intérêts de l'oligarchie est de la même nature que l'illusion de "l'Europe sociale "invoquée depuis des décades sans le moindre commencement d'amorce de début de réalisation !

Et pour cause : la construction européenne et ses traités sont les instruments de la domination sans partage de l'oligarchie et de la mise en œuvre des ses projets !

Les structures syndicales mises en place dans les années 1970-1980 correspondent non pas à la nécessité d'organiser et de coordonner les luttes des travailleurs européens mais à celle de les contrôler, de les subordonner aux intérêts de l'oligarchie et des grandes entreprises, d'accompagner la crise du capitalisme sans risques pour la domination patronale par la "concertation," le "dialogue social" …, la collaboration de classe quoi !

Dans les années 90, les forces réactionnaires et social-démocrates ont mis à profit le désarroi dans le monde ouvrier et salarial qui a résulté à la fois de la désindustrialisation et du chômage massif et de l'effondrement des pays socialistes.

Pour présenter le marché capitaliste comme la seule réalité crédible et efficace face à toute visée de changement de société.

Pour tenter d'intégrer à leur vision … et à leurs intérêts jusque et y compris les forces et les organisations qui jusque là s'étaient opposé à leurs prétentions.

Pour eux c'était la fin de l'Histoire et des projets transformateurs des forces révolutionnaires, de la classe ouvrière.

Dans le mouvement syndical européen c'est à ce projet que la CES a servi et continue de servir !

La réalité de la lutte des classes plus forte que jamais

Sauf que les réalités de la crise systémique du capitalisme, les réalités de l'exploitation, de la misère et de l'aggravation des inégalités, celles de la crise de l'Union européenne elle-même ont balayé et ringardisé ce discours.

Ce qui existe en profondeur ce n'est pas l'entente cordiale avec le patronat, mais le rapport de forces, la lutte des classes pour le salaire, pour l'emploi, pour les garanties sociales, pour le respect du Code du travail et des conquis historiques.

Et dans ce combat, les travailleurs, la classe ouvrière doivent conforter les organisations réellement indépendantes des structures patronales et des institutions sous leur contrôle ou en phase avec leurs intérêts de classe.

Il est donc plus que temps de tirer un véritable bilan de près de 20 ans d'appartenance de la CGT à la CES.

En se dégageant des illusions de l'Europe sociale et de la possibilité d'une réorientation positive de la CES.

La nécessaire coordination, entente de lutte entre les travailleurs du continent européen ne passe pas par la CES mais par celle de leurs organisations nationales.

Cela est si vrai que dans le mouvement actuel contre la loi travail qui frappe tous les travailleurs européens les seuls démarches de solidarité proprement européennes ont bel et bien émanés de syndicats eux-mêmes engagés dans cette lutte comme c'est le cas du syndicat belge FGTB.

 

L'alternative Fédération Syndicale Mondiale

 

L'existence de la FSM est une réalité forte : plusieurs dizaines de millions d'adhérents.


Déjà d'importantes fédérations CGT y ont leur place comme l'agro-alimentaire et la fédération de la chimie, ainsi que des dizaines de syndicats.

Le prochain congrès se déroule à Durban (Afrique du Sud) du 5 au 8 octobre.

Rien n'empêche donc la confédération en tant que telle de prendre langue dans un premier temps par exemple justement à l'occasion de ce congrès.

A moins que la CES et Confédération Syndicale Internationale (CSI) issue de la lutte anti-communiste durant la guerre froide n'y oppose leur veto et/ou prétendent à l'appartenance exclusive.

Ce qui renvoie au choix confédéral et à l'affirmation de son indépendance à l'égard de toute force extérieure à l'organisation elle-même !

D'autant que la FSM elle, a manifesté sa solidarité à l''égard de notre mouvement à plusieurs reprises et que son secrétaire général, le grec, Georges Mavrikos est intervenu en personne à Marseille devant plusieurs dizaines de milliers de manifestants, comme l'indique la Marseillaise qui a retranscrit son discours dans son édition du 2 juin dernier.

Dans le combat contre la loi travail la CGT et ses bases combatives ont su montrer le chemin de l'issue pour le monde du travail. La cohérence exige d'aller au bout de cette démarche et de renouer radicalement avec la critique du rôle de l'Union européenne et du marché commun et de ses conséquences prévisibles formulées avec prescience par un Benoît Frachon dès 1957 *.

En en tirant toutes les conséquences !

Car c'est de cohérence d'une orientation et d'une stratégie qu'il s'agit !

 

Le Front syndical de Classe

9 juillet 2016

 

 

* (Benoit Frachon, Au rythme des jours)

 

Le Marché commun n’a pas et ne pouvait pas aboutir à l’amélioration de la situation de la classe ouvrière. Il l’a aggravée. Le Marché commun, sous le signe des monopoles, ne pouvait pas ne pas aboutir à ce que ces derniers dominent de plus en plus l’Etat dans chacun de ses pays où tous les gouvernements exécutent désormais fidèlement leur politique.

La domination des monopoles qui a abouti, dans tous les pays du Marché commun, à l’installation de gouvernements à leur dévotion, est une menace permanente pour les libertés ouvrières et démocratiques.

Nous le disons très franchement aux militants des organisations qui participent aux institutions du Marché Commun, nous n’avons aucune confiance dans la possibilité de transformer ces organismes, de les infléchir vers une politique différente.

Quelles que soient les modifications qui puissent leur être apportées, ils poursuivront leur politique actuelle aussi longtemps que les représentants des monopoles et les gouvernements à leur dévotion en seront les animateurs et les bénéficiaires. Nous nuirions à la collaboration fraternelle des peuples, nous retarderions l’union ouvrière pour le progrès, pour la liberté et la paix, si nous laissions croire un seul instant que dans l’Union européenne que les capitalistes veulent réaliser, il y a la moindre parcelle de cet internationalisme auquel aspirent les travailleurs. Nous devons au contraire démasquer leurs subterfuges et expliquer que les Etats-Unis d’Europe dont parlent d’abondance les représentants les plus typiques des monopoles, ne seraient qu’une simple association réactionnaire d’exploiteurs unissant leurs efforts pour maintenir les peuples sous leur domination, et empêcher l’évolution de la société vers le socialisme, vers une véritable collaboration fraternelle des peuples. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 11:59

par Alan Woods

 

Une version plus longue de cet article a été publiée en anglais sur marxist.com, le 24 juin 2016.

Le 23 juin 2016, le peuple de Grande-Bretagne a pris une décision historique. Après avoir fait partie de l’Union Européenne pendant 40 ans, il a voté pour lui tourner le dos. Cette décision a des conséquences immenses pour l’avenir de la Grande-Bretagne, de l’Europe et du monde.

Pourquoi ?

Les gens qui ont voté pour le « Leave » (Sortir) l’ont fait pour différentes raisons. Certaines progressistes et d’autres réactionnaires. La colère des anciennes communautés industrielles et minières du Nord, qui ont été condamnées à des années de déclin économique, de pertes d’emplois, de pauvreté et de marginalisation, était évidente. De telles communautés se sentent aliénées par une classe politique qui les dirige à distance depuis Westminster, et encore plus de la part d’une bureaucratie bruxelloise, éloignée et qui n’a rien fait pour elles.

L’argument du camp du « Remain » (Rester), prétendant que le fait d’être membre de l’UE signifie la prospérité et de meilleures conditions de vie pour tous, sonne creux pour beaucoup de gens vivant avec de bas salaires. Pour ces gens, la promesse de prospérité de l’UE était une imposture complète et une déception.

Pour ceux qui subissent la crise du capitalisme, le message de la campagne du « Remain » était perçu comme de l’autosatisfaction venant des politiciens professionnels bien nantis de la classe moyenne londonienne. C’était comme écouter le discours de gens vivant sur une autre planète et parlant un langage incompréhensible pour les gens ordinaires. Le fait que les députés du parti Travailliste – majoritairement blairistes – aient été choqués par le résultat montre à quel point ils ne comprennent pas la situation réelle en Grande-Bretagne. Et ces gens se considèrent eux-mêmes comme de grands réalistes !

Crise dans le parti conservateur

« Celui que les dieux veulent détruire, ils commencent par le rendre fou. » Cela pourrait être une épitaphe parfaite pour David Cameron et les dirigeants du parti Conservateur britannique. Des décennies de déclin peu glorieux ont réduit la Grande-Bretagne à une puissance de second rang à la périphérie de l’Europe. Cette vérité dérangeante n’a jamais été acceptée par l’aile droite du parti Conservateur, qui rêve de rétablir l’ancienne grandeur de la Grande-Bretagne. Quand Boris Johnson fanfaronnait fièrement que le 23 juin 2016 serait le « Jour de l’Indépendance de la Grande-Bretagne », cela montre à quel point ces gens sont éloignés de la réalité. Maintenant, la réalité est sur le point de leur donner une très sévère leçon.

La classe dirigeante britannique et ses représentants politiques d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec les anciens et prévoyants maîtres du monde. Ils sont ignorants, stupides et myopes. Dans ce sens, ils sont le reflet fidèle des banquiers et des capitalistes qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez et sont accrocs à la spéculation, au court terme et au parasitisme. Ceux-là, et non Bruxelles, sont les gens qui dirigent vraiment la Grande-Bretagne aujourd’hui et qui continueront à le faire demain.

Le dirigeant du parti Conservateur, M. Cameron, a de nombreux traits de la classe qu’il représente. Comme ses amis traders de la City, il semble être accroc au jeu. Mais tandis que ces derniers spéculent, en général, sur les actions et les capitaux, le dirigeant des Conservateurs pariait sur le référendum écossais et le gagnait de justesse. Maintenant, il a pris un plus gros pari sur l’appartenance de la Grande-Bretagne à l’UE, et l’a perdu. Les conséquences pour la Grande-Bretagne et le parti Conservateur seront incalculables.

Les divisions dans le parti Conservateur

Les dirigeants en faveur du Brexit sont des réactionnaires de la pire espèce. Au mieux, ils représentent la tendance de droite traditionnelle du parti Conservateur, « Little Englander », qui a toujours été présente. Elle incarne les opinions et les préjugés de la base du parti Conservateur : les petits commerçants, les colonels à la retraite, les agents immobiliers et autres racailles réactionnaires qui, par le passé, étaient fermement tenus en laisse par la clique dirigeante des notables aristocratiques du parti Conservateur. Cette canaille chauvine et enragée a été relâchée par Margaret Thatcher, qui venait elle-même de ce milieu.

Tout comme la direction droitière du parti Travailliste au Parlement est déconnectée de sa base ouvrière, les dirigeants du parti Conservateur au Parlement – anciens élèves, respectables et bien établis, du Eton College, comme Cameron et Osborne – sont déconnectés de la base du parti qui vient d’une classe différente et a une psychologie différente.

Les dirigeants Conservateurs représentent les grandes banques et les monopoles de la City et posent un regard plein d’un mépris condescendant sur les fanatiques de droite de leur base. C’est une faille qui a été habilement exploitée par Michael Gove et Boris Johnson. Les gens comme Gove, des Thatchéristes de droites et des eurosceptiques, sont un reflet plus fidèle de l’opinion de la base et ont maintenu avec ferveur les principes droitiers de celle-ci.

Johnson et Gove ont nié à plusieurs reprises avoir l’ambition de remplacer Cameron en tant que Premier ministre, mais personne ne les croit. Après une campagne acharnée et intense, ramenée au plan personnel, les divisions demeureront et s’intensifieront. À un certain point, une scission ouverte dans le parti deviendra une possibilité très vraisemblable.

Nigel Farage

À l’extrême droite du mouvement pour le Brexit, on trouve Nigel Farage, le dirigeant de UKIP, qui a tenté pendant des années d’avancer ses positions xénophobes, anti-Europe et anti-immigration. Jusqu’à récemment, il était tenu à distance par les politiciens respectables. Mais la campagne du référendum sur l’appartenance à l’UE l’a mis au centre de la politique britannique, ce qui aura de sérieuses implications pour l’avenir.

Un peu plus d’une semaine avant le référendum, Farage dévoilait fièrement une gigantesque affiche montrant un grand nombre d’immigrants et de demandeurs d’asile – tous gens de couleur – assortis du slogan « point de rupture ». Cette démagogie raciste à peine voilée était une grossière tentative de détourner l'attention des travailleurs des causes réelles du chômage et de la crise du logement. Vous n’avez pas d’emploi ? Accusez les immigrants ! Vous n’avez pas de maison ? Accusez les immigrants ! La crise du système de santé ? Accusez les immigrants !

Nous avons ici toute la teneur de la campagne du Brexit. Tous les autres facteurs – la souveraineté, la démocratie, la fin de l’ingérence de Bruxelles – étaient entièrement secondaires comparés au principal message réactionnaire. Interrogé au sujet de l’affiche, Michael Gove a répondu : « quand j’ai vu ça, j’en ai frémi ».

Mais comme un journaliste TV lui a fait remarquer, un frisson est une réaction purement personnelle, qui n’a pas été suivie dans les faits sous la forme d’une condamnation publique. Ce petit incident montre bien la relation entre des gens comme Gove et Farage.

Bien sûr, il n’y a rien de nouveau par rapport à l’habituel et voilé message raciste colporté par UKIP. Mais il y a quelque chose de nouveau dans la façon dont ce poison, qui jusqu’ici était considéré comme inacceptable par les partis politiques traditionnels, est maintenant devenu acceptable. Quelque chose de pourri a été introduit dans la politique britannique.

Et maintenant ?

Le processus de séparation sera long et complexe, débutant par une période d'au moins deux ans de négociations sur les termes du « divorce ». Mais comme chacun sait, un divorce est généralement une expérience assez orageuse et amère.

Dans l'ensemble, le camp des opposants à l'UE avait une vision excessivement optimiste de la façon dont les choses tourneraient si la Grande-Bretagne votait pour son départ. Maintenant, nous allons être confrontés à la dure réalité de la position de la Grande-Bretagne vis-à-vis de l'Europe.

La réaction des autres dirigeants européens à la décision britannique de quitter le navire sera composée d'un mélange de sidération, de colère et de ressentiment. L'idée que la Grande-Bretagne pourrait établir des relations amicales et propices à la coopération avec l'UE après l'avoir quittée est pure utopie. La réalité est qu'Angela Merkel et les autres dirigeants européens ne peuvent se permettre de faire la moindre faveur à la Grande-Bretagne, même s’ils en avaient envie – ce qui n'est certainement pas le cas.

Déjà, il y a de plus en plus de rapports indiquant une augmentation générale des sentiments eurosceptiques à travers tout le continent. D'après les sondages, l'opposition à l'UE est plus importante en France qu'en Grande-Bretagne. Marine Le Pen réclame un référendum et d'autres partis anti-UE vont faire de même. Cela pourrait mener au démantèlement de l'UE.

Par conséquent, si Bruxelles se montrait trop conciliant vis-à-vis de la Grande-Bretagne, cela en encouragerait d'autres à suivre son exemple. Cela est inenvisageable. La classe dirigeante britannique va bien vite se rendre compte de la situation désespérée dans laquelle elle se trouve, et c'est la classe ouvrière et les pauvres qui vont devoir payer la facture.

Les prévisions faites par les partisans du maintien, qui annonçaient une sévère crise économique, sont basées sur des faits. Une crise se prépare en Grande-Bretagne, et elle frappera durement la classe ouvrière.

D’un autre côté, les promesses infondées de Johnson et consorts, sur le fait que le pays pourrait « reprendre le contrôle » en quittant l'UE, seront bientôt mises à nu. Les négociations vont déterminer si le Royaume-Uni reste membre du marché commun sans être membre de l'UE, comme la Norvège actuellement. Mais cela voudra dire que la Grande-Bretagne devra accepter la liberté de circulation des travailleurs.

D'autres options sont possibles, parmi lesquelles un accord de libre-échange à la canadienne, un accord bilatéral à la suisse ou le retour aux règles fondamentales du commerce offertes grâce à l'appartenance à l'Organisation Mondiale du Commerce. Mais tous ces scénarios requerront des négociations longues et complexes, qui s'accompagneront d'une hausse du chômage et de la dégradation des conditions de vie.

Les partisans du Brexit ont déjà indiqué qu'ils s'attendent à une crise financière à court terme. Boris Johnson a essayé de dissiper les craintes de la population en déclarant que la livre sterling « fluctuait naturellement ». Malgré tout, les fluctuations actuelles sont clairement sur une pente descendante. Et le milliardaire spéculateur Georges Soros a averti que l'impact de cette crise serait plus important que celui du krach de 1992.

L'économie britannique va se contracter. Les investissements vont chuter en même temps que la livre et les prix de l'immobilier. Cela veut dire que les prix des produits importés vont augmenter, et avec eux tous les prix. En d'autres termes, la classe ouvrière de Grande-Bretagne a été trompée par les partisans du Brexit, comme elle aurait été trompée par les partisans du maintien. Dans tous les cas, la classe dirigeante lui aurait fait payer la crise de son système.

Conséquences pour l’Écosse

Le résultat de ce référendum est lourd de conséquences pour l’Écosse. Il creuse le fossé qui la sépare du reste du Royaume-Uni. L’Écosse a voté à 62 % pour le maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne, position partagée par l’ensemble des 32 conseils locaux. Selon les membres de la campagne « L’Écosse est plus forte en Europe », cette majorité pour le « Remain » est exceptionnelle.

En Écosse, ce résultat pose bien plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Dans son ensemble, le Royaume-Uni a choisi le Brexit, ce qui laisse entrevoir un départ de l’Écosse contre son gré. La secrétaire aux Affaires étrangères du gouvernement écossais, Fiona Hyslop, a ainsi déclaré que « toutes les options sont examinées » pour « protéger les intérêts de l’Écosse », et a averti qu’il y aurait des « suites » si le Royaume-Uni prenait une décision contre la volonté du peuple écossais.

Selon la Première ministre Nicola Sturgeon, l’Écosse a voté « fort et clair » pour rester dans l’Union Européenne, au sein de laquelle les Écossais « voient leur avenir ». Elle a déclaré que ce résultat entraînerait une mise à l’agenda d’un nouveau référendum pour l’indépendance de l’Écosse.

L’imprudent pari de Cameron menace donc une nouvelle fois le Royaume-Uni, qui pourrait bien voir la Grande-Bretagne se transformer en une Petite Angleterre.

Conséquences pour le parti Travailliste

Comme on pouvait s’y attendre, le vote pour le Brexit est utilisé par les Blairistes du parti Travailliste pour lancer une nouvelle campagne contre le dirigeant Jeremy Corbyn. Selon les députés blairistes, les efforts de Corbyn pour le maintien au sein de l’UE ont « manqué d’enthousiasme ». Pauvre Jeremy ! S’ils pouvaient, ils lui reprocheraient même le mauvais temps, déterminés qu’ils sont à se débarrasser de lui quoi qu’il fasse.

En guise de défense face aux accusations de « tiédeur » envers sa campagne, Corbyn a déclaré : « Nombreux sont ceux qui ne sont pas vraiment contents de l’Union Européenne. Ce que j’ai souligné, c’est qu’il y a de bonnes choses dans l’UE (les conditions de travail, les normes environnementales), mais également d’autres problèmes qui ne sont pas abordés correctement, notamment les inégalités économiques en Grande-Bretagne… J’ai donc dit que nous devrions voter pour le maintien, pour changer et réformer l’UE. »

À la différence du chef du parti Travailliste, les Blairistes de la droite du parti étaient de fervents défenseurs de l’Union Européenne capitaliste, en parfait accord sur ce point avec Cameron, Osborne et la City londonienne. Mais ils étaient et demeurent totalement déconnectés des électeurs du parti Travailliste.

Ces opportunistes bien nantis de la classe moyenne ne comprennent pas le ressentiment, la méfiance et même la haine que les travailleurs ordinaires vouent à l’establishment politique siégeant à Westminster, aile droite du parti Travailliste incluse. La plupart des travailleurs ne voient plus de réelle différence entre les députés blairistes et les Conservateurs. La campagne du référendum les a confortés dans cette opinion, bien fondée.

Politiquement, il est impossible de distinguer les Blairistes des « Cameronistes » du parti Conservateur. Ils viennent de la même classe sociale, jouissent du même style de vie privilégié, sont membres des mêmes clubs et ont exactement la même psychologie de classe. Ils ont fait campagne côte à côte avec Cameron et Osborne, des politiciens détestés par les travailleurs pour leur politique brutale de coupes et d’austérité, politique en grande majorité acceptée par l’aile droite du parti Travailliste.

Cette aile a déclaré la guerre à Jeremy Corbyn et ne s’arrêtera pas tant qu’il n’aura pas été démis de ses fonctions. La crise au sein du parti Conservateur, aggravée suite au référendum, plane sur les élections prochaines. L’aile droite du parti Travailliste va donc intensifier ses attaques brutales contre Jeremy Corbyn avant qu’elles n’aient lieu.

Instabilité politique

Une période d’instabilité politique est désormais inévitable. Des appels à de nouvelles élections générales se sont déjà fait entendre, afin de permettre aux députés des deux camps de présenter leurs plans pour la suite. Selon Jacob Rees-Mogg, député conservateur de base, des élections générales à l’automne ne seraient « pas impossibles ». D’autres semblent indiquer qu’elles se tiendraient plus probablement en mars ou juin 2017.

Depuis que Corbyn est à la tête du parti Travailliste, une féroce campagne médiatique, totalement soutenue par la faction parlementaire blairiste, l’a déclaré « inéligible ». Mais le véritable problème de la classe dirigeante se trouve à l’opposé du jeu politique : le gouvernement conservateur est profondément impopulaire et fragmenté, de la tête aux pieds. Le vote de jeudi était en réalité un référendum sur le gouvernement de Cameron, pas sur l’Union Européenne. Les résultats parlent d’eux-mêmes.

À court terme, Johnson, Gove et consorts vont certainement reprendre la tête du parti Conservateur et former un nouveau gouvernement. Ils poursuivront ensuite leurs attaques contre les travailleurs. On nous imposera toujours plus d’austérité, alors que de nombreuses personnes voient le vote Brexit comme une façon d’y mettre un terme. Elles encaisseront un choc et se sentiront trahies, ce qui provoquera un retour de flamme de leur part, et remettra la lutte des classes à l’ordre du jour, avec une intensité exceptionnelle.

Si des élections générales ont lieu dans ces conditions, il est probable que le parti Travailliste l’emporte. Cette perspective fait horreur à la classe dirigeante, qui mettra tout en œuvre pour s’y opposer. Grâce à leurs comparses parlementaires du parti Travailliste, ils remueront ciel et terre pour se débarrasser de Corbyn avant toute élection. S’ils échouent, il se peut que les Blairistes provoquent la scission du parti et rejoignent l’aile conservatrice proche de Cameron, bien qu’on ignore si le parti Conservateur restera lui-même uni.

Il serait grand temps que Momentum (l’aile gauche du parti Travailliste) ait une idée de son avenir, car il est nécessaire de relever le gant jeté par l’aile droite du parti Travailliste, et de lui renvoyer au visage. Il faut que Momentum commence à faire campagne pour le renvoi des parlementaires travaillistes qui dénigrent, attaquent et s’opposent constamment au chef du parti, provoquant la division et le discrédit du parti, et devenant ainsi complices des Conservateurs. C’est la seule voie qui permettra au parti Travailliste de se rénover et d’opposer une alternative crédible de gauche au gouvernement discrédité et réactionnaire des Conservateurs.

Ce qu'il ne faut pas faire

Un vieux proverbe dit, en substance : « celui qui chevauche un tigre aura des difficultés lorsqu'il devra en descendre ».

Pendant la campagne du référendum, nous avons assisté au développement d'un front uni, dont la voix dominante était celle de la réaction ouverte et éhontée. Le discours ouvertement raciste de Nigel Farage fut couvert d'un vernis de respectabilité par Gove et Johnson, eux-mêmes soutenus par certains politiciens du parti Travailliste. Ceux-ci reflétaient les courants les plus réactionnaires et rétrogrades, teintés d'un nationalisme hérité du stalinisme moribond.

À ces tendances, il faut ajouter un certain nombre de groupes de gauche, dont certains se prétendent marxistes, qui tentèrent de justifier leur soutien au Brexit par toutes sortes d'arguments étranges et de contorsions intellectuelles. Nous nous sentons autorisés à leur poser une simple question et à en attendre une réponse simple : en quoi le fait de soutenir la campagne pour le Brexit a-t-il fait progresser la conscience de classe des travailleurs britanniques ? Nous sommes impatients d'entendre la réponse, même si nous ne pensons pas un instant qu'une réponse concrète soit possible.

Certains ont essayé de répondre que la campagne pour le Brexit était dirigée contre l'establishment en général et contre le gouvernement Cameron en particulier. Il y a un peu de vrai dans cet argument, qui reste néanmoins un exemple frappant de ce type de sophisme utilisant une particule de vérité et ignorant la masse d'informations qui la contredise complètement.

Il est vrai que le gouvernement Cameron est haï par la classe ouvrière qui souhaite de tout son cœur l'attaquer, l’affaiblir et le renverser. C'est là un réflexe progressiste que nous soutenons pleinement. Néanmoins, il ne suffit pas de poser la question du renversement de Cameron. La question la plus importante est de savoir qui va le remplacer. C'est sur ce point que toute la fausseté et l'indigence des arguments des soi-disant soutiens de gauche du Brexit sont les plus clairement exposées.

Si Gove et Johnson prennent la tête du parti Conservateur, ils commenceront par intensifier les politiques d'austérité qui ont été mises en place par Cameron et Osborne. Ils ont déjà dit à demi-mot que l’austérité devait être maintenue, revenant ainsi sur les promesses qu'ils avaient faites pendant la campagne. Ce sont des partisans d'une politique économique libérale à la Thatcher. Ils augmenteront d'un cran la campagne de privatisation de biens publics, accéléreront les projets de privatisation du système de santé et tailleront encore plus dans les acquis sociaux.

Après l'assassinat de Jo Cox, certains de ces partisans de gauche du Brexit se sont empressés de protester qu'ils se dissociaient du racisme et de la xénophobie, et appelèrent à une campagne contre le racisme. Mais comment est-il possible de faire cela tout en continuant dans le même temps à participer à une campagne qui incitait à la xénophobie et au racisme ? C'est une version politique de la quadrature du cercle.

Bien sûr, nous ne nous faisons aucune illusion sur le rôle joué par les règlements de l'UE dans la défense des travailleurs britanniques. Mais il est parfaitement exact, comme Jeremy Corbyn l'avait correctement signalé, que l'aile droite des Conservateurs utiliserait immédiatement la rupture d'avec l'UE comme excuse pour s'attaquer à tout ce qu'ils considèrent comme des réglementations inutiles et désagréables, en commençant par les règles qui limitent la durée hebdomadaire du travail, fixent un salaire minimum, les retraites, les congés et tout ce qui s'en suit.

En quoi cela pourrait-il être interprété comme un mouvement vers la gauche reste un mystère pour tout le monde, à l'exception de ces « marxistes » pitoyables, qui ont rejoint de façon si enthousiaste la chorale réactionnaire du Brexit. Ils doivent maintenant assumer les conséquences de leurs actes.

Quelle devrait être l’attitude des marxistes ?

La réponse à cette question est vraiment très simple. Ce qui est progressiste est ce qui sert à élever le niveau de conscience de classe de la classe ouvrière. Ce qui est réactionnaire est ce qui tend à abaisser ce niveau de conscience. En quoi le soutien au Brexit élève-t-il la conscience de la classe ouvrière britannique ?

La nature réactionnaire de la campagne pour le Brexit était clairement exposée aux yeux de tous. Elle était basée presque entièrement sur la xénophobie, le sentiment anti-immigrant et avait des connotations racistes évidentes. Elle faisait appel non pas à la conscience de classe, mais se basait sur les sentiments les plus arriérés, rétrogrades et même réactionnaire des couches les plus arriérées de la classe ouvrière.

Céder aux caprices d’une telle campagne, la soutenir de quelconque manière, ne pouvait pas être présenté comme élevant la conscience de classe, mais plutôt comme une tentative opportuniste de s’attirer les bonnes grâces des couches les plus arriérées. Mais comme Trotsky l’a expliqué, la tentative de gagner aujourd’hui en popularité en nageant dans le courant est le plus sûr moyen de préparer un désastre pour demain.

Allons droit au but. Il s’agissait là d’une dispute entre deux segments rivaux de la classe dirigeante et du parti Conservateur. Il n’y a aucun atome de contenu progressiste d’un côté ou de l’autre. Et il n’y a rien qui dit que la classe ouvrière doit prendre parti à chaque division de la classe dirigeante, au contraire.

Il est vrai qu’il y avait de nombreux autres facteurs dans ce tournant massif en faveur du Brexit, qui incluait des portions significatives de la classe ouvrière. Il y a un sentiment d’aliénation puissant à l’égard de l’establishment et de ses représentants politiques, les Conservateurs et l’aile droite des Travaillistes. Il y a le profond sentiment, particulièrement dans des régions touchées par un chômage élevé et la pauvreté, « qu’ils ne nous représentent pas ».

Nombreux auront voté hier, pas tant sur la question de savoir si la Grande-Bretagne devrait rester ou pas dans l’UE, mais simplement pour protester contre le gouvernement conservateur et tout ce qu’il a fait. C’est un instinct complètement compréhensible, correct et progressiste. Cependant, même les instincts les plus progressistes de la classe ouvrière peuvent être abusés et utilisés à des fins réactionnaires.

Au XIXe siècle, Karl Marx s’est retrouvé dans une situation similaire quand il y eut une scission dans la classe dirigeante britannique sur la question du protectionnisme ou du libre-échange. Marx a étudié la question et en est venu à la conclusion que même si le principe de libre-échange est plus progressiste que le protectionnisme, il fallait néanmoins recommander aux travailleurs de s’abstenir plutôt que de soutenir l’un ou l’autre camp dans cette dispute.

Je répète ce que j’ai dit dans mon dernier article : « Il n’y a aucun atome de contenu progressiste ni dans la campagne pour le Brexit, ni dans celle pour rester dans l’UE. Ils défendent les intérêts de deux ailes de la classe dirigeante et du parti Conservateur. Et ils n’ont rien en commun avec la classe ouvrière. Nous n’avons rien à faire ni avec l’un ni avec l’autre. »

Les référendums, comme les élections, peuvent nous raconter une partie de l’histoire, mais seulement une partie. Ils sont comme une photographie qui révèle l’état d’esprit du public à un moment donné. Cependant, il est impossible de parvenir à un tableau complet du processus si nous ne le prenons pas dans son ensemble. Comme pour les vagues sur l’océan, nous n’en voyons que la surface. Pour comprendre la signification réelle de ce résultat, nous devons pénétrer sous la surface. C’est seulement en regardant derrière les chiffres qu’il est possible de discerner les courants profonds et puissants qui circulent dans les profondeurs de la société britannique.

Seule une position de classe indépendante aurait pu dissiper le brouillard de confusion, en expliquant que la cause réelle du chômage et des mauvaises conditions de logement était la crise du capitalisme et les tentatives des Conservateurs d’en faire porter le poids sur les épaules de la classe ouvrière et des couches les plus pauvres de la société.

Si Corbyn avait maintenu une position de principe d’opposition à l’UE, en expliquant clairement sa nature de classe, posant une alternative internationaliste et socialiste, il n’y aurait pas eu la confusion que nous avons vue parmi de larges couches de la population. À la place, toute la discussion a été réduite à la question futile de savoir si la classe ouvrière serait mieux dans ou hors de l’Union Européenne capitaliste.

Tout le problème a été posé de la mauvaise manière. En fait, il fait peu de différence pour la classe ouvrière que la Grande-Bretagne reste ou pas dans l’UE. Dans tous les cas, la classe capitaliste continuera d’attaquer les conditions de vie et les droits des travailleurs. L’alternative réelle est de mener une lutte vigoureuse contre les coupes budgétaires et l’austérité, pour la transformation socialiste de la société en Grande-Bretagne, en Europe et à l’échelle mondiale. Cela commence par la bataille pour vaincre l’aile droite blairiste dans le parti Travailliste, par renforcer Corbyn et obtenir un gouvernement travailliste de gauche élu pour accomplir tout ceci. C’est le seul espoir pour le futur.

Londres, le 24 juin 2016

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3 juillet 2016 7 03 /07 /juillet /2016 15:31

lundi 27 juin 2016

Par Bernard Teper
Co-animateur du Réseau Éducation Populaire (REP). Co-auteur de : Néolibéralisme et crise de la dette ; Contre les prédateurs de la santé ; Retraites, l'alternative cachée ; Laïcité: plus de liberté pour tous ; Penser la République sociale pour le 21e siècle ; Pour en finir avec le "trou de la Sécu", repenser la protection sociale du 21e siècle.

Accélération et clarification de l’histoire

L’histoire vient de montrer la justesse des deux articles du dernier numéro de ReSPUBLICA, l’article « A la une » et la chronique d’Evariste. Nous venons de vivre les 23 et 26 juin dernier deux suffrages populaires plein d’enseignement : le Brexit britannique et la continuation du recul du parti socialiste espagnol mais pas encore dépassé par l’alliance de gauche anti-austérité Podemos-Izquierda Unida.

Il va donc falloir intégrer plusieurs enseignements si l’on veut enfin construire une gauche de gauche sur les décombres de la gauche de la gauche.

La décomposition de la gauche de la gauche française a franchi un nouveau seuil

Le Parti communiste a mis la veille du vote du Brexit britannique à la Une de l’Huma la vidéo suivante https://www.youtube.com/watch?v=KxHiR5s5lDA où un journaliste proche de la direction du PCF développe l’idée que la sortie de l’Union Européenne « ferait monter les périls nationalistes en Europe » et que la solution serait de rester dans l’UE et la zone euro pour mener ultérieurement une politique progressiste anti-austérité. Il persiste dans l’illusion de l’UE sociale. Alors que l’UE, la zone euro et la stratégie de Lisbonne1 sont des carcans constitués pour empêcher toute politique progressiste anti-austérité. Conformément à l’analyse de la dernière chronique d’Evariste, c’est bien la classe populaire ouvrière et employée du Nord et du centre de l’Angleterre et du Pays de Galles qui a permit le Brexit contre les positions des trois leaders européistes, Cameron pour le parti conservateur, Jérémy Corbyn pour le parti travailliste et Nicola Sturgeon du Parti national écossais. Répéter c’est enseigner : il n’y aura plus jamais dans l’avenir de politique progressiste contre la classe populaire ouvrière et employée majoritaire en Grande-Bretagne ou en France. Une politique progressiste est possible sans la classe populaire ouvrière et employée dans les pays sous-développés mais plus dans les pays développés.

Là où la direction du PCF poursuit son erreur historique, c’est que « la montée des périls nationalistes », qui est bien réelle et très dangereuse pour les partisans de l’émancipation humaine, n’est pas due au Brexit mais est due à la conjonction (comme dans les années 30) des lois tendancielles du capitalisme et de l’incapacité de la gauche de la gauche d’être à la hauteur des enjeux (coupure avec la majorité ouvrière et employée, soutien majoritaire à un communautarisme exacerbé, illusion sur la possibilité de l’UE sociale, croyance que l’on peut ne pas tenir compte de toutes les lois tendancielles du capitalisme, faible empathie pour son propre camp, croyance que l’on peut garder le capitalisme sans la finance, etc. Et comme aujourd’hui, le capitalisme n’est plus en mesure de maintenir des taux de profits élevés dans l’économie réelle mais ne peut les maintenir que dans la spéculation financière internationale, il ne peut plus y avoir de politique progressiste dans le capitalisme. Même si c’est éloigné des positions de TF1, France 2, BFM et Itélé, chaque événement nouveau nous donne des arguments nouveaux pour cette thèse. Comprenons que la poussée des extrêmes droites est comme dans les années 30, l’alternative néolibérale possible pour le patronat si l’alternance sans alternative des partis socialistes et de droite ne réussit plus à faire de plus en plus d’austérité. Répéter, c’est enseigner : aujourd’hui, le capitalisme ne peut plus survivre sans l’intensification toujours plus brutale des politiques d’austérité. Et c’est le rôle de l’Union européenne, de la zone euro et de la stratégie de Lisbonne de permettre cette intensification. Et c’est le rôle de l’oligarchie capitaliste (le grand patronat et ses élites politiques, économiques et médiatiques) de décider s’il doit continuer la tactique actuelle où s’il lui faudra changer de tactique. Car il est vrai que dans la période longue qui s’avance, comme dans les années 30, c’est bien une course de vitesse entre une gauche refondée et la future alliance néolibérale d’une partie de la droite et de toute l’extrême droite qui est la bataille de demain.

Plutôt que de geindre sur le Brexit et des sorties de droite et d’extrême droite de l’Union européenne, il nous faut préparer (et pas pour demain matin à 8h 30 comme on le lit et l’entend trop souvent à gauche, y compris dans la bouche de certaines « stars » de la gauche de la gauche ) le moment où une crise paroxystique du capitalisme (on ne sait pas quand elle arrivera mais nous savons qu’elle arrivera car c’est une des lois tendancielles du capitalisme) mettra à l’ordre du jour possible le déclenchement du processus de République sociale qui passera par une sortie de gauche de l’Union européenne, de la zone euro et de la stratégie de Lisbonne. N’oublions jamais que le non de gauche du 29 mai 2005 (31,3 % des votants) fut supérieur au non de droite et d’extrême droite, au oui de gauche et au oui de droite. Si nous arrivons à rompre avec l’hégémonie néolibérale, nous avons de larges atouts basés sur le nombre.

Sur un autre dossier, l’épisode du référendum sur l’aéroport de Notre-Dame des Landes a entraîné Cécile Duflot sur France Inter lundi matin à tenir des propos très dangereux et irresponsables. Elle conteste le référendum perdu car, dit-elle, « le référendum aurait du être un référendum du Grand Ouest et pas seulement de la Loire-Atlantique ». Pourtant, toutes les études montrent que le non à l’aéroport n’existe que dans les quelques dizaines de petites communes directement impactées par les travaux et que, quand on s’éloigne de cet épicentre, le oui l’emporte. Et donc un référendum sur le Grand Ouest aurait sans doute donné un score plus fort pour le oui. Plus généralement, ses propos n’ont pas été clairs sur le rôle de la démocratie. Ce qui a permis à Patrick Cohen de lui répondre qu’elle n’acceptait que les votes qui vont dans son sens ! A cela, elle a été incapable d’une réponse satisfaisante.

Disons-le tout net, pour nous cet aéroport est une construction inutile mais le résultat du référendum montre que la stratégie des écologistes, des écosocialistes et des zadistes de se cantonner à des actions locales et de ne pas pratiquer l’éducation populaire refondée sur le territoire national est une stratégie perdante. Répéter, c’est enseigner : sans bataille et victoire pour l’hégémonie culturelle dans la nation, pas d’avancée sur le chemin de l’émancipation.

D’autant que le peuple se tirerait une balle dans le pied s’il n’était pas le plus grand défenseur de la démocratie. Les partisans d’un projet Laïcité et République sociale ne peuvent que promouvoir le plaidoyer pour la démocratie. Pas le gouvernement représentatif anti-démocratique de Sieyès qui est appliqué aujourd’hui mais la démocratie selon Condorcet et ses quatre conditions. Nous renvoyons le lecteur au livre « Penser la République sociale pour le XXIe siècle » qu’il pourra trouver sur notre site à l’adresse http://www.gaucherepublicaine.org/librairie

Les partis socialistes néolibéraux sont dans une crise profonde qui les pousse vers la marginalisation politique vis-à-vis du peuple

Là encore, répéter c’est enseigner : on ne peut construire une politique progressiste quand de plus en plus, les couches populaires ouvrières et employées (53 % de la population française) et les couches moyennes intermédiaires salariées (24 % de la population française) se détournent des partis socialistes ou assimilés. Pour le Pasok grec, la marginalisation est déjà opérée. Ailleurs, il gouverne avec la droite (comme en Allemagne par exemple) voire l’extrême droite (comme en Autriche dans une région). En Italie, le sémillant « playboy » moderniste Renzi et son Parti démocrate (issu du parti communiste italien) a subi une défaite historique aux dernières municipales où sa politique a permis à l’extrême droite de prendre de grandes villes (Rome, Turin, etc.). En Grande-Bretagne, l’équilibriste Corbyn pourtant élu à la tête du parti travailliste britannique par la gauche populaire et les jeunes, qui fut un espoir pour la gauche, a tout gâché en s’associant à la City et à la droite néolibérale en faisant campagne contre le Brexit. L’électorat populaire du parti travailliste britannique qui a pourtant assuré son élection à la tête du parti, n’a pas suivi ses consignes et a voté pour le Brexit. En Espagne par contre, l’élection de dimanche dernier a vu un nouveau recul historique du parti socialiste espagnol mais il reste le deuxième parti espagnol. Le dépassement par Podemos-IU du vieux parti socialiste n’a pas eu lieu, même si la marge se resserre entre les deux partis. Une fois de plus, nous voyons que l’histoire avance à son rythme et non à celui des impatiences minoritaires. La bataille sera donc plus longue que prévu.

Les partis de la droite néolibérale française devant un dilemme

Le dilemme est le suivant : comment intensifier les politiques d’austérité et rester majoritaire ? Soit s’allier momentanément avec les socialistes en déroute, soit s’allier avec l’extrême droite ! Juppé qui aujourd’hui semble le mieux rassembler les droites veut refaire 2002 avec le soutien des socialistes en déroute comme dans les régionales Paca et Hauts de France. Les trois autres candidats (Sarkozy, Le Maire, Fillon) ont pour l’instant plus de mal pour rassembler les droites (Bayrou a annoncé que dans ce cas, il serait candidat) car leurs projets visent à se rapprocher de l’extrême droite.

Et alors nos tâches !

Nos tâches sont de trois ordres.
1/ D’abord, soutenir et rassembler les salariés et les citoyens contre la loi El Khomri autour du mouvement syndical revendicatif, seul rassemblement populaire majoritaire contre l’austérité et la loi Travail. Sans le développement de cette lutte, rien n’est possible. Le gouvernement Hollande-Valls est placé devant un dilemme : organiser le retrait du projet dit El Khomri, ce qui ne semble pas le choix du président de la République, ou passer en force contre le peuple et être sûr de perdre la prochaine présidentielle comme le néolibéral Lionel Jospin et peut-être pire s’il n’obtient que la 4e place au premier tour.

2/ Puis, élargir à gauche pour la présidentielle autour du rassemblement JLM 2017, seul rassemblement politique de gauche anti-El Khomri et anti-austérité. D’autant qu’il vient de préciser qu’il serait le candidat de « la sortie des traités ».

3/ Enfin, poursuivre et amplifier notre travail de refondation de l’éducation populaire. Pour ce faire, notre travail d’analyse, notre travail sur les discours, nos interventions doivent se faire en toute autonomie par rapport aux organisations du mouvement social et politique sans exception aucune et donc y compris avec ceux que nous soutenons. C’est une nécessité pour que l’on puisse garder l’arme de la critique et la critique des armes.
Notre journal et plus de 350 interventions par an via le Réseau Education Populaire nous permettent d’être un acteur de cette refondation et un acteur de la bataille pour l’hégémonie culturelle. Que ce soit sur l’économie, le social, l’écologie, la laïcité, les services publics, l’école, la démocratie, la protection sociale, l’alternative anticapitaliste « République sociale », le féminisme, les grands auteurs, la stratégie, etc., nous continuerons à maintenir la radicalité nécessaire à l’émergence d’un processus d’évolution révolutionnaire, le sens du rassemblement, du débat démocratique, l’empathie indispensable dans notre camp (sans doute le plus difficile pour certains), et surtout la stratégie des partenariats que nous avons ouverts avec des universités populaires, des universités, des MJC, des structures de formation à l’éducation populaire, des mutuelles, des structures associatives, syndicales et politiques.

  1. A ne pas confondre avec le traité du même nom, la stratégie de Lisbonne comporte les lignes directrices intégrées -LDI- et les plans nationaux de réforme -PNR- à remettre tous les ans. []

http://www.gaucherepublicaine.org/respublica/europe-comment-trouver-la-sortie-de-secours-sur-la-gauche/7398204

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3 juillet 2016 7 03 /07 /juillet /2016 12:46

Le 1er juillet 2016.

Macron doit déclencher un contrôle fiscal du groupe Lafarge

C’est le 22 juin 2016 que le journal Le Monde a révélé que « les ciments Lafarge ont travaillé avec l’État islamique » et qu’il a lui « versé des taxes sur le pétrole et les matières premières ».

Le 23 juin 2016, dans un communiqué de presse, Jacques Nikonoff, candidat à l'élection présidentielle au nom du Rassemblement pour la démondialisation, demandait aux pouvoirs publics de réagir.

À ce jour, aucun actionnaire de Lafarge n’a vendu ses actions, aucun cadre dirigeant, aucun membre du Conseil d’administration n’a démissionné pour dénoncer cette collaboration. Tous, par leur inertie, cautionnent la collaboration de l’entreprise avec l’organisation criminelle Daech.

Monsieur Macron, ministre de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique, doit sortir de son silence

Jacques Nikonoff, ce jour, vient de lui adresser un courrier pour lui demander :

  • de déclencher un contrôle fiscal du groupe Lafarge afin de vérifier les affirmations du journal Le Monde concernant des paiements illégaux à l’organisation criminelle Daech
  • de faire vérifier par ses services si le groupe Lafarge ne tombe pas sous le coup des mesures de gel prises par l’Union européenne dans le cadre de la lutte contre le financement du terrorisme ;
  • si le groupe Lafarge ne contrevient pas aux mesures nationales de gel prises dans le cadre de la lutte contre le financement du terrorisme sur le fondement de l’article L. 562-1 du Code monétaire et financier ;
  • si le groupe Lafarge respecte la loi n° 2006-64 du 23 janvier 2006 relative à la lutte contre le terrorisme.


Citoyens, signez l’appel ci-dessous à la ntionalisation-sanction du groupe Lafarge :
http://www.nikonoff2017.fr/qui-est-jacques-nikonoff/communiques/258-appel-pour-une-nationalisation-sanction-de-lafarge

Citoyens, participez à la campagne de Jacques Nikonoff pour l’élection présidentielle !
http://www.nikonoff2017.fr/

26 juin 2016 7 26 /06 /juin /2016 16:01

Indépendance nationale,
Souveraineté nationale,


retour à l' autonomie de TOUS les pays de l' Euro-tyrannie des multinationales et banquiers capitalistes !

 

Une majorité (près de 51,89 %) des Anglais a donc voté en faveur de la sortie de cette saloperie, du machin, du nouveau Reich capitaliste, malgré toutes les pressions des gouvernants, du monde des affaires, la propaganda des médias, ... Sale coup pour l' UE et le monde capitaliste qui éclatent de toutes parts. Les temps vont devenir encore plus durs pour le Monde des affaires et des banques, car ce n' est qu' un premier pas: d' autres pays européens risquent de suivre... Nous sommes tous des Grecs, ...

Je le dis depuis toujours: comme tous les autres empires, le machin ne peut tenir et finira par éclater, tant les intérêts capitalistes sont différents, s' affrontent, selon leurs propres lois de la libre concurrence et du marché libre, ...

C' est fait, les peuples vont encore trinquer un peu plus, car les capitalistes vont de nouveau tout faire pour reporter sur les peuples le prix de leur PREMIÈRE défaite. Ils nous ont mis dans le pétrin, depuis près de 70 ans, suivant les recommandations et les ordres de Washington, ...

C' est un moment historique d' extrême importance: il suffit de voir leur g..... et les cours de bourse sur toutes les télés du Monde entier pour le comprendre,...

Cette Europe est antisociale, technocratique, bureaucratique, anti-démocratique, elle n' intègre pas les peuples, elle les dissout,... Voulue par les patrons, faite par les patrons et leurs collabos, elle sert les intérêts des patrons, des banques, des gros spéculateurs et fraudeurs, Elle est entre les mains de la droite ultra, des sociaux-démocrates et nous (aura) conduit de plus en plus à l' extrême droite, au fascisme, à des pouvoirs autoritaires et racistes, aux nouvelles guerres impérialistes et de pillages colonialistes, ...

L' Europe, le ricanisme, l' Otan, c' est ce qui aura déjà amené finalement TSIPRAS à trahir son propre peuple, le peuple travailleur et de gauche, en Grèce, ...

 

Écrit par Roger Romain, a/conseiller communal, B6180 Courcelles

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