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Dimanche 5 juillet 2009
L’affaire Transvilles

Malik Louadoudi (Délégué CGT Transvilles) : « Le syndicat CGT et les salariés de Transvilles en veulent à tous les représentants politiques de deux communes, et particulièrement aux représentants du Parti Communiste et du Parti Socialiste. Ceux-ci prétendent défendre le service public sur le plan national. Mais dès que ça concerne leur commune ou leur mairie, ils partent tout de suite de l’autre côté, ils abondent dans le sens de leurs camarades de la droite – en l’occurrence, M. Decourrière –, et laissent tomber les salariés et les usagers ».

Roger Piskorek (CGT Transvilles) : « Aujourd’hui, on s’est rendu à la mairie de Saint-Amand pour y remettre le “4 pages” du Parti Communiste [sur les Européennes] que tous les salariés ont reçu dans leur boite aux lettres.[…] Sur le service public, ce tract explique bien ceci : “Nous voulons une Europe reconnaissant les services publics comme un secteur spécifique ne pouvant être soumis aux règles de la concurrence”. Alors aujourd’hui, on ne comprend pas que ces hommes politiques de gauche soient tout à fait d’accord pour nous vendre au privé. »

*

Le sujet est malheureusement banal : à Valenciennes, dans le Nord, des travailleurs des transports publics sont en lutte depuis plusieurs mois contre le passage d’une gestion publique à une gestion privée de la société Transvilles, chargée du transport urbain. Ces travailleurs et leur section CGT s’inquiètent des conséquences de ce changement sur leurs acquis sociaux, leurs conditions de travail et la qualité du service public. C’est à juste titre qu’ils font la différence entre une régie publique de gestion et une entreprise capitaliste.

Ce qui n’est pas banal, c’est que leur colère est en partie dirigée contre des élus PCF. Ceux-ci siègent au Syndicat intercommunal des transports urbains de Valenciennes (SITURV), qui a la charge d’organiser les transports publics, dans la ville et ses environs. La CGT Transvilles leur reproche d’avoir appuyé le passage du public au privé. Le conseil d’administration de Transvilles est composé de douze membres, dont huit sont des élus locaux issus du SITURV. Sur ces huit élus, il y a quatre communistes et un socialiste. Or, c’est à l’unanimité que la décision de confier la gestion de Transvilles au secteur privé a été prise, en séance, le 20 janvier dernier !

Des salariés et leur section CGT se retrouvent donc en lutte contre des élus du parti communiste. Comment en est-on arrivé là ?

Transvilles, qui bénéficie d’une délégation de service public, est une société d’économie mixte détenue à 80% par le SITURV – c’est-à-dire les collectivités locales – et à 20% par des capitaux privés. A partir du 1er janvier 2010, le SITURV a décidé de se défaire de la gestion de Transvilles en la confiant à 100% au secteur privé. L’objectif déclaré est de faire des économies.

Depuis un an, maintenant, les militants CGT de Transvilles s’alarment des conséquences prévisibles de ce passage au privé : suppressions de lignes, diminution des dessertes, suppressions d’emplois, remise en cause des acquis sociaux, etc. Ils demandent des comptes aux élus PCF qui siègent au SITURV et qui ont soutenu ce projet. Les élus PCF concernés se défendent en expliquant qu’il s’agit d’une formalité sans conséquences. Ils affirment que les 506 salariés de Transvilles ont obtenu des garanties sur leurs conditions de travail et leurs acquis. Les travailleurs concernés n’en sont visiblement pas convaincus : le 20 janvier et le 11 mai derniers, 90% d’entre eux étaient en grève. A plusieurs reprises, ils ont cherché à obtenir des explications de la part de ces élus PCF. Ils les ont interpellés sur la contradiction flagrante entre le discours officiel du parti, qui appelle à défendre les services publics, et la politique réelle qu’il mène, au niveau local, dans le cas de Transvilles.

Les réponses qu’ils ont obtenues sont pour le moins surprenantes. Le vice-président du SITURV, Eric Renaud, est élu PCF à la mairie de Saint-Amand, dont le maire est Alain Bocquet, par ailleurs député communiste à l’Assemblée nationale. Eric Renaud a soutenu et orchestré le passage de Transvilles à une gestion privée. Il assure que cela ne changera rien. Mais dans ce cas, pourquoi le faire ? Cité par le journal La voix du Nord, le 25 février dernier, Eric Renaud déclare, pour se justifier : « Je suis d’accord pour dire qu’un service public de transport est naturellement déficitaire, mais il y a des limites à tout. » Mais alors, c’est bien que quelque chose va changer ! Dans quel sens ? C’est simple : la gestion des transports urbains a un coût, nous explique Eric Renaud. Pour alléger ce coût, le SITURV fait appel à des capitaux privés. Ce faisant, le SITURV livre au privé ce marc hé juteux – en affirmant cependant avoir obtenu des « garanties » en termes de qualité de service, de conditions de travail et de salaires. Mais en la matière, la parole des capitalistes ne vaut rien !

En vérité, les capitalistes n’investissent pas pour le plaisir. Ils investissent pour, en retour, dégager des profits. Comment les capitalistes réaliseront-ils ces profits ? On le sait parfaitement, d’expérience. Les capitalistes remettront en cause la fréquence des dessertes ; ils fermeront des lignes ; ils s’attaqueront aux conditions de travail des salariés et à leurs acquis sociaux. A quel rythme et dans quel ordre mèneront-ils cette offensive ? Nous ne le savons pas. Mais on sait parfaitement qu’ils chercheront à diminuer tous les coûts au détriment des salariés et des usagers. C’est une évidence solidement appuyée par l’expérience. On s’étonne de devoir le rappeler à des élus communistes.

La Riposte apporte tout son soutien aux travailleurs de Transvilles en lutte, dont les revendications sont absolument légitimes. Ils ont raison de craindre pour la qualité du service public et leurs acquis sociaux. Tôt ou tard, ils se heurteront à la soif de profit des capitalistes. Les « garanties » que les capitalistes ont données ne les engagent à rien : elles sont simplement destinées à faire passer la pilule. Encore une fois, ils n’ont pas injecté des millions d’euros dans Transvilles pour le plaisir : ils voudront en retirer un maximum de profits, le plus rapidement possible.

A l’instar de la CGT Transvilles, nous considérons que des élus communistes ne doivent pas cautionner la privatisation d’un service public, même sous la forme d’une délégation de service public. Tous les militants communistes, et a fortiori les élus, doivent s’opposer de façon inconditionnelle à toute forme de privatisation. Le moindre recul, dans ce domaine, porte un coup sévère à l’autorité et à la crédibilité du PCF auprès des jeunes et des travailleurs. Le PCF a déjà payé très cher les privatisations massives du gouvernement Jospin, dont certaines étaient directement pilotées par le ministre « communiste » des Transports, Jean-Claude Gayssot. Manifestement, certains élus communistes n’ont toujours pas compris la leçon !

Il faut mettre un terme, au plus vite, à cette situation inacceptable. La lutte des travailleurs de Transvilles n’est pas terminée. Tous les communistes doivent la soutenir, aux côtés des militants CGT. Dans le Valenciennois, de nombreux militants PCF ont fait part de leur colère et de leur solidarité avec les salariés de Transvilles. Nous appelons tous les militants du PCF, dans tous les départements, à manifester leur solidarité avec les travailleurs de Transvilles et leur section CGT.

Solidarité avec les salariés et la CGT Transvilles !

Pour une opposition résolue des élus PCF à toute forme de privatisation !


Publié par La Riposte

Par La Riposte - Publié dans : Syndicalisme
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Dimanche 5 juillet 2009

Source : "Collectif syndical de classe" 

samedi 27 juin 2009, par Comité Valmy


Voir en ligne : MANIFESTE POUR UN SYNDICALISME DE LUTTE DE CLASSE ET DE MASSE

Le « Front Syndical de Classe » c’est quoi ?

Des militants de la CGT et de la FSU qui, dans le souci de l’indépendance syndicale vis-à-vis du patronat et dans le respect de chaque organisation syndicale, sont à l’initiative d’un collectif unitaire, sur la base du Manifeste pour un syndicalisme de lutte de classe et de masse , destiné à unir les initiatives de défense du syndicalisme de luttes de classe et de masse et à aider les syndiqués à se réapproprier l’outil syndical.

 


Ce week-end, le « Front Syndical de Classe » se transforme en association. Vous lirez, ci-dessous, un extrait du projet de statuts :

Préambule

Depuis sa naissance en 1957, l’Union Européenne capitaliste a multiplié la mise en place de structures permettant de piloter une construction supranationale toute entière dédiée au service des grands groupes capitalistes, de la casse des acquis sociaux et des souverainetés populaires.

L’un de ses principales structures est la Confédération Européenne des Syndicats, crée en 1973 avec l’appui du syndicalisme européen de collaboration de classe (CISL en particulier, fondée par Washington) et en France de la CFTC, de la CFDT et de FO. Financée par l’UE, la CES a pour mission d’accompagner « syndicalement » la construction européenne, dont le coeur est « l’économie de marché », par la collaboration capital/travail (le dialogue entre « partenaires sociaux »).

La particularité française est que son mouvement ouvrier, enseignant et étudiant s’est largement construit, depuis ses origines, à partir d’une conception anti-capitaliste : depuis la fin du 19ème siècle, les principes affirmant la nécessité de la fin de l’exploitation de l’homme par l’homme et de la socialisation des moyens de production et d’échange sont des références non seulement historiques mais aussi gagnantes, permettant d’arracher par la lutte (1936, 45-46, 68) tous les acquis de ce que les puissants appellent avec mépris « l’exception française ». Mais, tout au long du 20ème siècle, la confrontation constante entre courant révolutionnaire et réformiste amènera 3 scissions majeures dans le mouvement syndical français appuyées par le grand patronat et les puissances capitalistes : 1921, 1938-39, 1947-48.

Aujourd’hui, le combat entre ces deux courants traverse les organisations syndicales dont l’histoire est liée au combat de classe et plus généralement, aux luttes pour la république, la laïcité, la paix et la démocratie. Ce n’est pas un combat nouveau, il devra être gagné comme les précédents.

En ce qui concerne la CGT, alors que nombre de militants et d’organisations CGT se battent sur des positions de classes, la direction confédérale, reniant le riche héritage de « la grande dame », a peu à peu dérivé vers une conception de moins en moins combative de l’engagement syndical qui désoriente et affaiblit les travailleurs. Quittant la FSM dont elle était fondatrice en 1945, elle a adhéré à la CES en 2000, où elle occupe aujourd’hui des responsabilités majeures, puis à la CSI (fusion de la CISL et de la CMT vaticane) en 2006. Pour cela, elle n’a cessé de donner des gages de sa conversion à l’économie de marché et elle a adopté la ligne du « syndicalisme rassemblé » qui débouche sur la CFDTisation de la Confédération tant sur la ligne (le capitalisme est incontournable) que sur l’organisation (syndicalisme de sommet avec en particulier la centralisation des finances "cogetise" qui permet de mettre au pas les structures de base et qui met en péril la démocratie syndicale) et les modes d’action (refus du « tous ensemble », priorité à l’unité d’action au sommet sur des mots d’ordre compatibles avec les intérêts du patronat, journées d’action dispersées et sans suite...) .

Ce glissement réformiste, sensible aussi à la FSU ou dans le syndicalisme étudiant (UNEF...) explique que depuis 25 ans, non seulement le peuple dans sa dimension la plus large n’a obtenu aucun acquis significatif mais que les reculs succèdent aux reculs : casse des salaires, de l’emploi, des services publics (Éducation de la Maternelle à l’Université, Santé, Transports, Energie, Poste, Telecom...), de la protection sociale (Sécu, retraites...), du droit et de la durée du travail, du logement populaire, de la petite production indépendante, mépris de la souveraineté populaire...

Le « grand bond en arrière » qui en résulte se heurte cependant à un niveau élevé de combativité populaire, en France mais pas seulement, et se traduit par un vaste affrontement de classe et des conflits à répétition depuis 1995. Mais, dans un contexte d’offensive généralisée du gouvernement, du MEDEF et de l’UE contre l’ensemble des acquis sociaux et démocratiques des travailleurs, dans un contexte de crise capitaliste au nom de laquelle le pouvoir prétend accélérer encore sa politique anti-populaire, les travailleurs sont désormais à la croisée des chemins et le risque est plus que jamais pour chaque secteur ou entreprise de perdre séparément en plongeant pour longtemps dans l’enfer de l’exploitation sans limite.

C’est pourquoi, en juin 2008, des militants de la CGT et de la FSU ont lancé une « Lettre ouverte aux Etats-majors syndicaux », signée depuis par plus de 4000 travailleurs, enseignants, étudiants... Cette Lettre ouverte appelait à tout faire pour contribuer à « construire démocratiquement et d’urgence une action « tous ensemble et en même temps » pour gagner et ré-ouvrir enfin des perspectives progressistes » et exhortait les « directions syndicales nationales à cesser « d’accompagner » la rupture afin de reprendre le seul chemin gagnant : faire le lien entre toutes les contre-réformes, travailler concrètement à préparer avec les salariés les conditions de l’affrontement de classe victorieux avec ce pouvoir destructeur, construire l’unité dans l’action des travailleurs et de la jeunesse ».

Depuis, l’accélération des politiques anti-sociales, la confirmation de la compromission des directions syndicales mais aussi le développement des contacts entre militants de classe, ont rendu encore plus impérieuse la nécessité d’agir et de se structurer. C’est pourquoi ces mêmes militants initiateurs de la « Lettre ouverte aux Etats-majors Syndicaux » rejoints par de nombreux autres ont décidé de fonder l’association « Front Syndical de Classe ».

Courriel : collectif.syndical.classe@wanadoo.fr

Par Comité Valmy - Publié dans : Syndicalisme
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Dimanche 5 juillet 2009
Bonjour,
 
J'étais au die-in contre la peine de mort le 2 juillet. Le témoignage de Joaquim, détenu qui a été innocenté et a quitté le couloir de la mort de Floride il y a 8 ans, fut un moment fort, et redonne des ailes pour le combat vers l'abolition !!
 
Alors je déploie à nouveau mes ailes et reprend le combat que j'avais mis un peu en veilleuse, ou que je menais depuis quelque temps plus en solitaire.
Je relaie à nouveau les infos et surtout les actions !!
Si certains n'ont pas signé la pétition pour Troy Davis, la voici ci-dessous. Je crois que c'est sur la bonne voie pour lui, en partie grâce à la pression internationale. Mais il ne faut pas lâcher maintenant !  
Abolitionnistement votre
 
Fabienne
 
ps : merci de diffuser la pétition si vous le pouvez, notamment aux membres des groupes AI si vous en faites partie. 
 
 
merci de signer la dernière petition si ce n'est déjà fait et de faire suivre
 

Chers amis,
Vous avez signé récemment la pétition adressée au nouveau procureur de district du comté de Chattham, Larry Chisolm et nous vous en remercions vivement.


Nous avons le plaisir de vous partager les dernières nouvelles le concernant :
La Cour Suprême des Etats-Unis a fait savoir hier qu'elle reportait à septembre sa décision concernant le fait d'examiner ou non l'appel de Troy Davis.

Si, juridiquement, ce report n'équivaut pas à un sursis à exécution (ce recours n'est pas suspensif), le procureur de district, qui a le pouvoir de fixer une date d'exécution, a, à l'annonce du report, répété sa position depuis le début, à savoir qu'il ne se prononcerait pas sur l'affaire tant que le recours de Troy Davis ne serait pas épuisé.
Il signifie ainsi qu'il n'ordonnera pas une nouvelle date d'exécution avant la décision de la Cour Suprême.

Dans tous les cas, le risque réel de l'exécution de Troy Davis dès la mi-juillet est écarté.

D'ores et déjà, 60 000 pétitions ont été remises le 29 juin par Amnesty International et la NCAAP (National Association for the Advancement of Coloured People, très importante organisation américaine pour les droits des personnes de couleur) au procureur de district, Larry Chisholm.
En France, la pétition en ligne a recueilli à ce jour plus de 16000 signatures.

Troy Davis nous a répété hier à quel point il souhaiterait pouvoir remercier chacun des soutiens qu'il a en France, et nous a demandé expressément de vous le faire savoir.


Merci de continuer à SIGNER LA PETITION et à inciter vivement vos amis à le faire : il faut maintenir la pression !

Encore une fois, merci de votre soutien indispensable

Par FC - Publié dans : Appels
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Vendredi 3 juillet 2009

Cher Vincent,

 

Dans ton dernier courrier, tu me faisais part de tes « réserves » (le mot est faible) quant à la politique menée par le PCF au cours des dernières années, pour ne pas dire des dernières décennies. Comme beaucoup de mes amis et camarades, la plupart issus de familles communistes de la première heure, tu ne te reconnais plus dans cette politique, et de moins en moins dans ce qu’est devenu le parti, sans pour autant faire partie de ceux que l’on pourrait désigner comme les « nostalgiques ». C’est, je crois, que le désarroi que beaucoup de communistes ressentent aujourd’hui a des causes plus profondes qu’un simple changement de ligne politique. Il s’agit en fait des fondements mêmes du mouvement communiste, c’est-à-dire des valeurs fondamentales qui ne sont plus publiquement affirmées et défendues. Dès lors, à partir du moment où la « lutte des classes » ou encore le « marxisme historique » lui-même semblent être bannis des outils conceptuels et des discours, autour de quoi les communistes se rassembleraient-ils ? Les déclarations de bonnes intentions et la « compassion » (!) envers les plus démunis de nos concitoyens ne suffisent certainement pas, car ce sont des discours et attitudes politiques qui sont repris par à peu près tous les partis. Pire, les atermoiements de dirigeants politiques et syndicaux tendent à faire penser que, au mieux, ils ont choisi de désamorcer certains mouvements populaires. Comme tu me le disais récemment, leur discours semblent se résumer à « Il est urgent d’attendre ». Tous les deux nous sommes convaincus du contraire : il est urgent d’agir. Et je peux te dire que c’est un sentiment très largement majoritaire dans ce qu’on appelle la base, dont je suis. Il suffit pour s’en rendre compte de discuter non seulement avec les camarades, mais avec tous ceux qui se retrouvent régulièrement dans la rue, et plus encore avec tous ceux qui doivent affronter chaque jour sur leurs lieux de travail les coups de boutoirs de l’ultra-libéralisme. Car un autre sentiment largement répandu est la défiance grandissante envers les dirigeants des partis (y compris le PCF) et des syndicats (y compris la CGT).

 

Début 2006, après le congrès du PCF et avant l’élection présidentielle Sarkozy-Royal, j’écrivais ces lignes en conclusion d’un petit fascicule, Une République à reconstruire[1] :

 

La gauche française est aujourd'hui à un tournant historique. De sa capacité à se réorganiser dépendront pour une grande part dans les décennies à venir les orientations majeures de notre société.

Le PCF a là une chance à saisir et une responsabilité à assumer, mais sa marge de manœuvre est des plus étroites. D'autant que ce rôle central du PCF au sein de la gauche ne saurait reposer que sur un projet de société crédible et rassembleur, et que sur ce plan-là à peine avons-nous eu droit à quelques balbutiements...

Les Français ont plus que jamais besoin de croire en l’avenir, de croire en des possibles. Ce qui se traduit sur le plan politique par l’urgente nécessité de leur proposer non pas un énième plan de gestion de « la crise » générée par le libéralisme mais, enfin, un projet de société qui puisse servir de support à leurs aspirations légitimes.

 

Le Congrès du PCF s’est achevé. Loin de s’affirmer comme une force politique capable de structurer la gauche non libérale, le PCF se positionne dans le « suivisme » électoral[2], allant même jusqu’à qualifier sa prochaine candidature aux présidentielles comme « une candidature de témoignage »… N’est-ce pas là l’aveu de l’absence d’une ligne politique claire basée sur un projet de société concret et bien étayé ? Le « rassemblement » attendu risque bien de se transformer en un « ramassis » peu crédible d’idées éparses… Comme le dit si bien Pierre Blotin : « Pas d’action politique efficace sans volontarisme »[3]  Ce que je compléterais par : pas de volontarisme sans projet clairement établi.

 

Si d’ici les présidentielles, puis les législatives, le PCF maintient cette position, peut-être y gagnera-t-il quelques sièges de députés, mais il est à craindre qu’il porte la responsabilité historique de l’enterrement de la gauche en France. Car il ne fait aucun doute que sans le rôle moteur que le PCF pourrait jouer à gauche, le schéma politique calqué sur le modèle libéral, essentiellement celui des États-Unis, serait entériné en France. Après 2007, nous aurions alors un paysage politique à l’américaine, avec une vraie droite ultra-libérale et un centre qui passerait pour « plus progressiste », le PCF et l’extrême gauche étant réduits à la portion congrue. Les seuls contre-pouvoirs populaires ne seraient plus politiques mais s’exprimeraient, comme aux États-Unis, dans des regroupements d’opinions, écologiques, alter-mondialistes ou autres.

 

En somme, le PCF semble en proie à sa « maladie infantile ». Et une maladie infantile sur un vieux corps a une ampleur parfois mortelle. Mais d’ici 2007, peut-être y aura-t-il un sursaut de conscience…

 

Aujourd’hui, après que les dirigeants du PCF se sont continuellement fourvoyés depuis trois ans en se lançant dans des alliances désastreuses et politiquement contre-productives (à l’exception de l’alliance Front de Gauche des dernières élections), en refusant d’affirmer plus haut et plus fort que jamais les valeurs qui ont fait la force du mouvement communiste (au point que l’on a même vu des élections où le terme « communiste » était proscrit par le PCF !), et surtout devant l’incapacité de ces mêmes dirigeants de tirer les leçons des échecs répétés et de se remettre en question, que pourrais-je te dire ? Les dernières élections européennes ont hélas confirmé l’analyse que je faisais il y a trois ans et nous avons : « …  un paysage politique à l’américaine, avec une vraie droite ultra-libérale et un centre qui [passe] pour « plus progressiste », le PCF et l’extrême gauche étant réduits à la portion congrue. »

La « surprise » créée par les écologistes ne change rien de fondamental à cette analyse, puisque Cohn-Bendit s’inscrit clairement dans le projet libéral européen, qu’il revendique et défend. Le « centre » dont je parlais n’est pas constitué uniquement par le PS de 2006, mais aussi désormais par le mouvement écologiste qui, tout comme le PS, n’est pas « la droite de la gauche » mais bien « la gauche de la droite »…

Ce qu’il faut voir dans ces élections c’est que, qu’il s’agisse de l’UMP (parti politique) ou des écologistes (mouvement d’opinion), les électeurs ont voté pour ceux qui affirment et défendent des systèmes de valeurs. Ce que le PCF ne fait plus depuis longtemps, hormis dans des réunions internes aux ambiances crépusculaires. Je n’ai pas vu au cours de ces dernières années s’affirmer un «  projet de société crédible et rassembleur » susceptible de soutenir une « action politique efficace ». Je n’ai vu que des atermoiements, des louvoiements, du suivisme électoral (avec çà et là des alliances contre nature, avec le Modem par exemple), et surtout un flou artistique largement répandu sur les valeurs fondamentales du communisme. Et pour couronner le tout, des luttes internes pour des petits pouvoirs de parti qui finissent par être jetées en pâture sur la voie publique : par exemple, l’expulsion récente de communistes du 14e par la direction locale du PCF, ou l’expulsion de sans-papiers de la Bourse du Travail par la CGT (je précise qu’il ne s’agit pas là de savoir qui a tort ou raison, mais simplement de donner des illustrations d’erreurs politiques déplorables).

Car ce qui se passe dans le PCF est malheureusement et inévitablement relayé dans les instances syndicales. Et aujourd’hui où sur le terrain les nécessités et les urgences des luttes se font de plus en plus pressantes et nécessaires, certains dirigeants ont oublié un des principes majeurs de l’action politique et syndicale (et qu’on ne vienne pas me dire que ce n’est pas la même chose, surtout à l’heure actuelle) : avant tout, écouter la base, ceux qui sont sur le terrain, confrontés au jour le jour à la réalité désastreuse de l’ultra-libéralisme en marche. Trop souvent désormais, les « instructions » émanant de ces instances laissent les militants de terrain perplexes, voire désorientés, au point que trop souvent les actions sur le terrain doivent être décidées contre l’avis des « instances »…

A l’heure actuelle, deux conceptions s’opposent à gauche, c’est-à-dire deux projets de société : soit on accepte le capitalisme (libéralisme ou ultra-libéralisme) comme une réalité inéluctable, auquel cas la seule attitude réaliste est de composer pour en atténuer les effets (et on est alors dans une perspective sociale-démocrate qui n’ose pas dire son nom) ; soit on continue d’affirmer que d’autres projets de société sont possibles et que le capitalisme n’a rien de « naturel » (mais alors on ne peut faire l’économie ni de la construction d’un projet crédible, ni de l’affirmation sans ambiguïté des valeurs défendues). Et c’est bien ce qui divise actuellement certains syndicats, division dont les effets sur les travailleurs sont ravageurs.

Je suis allé voir le site de tes amis, qui ont pour objectif de reconstruire un PCF. L’entreprise est louable, mais je te dirai sans ambages que je pense la démarche vouée à l’échec. On ne reconstruira rien à l’identique.

Souvent au cours des discussions que j’ai pu avoir avec des camarades, il m’a été objecté que l’on ne pouvait compter « sur l’homme providentiel ». Ni sur la femme providentielle d’ailleurs, car Marie-George Buffet, quelles que soient ses qualités, ne saurait jouer ce rôle. Pourtant je persiste à penser que la seule et sans doute dernière chance pour le mouvement communiste, qui garde malgré tout une capacité d’influence non négligeable même si elle ne se traduit pas dans les urnes, est de s’affirmer clairement en tant que tel, et de rassembler autour des valeurs qui lui sont propres. Mais comme je le disais en 2006, rassembler ce n’est pas constituer un ramassis de volontés plus ou moins bonnes.

Rassembler, c’est avant tout construire.

Et je suis convaincu que ce rassemblement n’aura de chance de se produire, au moins au départ et étant donné l'état actuel du PCF, qu’autour d’une personnalité forte, et non pas autour d’instances de plus en plus perçues comme « politiquement correctes », c’est-à-dire intégrées à la farce électorale. Un des leitmotiv de la rue est « Tu votes, tu votes pas, c’est pareil ». Ce qui traduit à la fois la défiance des électeurs vis-à-vis de représentants qui finissent trop souvent par les trahir pour des raisons de politiques de partis, mais aussi une impuissance désespérante à pouvoir changer les choses.

Comme je l’écrivais en 2006, toujours dans le même petit opuscule, Une République à reconstruire :

 

… le problème a des causes multiples, et on ne saurait l'aborder en ne prenant qu'un seul bout de la lorgnette. Vouloir résoudre ce problème en ne considérant que les dimensions socio-économiques est voué à l'échec, si dans le même temps on ne propose pas un véritable projet de société[4]. Dire que la conscience sociale et politique dépend des conditions d'existence serait nier les enseignements de l'Histoire. Les conditions de vie étaient bien plus difficiles à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, lorsque les grands mouvements ouvriers se sont constitués pour répondre aux effets de la « Révolution industrielle ». En fait, la dépolitisation dans les banlieues va de pair avec la déresponsabilisation.

 

Le problème ne sera résolu ni seulement « par le bas », ni seulement « par le haut ».

Il ne servirait à rien par exemple de vouloir responsabiliser en développant une conscience citoyenne et politique si par ailleurs les élus n'accomplissent pas les tâches pour lesquelles ils ont été mandatés. Non plus si on ne propose pas un projet de société d'envergure nationale et européenne, un projet qui ne soit ni l'asservissement à des logiques commerciales (comme la Constitution européenne que l'on nous a présentée), ni un repliement nationaliste frileux et mortifère, ou encore l’application dogmatique de théories politiques obsolètes. Ce projet pourrait se baser sur les valeurs qui ont fondé notre République, valeurs qui ont été perverties au cours des dernières décennies par la grande majorité de notre classe politique.

Il ne servirait à rien non plus de vouloir responsabiliser sans s'attaquer aux conditions socio-économiques. Certes, je l'ai dit, ces conditions ne sont pas à elles seules la solution au problème, mais elles en sont l'un des facteurs. On ne saurait bâtir sa maison sur des sables mouvants...

On ne résoudra rien si on ne s'attaque pas à l'ensemble des causes. Toutes les institutions de la République sont concernées :

-  les institutions politiques et syndicales qui ne jouent plus depuis longtemps leur rôle de courroies de transmission ;

-  les institutions économiques qui ne jouent plus leur rôle régulateur face aux appétits insatiables des actionnaires ;

-  les institutions sociales qui se contentent de colmater les brèches ;

-  les institutions judiciaires qui tantôt oublient que le premier rôle des lois est de protéger la population, tantôt renforcent les inégalités ;

-  l'enseignement stérilisé par une machinerie administrative étouffante quand ce n'est pas par des considérations socio-psychologisantes ;

-  les institutions sanitaires soumises à la loi du profit, etc.

 

Mais une fois encore, ces réformes générales et en profondeur ne peuvent s'intégrer que dans un projet de société qui soit crédible, c'est-à-dire basé sur des valeurs partagées par tous et établi pour le bien de tous.

La tâche est immense : tout est à reconstruire... 

 

En résumé, cher Vincent, je répèterai ceci : 

Pas d’action politique efficace sans volontarisme, pas de volontarisme sans projet clairement établi.

Non seulement nous en sommes loin, mais nous nous en éloignons encore…

Pour ma part je continue à œuvrer sur le terrain, dans les luttes quotidiennes et à mon modeste niveau. En espérant que l’on finira par écouter à nouveau la base…

 

Amitié,

 

Michel Straußeisen

3 juillet 2009

 


[1] Michel Strausseisen, Une République à reconstruire, 2006

[2] Suivisme consistant en quelque sorte à accompagner des dynamiques sociales latentes, « censées se construire et se nourrir d’elles-mêmes » - Pierre Blotin, Communisme français : l’heure de vérité, 2006

[3] Pierre Blotin, opus cité

[4] Bernard Giusti, « Un nouveau projet social », Vendémiaire n°15, octobre 2004

Cet article est aussi publié sur :
E-torpedo :
http://e-torpedo.net
La Faute à Diderot : http://lafauteadiderot.net/

Par MS - Publié dans : Articles politiques
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Jeudi 2 juillet 2009


Nous publions ci-dessous le communiqué appelant à un rassemblement, ce soir, à Paris, contre le coup d’Etat au Honduras.

Mobilisation Solidarité Honduras


Rendez-vous jeudi 2 juillet de 18h30 à 20h Fontaine Saint Michel (Paris)
La mobilisation continue !
Non a la barbarie des forces militaires honduriennes !
Non aux heures sombres de la dictature !

Dimanche dernier au Honduras s’est produit un coup d’état contre la démocratie. Le Président constitutionnel, Manuel ZELAYA, a été séquestré et expulsé de force par l’armée. Une oligarchie des plus réactionnaires s’est installée depuis au pouvoir, personnifiée par Roberto Micheletti, ancien militaire et puissant homme d’affaires.

Le Peuple, qui s’était soulevé pacifiquement depuis l’enlèvement de son président élu, est réprimé de plus en plus violemment par la police et les militaires. Mais la répression se fait aussi sentir par la censure de la presse nationale et internationale et par l’installation de la terreur dans la population à travers des couvre-feux et des coupures systématiques de l’électricité, de l’eau potable et des télécommunications.

Nous ne pouvons nous résoudre au retour en Amérique Latine de dictatures militaires déguisées en démocratie, qui tentent d’empêcher les réformes nécessaires au progrès de cette région.

Nous devons tous nous mobiliser pour réaffirmer notre solidarité avec le peuple hondurien qui attend le retour sur le territoire de son président légitime. Nous demandons au gouvernement français de faire partie de la délégation internationale qui accompagnera le président ZELAYA afin d’assurer sa restitution effective et inconditionnelle.

Ici, en France, nous appelons toutes les associations de solidarité internationale, les partis politiques, les syndicats et mouvements citoyens à se mobiliser et faire entendre leur voix :

Jeudi 2 juillet de 18h30 à 20h00

Place de la Fontaine St Michel (M° St Michel, ligne 4)

Signataires :

* Argentin@s en el exterior
* Association des Ex-Prisonniers Politiques Chiliens en France
* Association de Femmes Uruguayennes Lourdes Pinto - AMULP
* Association France Amérique Latine
* Association Nuestra America en Marcha
* Association Raices Cubanas
* Association Simon Bolivar (Rennes)
* ATTAC-France
* Carta Abierta Francia
* Casa de Santa Fe - Paris
* Cercle Bolivarien de Paris
* Civimed Initiatives
* Collectif des gaullistes de gauche
* Collectif Manos Limpias
* Collectif des Péruviens en France
* Collectif Paraguay
* Collectif de soutien à l’Alba (Grenoble)
* Colores Latino Americanos (Lille)
* Comité Apoyo International du Parti Nationaliste Péruvien
* Comité d’Information sur l’Amérique Latine de Nanterre
* Comité Pérou
* Communistes du Pérou en France
* Conseil Pro Bolivia
* Coordination des Associations de Cubains résidents en France
* Coordination Populaire Colombienne à Paris
* Coordination de Solidarité avec Cuba
* Cuba Si France (Bretagne et Lorraine)
* Donde estan
* Europe Solidaire Sans Frontières
* FASE - Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique
* France Cuba
* HIJOS - Paris
* La Plume
* Le Parti de Gauche
* Les Alternatifs
* Les Verts
* MJCF 94 - Mouvement des Jeunes Communistes du Val de Marne
* Mouvement de la Jeunesse Communiste
* Mouvement de la Paix
* MRAP - Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les peuples
* Mémoire des Luttes
* NPA - Nouveau Parti Anticapitaliste
* Parti Communiste Français
* Parti Humaniste
* Parti Socialiste Français
* Racines Cubaines
* Radio Latinos
* SICSAL - Service International Chrétien de Solidarité avec l’Amérique Latine
* Tribunal International d’Opinion (cas de sud bolivar)
* Union des Associations Latinoaméricaines en France
* UNIPOMA. Université Populaire Mariátegui
* Union syndicale Solidaires

 

Publication La Riposte jeudi 2 juillet 2009
Par La Riposte - Publié dans : Appels
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