Recommander

Jeudi 19 novembre 2009

( Editorial La Riposte - Vendémiaire du 23/10/09 )

   Dans l’éditorial de référence, le ou les rédacteurs analysent fort judicieusement, à mon sens, le positionnement stratégique actuel du PCF, notamment sa conception des alliances électorales, conception qui reflète évidemment une idéologie politique désormais assez nette. En particulier, le paragraphe 5 du texte rappelle la nécessité absolue pour un parti communiste de mener un combat inlassable auprès des travailleurs pour les idées du socialisme (on aurait pu ajouter «  et les conditions révolutionnaires de sa réalisation). Je souscrit donc à l’orientation générale de l’article.

   Cependant, quelques passages, relatifs à la conception des alliances, méritent, selon moi, quelques précisions, notamment dans la perspectives des élections régionales prochaines. Il n’y a, évidemment, aucune ambiguïté quant aux compromissions possibles avec le MODEM. Il n’en est pas de même quant aux rapports électoraux PCF-PS. Certes, le rédacteur condamne fermement toute liste commune  dès le premier tour. Mais quid du second tour? La fusion entre les deux types de listes pour telle ou telle région serait envisageable dès lors que dans ces régions les programmes seraient suffisamment anticapitalistes ou, plus modestement, progressistes. A condition, toutefois, que le PCF «  présente et défende un programme communiste »: je vois dans cette préconisation une source de confusion politique démobilisatrice pour une partie de l’électorat de gauche qui risque  alors d’en rendre responsable ce parti. Ou on s’allie ou on ne s’allie pas! Question de bon sens…Mais au-delà de ces considérations circonstancielles et géographiquement limitées, il y a une autre dimension à prendre en compte, celle- la plus décisive. Quelque soient les situations locales (régionales), il est évident que la signification politique du scrutin sera nationale. Il y a fort à parier que d’ici le mois de mars 2010 le PS n’aura pas modifié fondamentalement sa ligne néo- libérale, malgré quelques bonnes paroles pré-électorales ou prestations de façade du genre de celles pratiquées actuellement lors de la tenue des «  ateliers » organisés par le PCF ou le Front de Gauche. Dans ces conditions, tout succès des listes à dominante PS, qu’elles soient d’union ou soutenues, sera un gage donné à cette orientation en impasse (du point de vue du progrès social), même si , au nom du « moindre mal », des listes ouvertement de droite auront été battues. Mais où se situe le « moindre mal »? Préparer l’opinion progressiste à de nouvelles désillusions n’est-il pas un mal »absolu »? Et ce ne sont pas quelques sièges d’élus communistes qui y changeront, au contraire me semble- t’il. Il serait temps que le PCF se débarrasse de cette maladie que Marx et Engels, dans leur  « Lettre circulaire à Bebel et al. » en 1879, concernant la social-démocratie allemande, avait qualifié de « crétinisme parlementaire ».Quelques élus en moins, certes; mais la lutte de classe y perdra- t’elle, si les objectifs révolutionnaires fondamentaux sont repris en main?

   Autre sujet de réflexion: les paragraphes finaux concernant le Front de Gauche. L’article décline avec justesse certains traits de ce fameux front et les ambitions politiques d’un Mélanchon notamment. Mais je crois que la démonstration aurait été encore plus convaincante si cette organisation avait été définie pour ce qu’elle est en fait: une tentative délibérée de la part de la direction du PCF de liquidation du parti en temps qu’outil souverain et révolutionnaire dans un conglomérat destiné, à terme, à servir de caution de gauche à la social-démocratie. Au- delà des spécificités historiques et nationales, au fond, l’opération « Front de gauche » est l’équivalent de celle baptisée « Die Linke » en Allemagne et qui aboutit à la liquidation de fait du Parti Communiste Allemand. Mélanchon, c’est le copié-collé d’ Oskar Lafontaine Qu’on réfléchisse aussi à la situation italienne…Une telle analyse est volontiers brocardée, au nom du « modernisme » (la société a changé, etc…etc…), et qualifiée de repli sectaire, dogmatique, alors qu’elle repose sur la conviction que seul un immense effort de bataille idéologique en direction des plus larges couches de salariés pour gagner leur conscience aux changements révolutionnaires.

  Vincent Ferrier
Par vincent Ferrier - Publié dans : Articles politiques
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 16 novembre 2009

 

L’année 2009 est riche en anniversaires historiques : l’assassinat de Rosa Luxembourg et de Karl Liebknecht, la création de l’Internationale Communiste et la Commune des Asturies. Aucun de ces anniversaires n’a trouvé d’écho dans la presse capitaliste. Mais il y a un qu’ils n’oublient pas : le 9 novembre 1989, la frontière séparant l’Allemagne de l’Ouest et l’Allemagne de l’Est était ouverte.

La chute du mur de Berlin est entrée dans l’histoire officielle comme le symbole de la fin du « Communisme ». Au cours des vingt dernières années, on a assisté à une offensive idéologique sans précédent contre les idées du marxisme, à l’échelle mondiale. La preuve était faite que le communisme, le socialisme et le marxisme étaient morts. Il n’y a pas si longtemps, certains parlaient même de la « fin de l’Histoire ».

Et pourtant, la roue de l’Histoire a tourné. A présent, l’idée que le capitalisme est le seul système possible est sérieusement remise en question. Vingt ans à peine après l’effondrement du Stalinisme, le capitalisme traverse sa plus grave crise depuis la Grande Dépression des années 30. Des millions de personnes sont menacées par le chômage, la pauvreté et « l’austérité ».

Dans ce contexte, la campagne anticommuniste s’intensifie. La raison en est évidente. La crise mondiale du capitalisme génère une remise en cause générale de l’« économie de marché ». Il y a un intérêt croissant pour les idées du marxisme, ce qui inquiète les capitalistes. L’actuelle campagne contre le « communisme » est un reflet de cette peur.


Caricature de socialisme

Ce qui a échoué en Russie et en Europe de l’Est n’était pas le communisme ou le socialisme tel que le comprenaient Marx et Lénine, mais une caricature bureaucratique et totalitaire de socialisme. Lénine expliquait que le mouvement vers le socialisme exige le contrôle de l’industrie, de la société et de l’Etat par la classe ouvrière. Le véritable socialisme n’est pas compatible avec le pouvoir d’une élite bureaucratique privilégiée – laquelle génère inévitablement de la corruption, du népotisme, du gaspillage et du chaos, dans des proportions colossales.

Les économies nationalisées et planifiées, en URSS et en Europe de l’Est, ont permis de grands accomplissements dans les domaines de l’industrie, de la science, de la santé et de l’éducation. Mais comme Trotski l’avait anticipé dès 1936, le régime bureaucratique a fini par miner l’économie planifiée, préparant le terrain à son effondrement et à la restauration du capitalisme.

Dans les années 80, l’URSS avait davantage de scientifiques que les Etats-Unis, le Japon, la Grande-Bretagne et l’Allemagne réunis. Pourtant, l’URSS ne parvenait pas aux mêmes résultats que ces pays. Dans les domaines vitaux de la productivité et du niveau de vie, l’URSS était à la traîne. La raison principale était l’énorme fardeau de la bureaucratie qui pesait sur l’économie soviétique – ces millions d’officiels corrompus qui gouvernaient l’URSS sans le moindre contrôle par la classe ouvrière.

La dictature suffocante de la bureaucratie a fini par provoquer une chute sévère du taux de croissance de l’économie soviétique. Par ailleurs, les très fortes dépenses dans l’armement et dans le contrôle de l’Europe de l’Est pesaient lourdement sur l’économie.

L’arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev, en 1985, marqua un tournant majeur dans la situation. Gorbatchev représentait l’aile de la bureaucratie soviétique qui voulait réformer d’en haut dans le but de sauver l’ensemble du régime. Cependant, la situation ne cessait de se détériorer. La crise était inévitable, et elle a eu un effet immédiat sur l’Europe de l’Est, où la crise du Stalinisme était exacerbée par la question nationale.


Fermentation en Europe de l’Est

En 1989, une vague de révolte passa d’une capitale à l’autre et balaya les régimes staliniens, un par un. En Roumanie, Ceausescu était renversé par un soulèvement populaire et fusillé. La crise de l’URSS était un facteur clé dans la victoire de ces soulèvements. Par le passé, Moscou avait envoyé l’Armée Rouge pour écraser des soulèvements en Allemagne de l’Est (1953), en Hongrie (1956) et en Tchécoslovaquie (1968). Mais Gorbatchev comprenait que cette option n’était plus possible.

Les grèves de masse du début des années 80, en Pologne, étaient une première expression de l’impasse du régime. Si ce magnifique mouvement avait été dirigé par des marxistes, il aurait pu ouvrir la voie à une révolution politique, non seulement en Pologne, mais dans toute l’Europe de l’Est. Cependant, en l’absence d’une telle direction, le mouvement a été détourné par des éléments contre-révolutionnaires tels que Lech Walesa, dirigeant du syndicat Solidarnosc (Solidarité).

Dans un premier temps, les Staliniens polonais tentèrent de réprimer le mouvement. En vain. Solidarnosc a dû être légalisé et autorisé à participer aux élections parlementaires du 4 juin 1989. Il s’ensuivit un séisme politique. Solidarnosc remporta tous les sièges qu’il était autorisé à briguer. Cela eut un énorme impact sur les pays voisins.

En Hongrie, le régime avait tenté de prendre les devants. En 1988, Janos Kadar avait été démis de son poste de Secrétaire Général du Parti Communiste, et le régime avait adopté un « paquet démocratique », y compris des élections. La Tchécoslovaquie fut très rapidement affectée, elle aussi, et le 20 novembre 1989, un demi-million de personnes manifestaient contre le régime, à Prague. Une grève générale de deux heures fut organisée, le 27 novembre.

Ces événements spectaculaires marquaient un tournant majeur dans l’histoire. Pendant près d’un demi-siècle, les Staliniens avaient dirigé l’Europe de l’Est d’une main de fer. Il s’agissait de monstrueux Etats monopartistes appuyés par de puissants appareils répressifs : l’armée, la police, la police secrète et des « informateurs » dans chaque immeuble, école et usine. Il semblait que des soulèvements populaires étaient condamnés à se briser contre ces Etats totalitaires et leurs polices secrètes. Mais au moment de vérité, ces régimes apparemment invincibles se révélèrent des géants aux pieds d’argile.


L’Allemagne de l’Est

La République Démocratique d’Allemagne (RDA) était le plus avancé de tous les pays d’Europe de l’Est, sur les plans technologique et industriel. Le niveau de vie y était élevé – bien qu’inférieur à celui de l’Allemagne de l’Ouest. Il y avait le plein emploi, et tout le monde avait accès à un logement bon marché. L’éducation et la santé étaient gratuites et de qualité.

Cependant, les sources de mécontentement ne manquaient pas : l’Etat totalitaire et sa police secrète omniprésente (la fameuse Stasi), son armée d’« informateurs », la corruption et les privilèges de ses officiels, etc. Avant la construction du Mur de Berlin, en 1961, environ 2,5 millions d’Allemands de l’Est avaient émigré en Allemagne de l’Ouest – dont un grand nombre via la frontière entre Berlin Est et Ouest. Le Mur de Berlin était destiné à stopper cette hémorragie.

Le Mur et les autres fortifications, le long des 1380 kilomètres de frontière entre l’Est et l’Ouest de l’Allemagne, parvinrent à enrayer l’exode. Cela a sans doute permis de stimuler la croissance économique de la RDA. Mais cela a plongé de nombreuses familles divisées dans la détresse. Et c’était un cadeau pour les propagandistes de l’Ouest, qui dénoncèrent le Mur comme un nouvel exemple de la « tyrannie communiste ».

A la fin des années 80, la situation en RDA était explosive. Le vieux Stalinien Erich Honecker était implacablement opposé aux réformes. Son régime a même interdit la circulation de publications « subversives » en provenance d’URSS. Les 6 et 7 octobre 1989, Gorbatchev fit une visite officielle en Allemagne de l’Est, à l’occasion du 40e anniversaire de la RDA. Il fit pression sur la direction du régime pour qu’elle s’engage sur la voie des réformes. Il aurait notamment déclaré : « Wer zu spät kommt, den bestraft das Leben » (La vie punit celui qui arrive en retard).

A ce stade, le peuple d’Allemagne de l’Est était dans un état de rébellion ouverte. Les mouvements d’opposition poussaient comme des champignons – dont Neues Forum (Nouveau Forum), Demokratischer Aufbruch (Réveil Democratique) et Demokratie Jetzt (Démocratie Maintenant). Le mouvement d’opposition le plus large fut créé à travers l’église protestante Saint-Nicolas, à Leipzig, où tous les lundis, après le service, les gens se réunissaient à l’extérieur pour demander des changements en RDA. Cependant, ces mouvements étaient confus et politiquement naïfs.

Particulièrement forte à Leipzig, la vague de protestation déferlait sur toutes les villes du pays. Des centaines de milliers de personnes participaient aux manifestations. La crise du régime provoqua la destitution d’Erich Honecker et la démission de l’ensemble du conseil des ministres. Sous la pression du mouvement de masse, le nouveau dirigeant du Parti, Egon Krenz, organisa des élections démocratiques. Mais les réformes proposées par le régime étaient trop modestes et trop tardives.

Les dirigeants « communistes » songèrent un moment à recourir à la répression, mais ils changèrent d’avis (notamment sous la pression de Gorbatchev). Les événements échappaient à tout contrôle. Les jours suivants, la situation était anarchique : les magasins ouvraient à toute heure, les passeports de la RDA servaient de carte d’accès aux transports publics, etc. Comme l’a rapporté un observateur de l’époque : « il y avait beaucoup plus d’exceptions que de règles, ces jours-là. » Le pouvoir était dans la rue, mais il n’y avait personne pour s’en saisir.

Confronté à une révolte de masse, cet Etat apparemment tout-puissant s’effondra comme un château de cartes. Le 9 novembre 1989, après plusieurs semaines de mobilisations massives, le gouvernement annonça que les citoyens de la RDA pouvaient entrer en Allemagne de l’Ouest. Ce fut le signal pour une nouvelle éruption des masses. Spontanément, une immense foule d’Allemands de l’Est passa de l’autre côté du Mur.


Contre-révolution

Le Mur de Berlin était un symbole et un point focal de tout ce que le peuple détestait, en RDA. La démolition du Mur commença assez spontanément. Au cours des premières semaines, il était dépecé par morceaux. Plus tard, des machines industrielles furent utilisées pour l’abattre presque complètement. Il régnait une ambiance de célébration, une véritable euphorie qui faisait davantage penser à un carnaval qu’à une révolution. Mais c’est vrai de toute révolution à ses débuts, y compris la grande révolution de 1789.

En novembre 1989, la population de la RDA était submergée par ses émotions – par un sentiment de libération et d’exaltation. C’était comme si toute une nation était en état d’ébriété, et donc ouverte aux suggestions et impulsions soudaines. Le renversement du vieux régime se révélait beaucoup plus facile que se l’étaient imaginé ceux qui avaient osé y songer. Mais une fois renversé, que fallait-il mettre à sa place ? Les masses qui avaient renversé le vieux régime savaient très bien ce qu’elles ne voulaient pas, mais n’avaient pas d’idées très claires sur ce qu’elles voulaient. Et personne ne leur montrait la voie.

Toutes les conditions d’une révolution politique étaient réunies. La grande majorité de la population ne voulait pas la restauration du capitalisme. Elle voulait le socialisme, mais avec des droits démocratiques, sans la Stasi, sans les bureaucrates corrompus et sans un Etat dictatorial et monopartiste. S’il avait existé une authentique direction marxiste, ces événements auraient pu déboucher sur une révolution politique et l’établissement d’une authentique démocratie ouvrière.

Cependant, la chute du Mur de Berlin n’a pas débouché sur une révolution politique. Elle a débouché, à l’inverse, sur une contre-révolution – sous la forme de l’unification avec l’Allemagne de l’Ouest. Cette revendication n’occupait pas une position dominante, au début du mouvement. Mais en l’absence d’un programme clair et d’une direction adéquate, le mot d’ordre de réunification est graduellement monté en puissance, jusqu’à devenir central.

La plupart des dirigeants de l’opposition n’avaient pas de programme, de politique et de perspectives clairs – mis à part une vague aspiration à des droits civiques et à la démocratie. Or, tout comme la nature, la politique a horreur du vide. L’Allemagne capitaliste de l’Ouest a joué un rôle déterminant pour combler ce vide.

Le Chancelier d’Allemagne de l’Ouest Helmut Kohl était un représentant agressif de l’impérialisme. Il a eu recours à la corruption la plus éhontée pour convaincre le peuple d’Allemagne de l’Est d’accepter la réunification. Il leur a offert d’échanger leurs Ostmarks contre des Deutschemarks sur une base de 1 pour 1. Mais ce que Kohl a omis de leur dire, c’est que l’unification ne signifierait pas que les Allemands de l’Est allaient avoir le même niveau de vie qu’à l’Ouest.

En juillet 1990, le dernier obstacle à l’unification de l’Allemagne fut levé lorsque Gorbatchev renonça à ses objections à ce processus – contre une aide économique substantielle de l’Allemagne à l’URSS. La réunification fut formellement scellée le 3 octobre 1990.


Les masses trompées

Les travailleurs de la RDA ont été trompés. On ne leur avait pas dit que le retour à l’économie de marché signifierait le chômage de masse, les fermetures d’entreprises, la destruction d’une grande partie des bases industrielles de la RDA, une forte inflation, la démoralisation d’une section de la jeunesse. On ne leur avait pas dit qu’ils seraient considérés comme des citoyens de seconde classe, dans leur propre pays. On ne leur avait pas dit tout cela, mais ils en ont fait l’amère expérience.

La réunification a précipité un effondrement catastrophique du PIB de l’Allemagne de l’Est : -15,6 % en 1990, puis - 22,7 % en 1991. Des millions d’emplois ont été détruits. De nombreuses entreprises d’Allemagne de l’Est ont été achetées par des capitalistes de l’Ouest, puis fermées. A partir de 1992, il y a eu quatre ans de reprise économique, puis une période de stagnation. Vingt ans après la réunification, le chômage est toujours deux fois plus important qu’à l’Ouest, et les salaires nettement plus faibles.

En RDA, il n’y avait pratiquement pas de chômage. Or, entre 1989 et 1992, quelque 3,3 millions d’emplois ont été supprimés. Le PIB de l’Allemagne de l’Est s’établit à peine au-dessus de son niveau de 1989, et le taux d’emploi se situe à 60 % de son niveau de la même année. Aujourd’hui, le taux de chômage officiel, pour toute l’Allemagne, est de 8 %, mais il est de 12,3 % en Allemagne de l’Est. En fait, certaines sources officieuses l’estiment à 20 %.

Les femmes, qui avaient conquis un haut degré d’égalité en RDA, comme dans les autres pays d’Europe de l’Est, ont été particulièrement frappées. Selon les statistiques officielles, 15 % d’entre elles sont au chômage, contre 10 % chez les hommes.

Entre 1991 et 1995, le PIB par habitant de l’Allemagne de l’Est est passé de 49 % à 66 % de celui de l’Allemagne de l’Ouest. Mais depuis, l’écart a cessé de se réduire. La croissance économique n’a pas créé d’emplois. En conséquence, l’Allemagne de l’Est se vide de ses habitants. Depuis la réunification, 1,4 million de personnes sont parties à l’Ouest, dont beaucoup de jeunes diplômés. Ajouté à une baisse sérieuse de la natalité, ce phénomène a provoqué un déclin de la population d’Allemagne de l’Est – et ce chaque année depuis la réunification.

Suprême ironie de l’histoire, vingt ans après la réunification, les gens quittent l’Est non pour fuir la Stasi, mais le chômage. Bien sûr, quelques-uns s’en sont bien sortis. Comme le rapporte un journaliste de la BBC, « de grandes maisons bourgeoises, qui jusqu’en 1989 étaient encore marquées par les balles de la seconde guerre mondiales, ont été restaurées dans leur vieille gloire ». Mais pour la masse de la population, l’avenir est sombre.


Le retour du marxisme

Hans-Juergen Schneider, un ingénieur de 49 ans, est sans emplois depuis janvier 2004. Il a répondu à 286 annonces – sans succès. « L’économie de marché ne peut pas résoudre nos problèmes », dit-il. « Les grosses entreprises prennent tous les profits sans assumer la moindre responsabilité ». Il n’est pas seul à penser ainsi. D’après un sondage publié par Der Spiegel, 73 % des Allemands de l’Est pensent que la critique marxiste du capitalisme est toujours valide.

D’après un autre sondage, publié en octobre 2008 dans Super Illus, 52 % des Allemands de l’Est pensent que l’économie de marché est « en déroute ». 43 % se disent favorables à un système économique socialiste, car « cela protège les plus faibles des crises financières et d’autres injustices. » 55 % des sondés rejettent les « plans de sauvetage » des banques par l’Etat.

En 2008, plus de 1500 exemplaires du Capital de Marx ont été vendus par les éditions Karl-Dietz-Verlag. C’est trois fois plus qu’en 2007, et beaucoup plus encore qu’au début des années 90. Joern Schuetrumpf, qui dirige cette maison d’édition, raconte : « Même des banquiers et des managers nous achètent Le Capital. Ils veulent comprendre ce qu’ils nous ont fait. Marx est clairement "in", ces temps-ci. »

La crise du capitalisme a convaincu de nombreux Allemands, à l’Est comme à l’Ouest, que le système capitaliste a échoué. « Je pensais que le communisme était mauvais, mais le capitalisme est encore pire », dit Hermann Haibel, un ancien forgeron de 76 ans. « J’avais une vie assez bonne avant la chute du Mur. Personne ne se souciait trop de l’argent, car cela ne comptait pas vraiment. On avait tous un emploi. L’idée communiste n’était pas si mauvaise ».

« Je ne pense pas que le capitalisme soit le bon système pour nous », dit Monika Weber, une employée municipale de 46 ans. « La répartition des richesses est injuste. On le voit, désormais. Les petites gens comme moi devront payer, par des impôts, pour le chaos financier provoqué par des banquiers avides. »

Le résultat des récentes élections, en Allemagne, est encore plus significatif que les sondages d’opinion. Le parti Die Linke y a fait une nette percée. Il a recueilli près de 30 % des voix en Allemagne de l’Est, où les partis bourgeois n’ont pas de majorité. Les travailleurs d’Allemagne de l’Est ne veulent pas le capitalisme. Ils veulent le socialisme – pas la caricature bureaucratique et totalitaire d’avant 1989, mais l’authentique socialisme démocratique de Marx, Engels, Liebknecht et Luxemburg.


Alan Woods

 

La Riposte

http://www.lariposte.com/

 

Publication : lundi 9 novembre 2009

 

Par Alan Woods La Riposte - Publié dans : Articles politiques
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 16 novembre 2009


Unter den Linden
à quoi pensez-vous madame ? Les vainqueurs se sont esclaffés : quoi, ces lourdes autos qui puent, bruyantes, gloutonnes ? Ces enfants de 30 ans qui savent à peine le goût et la chair des oranges ? Ce pain gris – quand il y a du pain ? Encore : ces récoltes étiques qu'on est même incapable de lever, la moisson pourrissante de vos mensonges ; ces vocations de peintres, de vétérinaires ou d'ingénieurs arrêtées quelquefois avant qu'elles ne se trouvent ; ces hospices qui ne soignent ni la souffrance ni la mort, leurs seringues recyclées dans les mains de thérapeutes fantoches ou trop seuls ; ces phrases, un peu partout, glorieuses, ridicules, sur les murs fatigués, sur les ondes complices inlassables, toujours sur votre route ces citations tricheuses ressassant la morale à foutre la nausée, un idéal caduque et tellement abscons qu'il n'est plus que l'idée que l'on ose s'en faire, et que le quotidien dément à chaque pas, à chaque manque, à chaque peur.

Unter den Linden, c'était de l'autre côté de votre mur.

C'était la continence obligée, on le savait, la vertu au penthotal administrée contre l'envie de satiété. Big Brother dans les têtes, Unter den Linden, Staré Mesto, aujourd'hui encore et pour combien de temps sur les rives du Rio Almandares : les quota, les ukases, le dénuement forcé, la défiance et la xénophobie. Alors à quoi pensiez-vous madame, et comment vivez-vous à présent ?

Les trains de marchandises étaient tenus en laisse par des Plans qui comptaient vos désirs en année, et vos années ne valaient rien à ce qu'on dit. A ce qu'on dit les livraisons étaient rares, et les rares livreurs toujours un peu moins gras que les flics de la Stasi qui gardaient les convois. Les plus maigres parmi ces prolétaires unis étaient les fous, sans doute, comme partout. En avez-vous rêvé de ces voyages immenses sur la terre pacifique, quand les routes que vous construisiez s'arrêtaient, pour la forme, où commencent celles des autres, c'est-à-dire n'importe où ? Les avez-vous imaginées nous taraudant le cœur jusqu'au fond des entrailles ces mélodies joyeuses qui vous servaient de cris, ces mélopées lestées de plomb, violons saouls de mélancolie, pianos de bastringue, voix ravagées d'alcools rauques (nous, nous les entendrons longtemps trémolos dans la panse, sur les divans de cuir, les sofas de notre victoire, nostalgie sincère, tendre mépris, mépris quand même) ?

Jusqu'où les avez-vous portés, ces désirs de galas fastueux, vous dont le Grand Soir ne passait que par l'ivrognerie surgie de Ses Longs Lendemains ? Jusqu'aux magasins enluminés ouverts à tous ? Aux gondoles chargées d'une abondance de vraies nourritures ? – sûrement. Sûrement aussi jusqu'aux froufrous de dentelles, de plumes, aux cuisses nues des femmes dans la nuit envoûtée, aux rues ou à l'étal, leurs seins libres, c'est peu. Sûrement jusqu'à pouvoir briser les chaines de mots, les lampes qui ne marchent pas, ou encore jusqu'à suer pour un travail qu'on soit fier d'achever, et qui rapporte. Tenez, on vous les offre !

Mais jusqu'au loueur ? Vous savez, le loueur, qui blanchit ses chemises sur le tapin des filles ? Le loueur, qui réclame trois fois votre salaire en caution, selon votre salaire, des meublés grand standing ou des taudis qu'il tient à la disposition des foules ? Le loueur, qui vous mange dans la main quand elle est pleine et chie, discrètement mais sûrement, sur votre estomac quand il est vide ? Quoi, vous n'y croyiez pas ? Il est bien là pourtant. Charognard embusqué depuis que le bétail refusait de se reproduire sur le territoire qui s'étend de la porte de Brandebourg aux confins de l'ouest, il attendait sûr de son heure. Il avait, il a c'est sûr, ayant toujours été ici chez lui, l'avantage des parures de luxe que portent sans plus y penser les anciens propriétaires, l'élégance et les couleurs de la gangrène, des bleus violacés, de l'indigo aux nuances subtiles qui tranchent sur les reflets nacrés du pus. Il n'a jamais rien essayé, jamais rien tenté d'autre utopie que lui-même. Pourquoi l'aurait-il fait ? Il a toujours eu raison, sa logique est indemne de toute dialectique qu'aucun malheur pourrait jamais lui opposer, et voyez, même, comme il pardonne chaleureusement : "Ô damnés de la terre, qu'espériez-vous donc sans moi ?"

Mais oui, qu'espériez-vous sans lui, madame ? Quel procès saugrenu lui aviez-vous promis, vous qui aviez pensé pouvoir marcher sans lui ? C'était errer. Voyez comme il vous ouvre son giron, le sexe altier offert à toute gourmandise il vous rachète, pourvu que son âme, immonde et lénifiante, soit à jamais vénérée ! Unter den Linden il se balade maintenant, Under Irhen Linden, sous vos tilleuls Christa Wolf, et je me demande à quoi vous pensiez il y a un an, en regardant la liesse et les rires dans les rues, ceux de Pankov et de Tierpark, ceux de l'autre côté de la Spree, ils ne vous voyaient pas, qui vous connaît encore vous reconnaîtrait-il ?

Vrai, vous avez madame avalé et fait avaler depuis tant de temps tant de couleuvres, vous pouviez excuser, profil bas, qu'ils s'abandonnent encore à un autre mirage. Prenez, on vous baptise au champagne de la liberté ! Prenez ! On a toujours su solder, voilà le droit, voilà la force tranquille ! C'est le prix qu'on vous paie pour ne rien regretter, vous ne risquez au fond qu'un peu d'oubli : l'esprit, l'espoir, il s'en balance, le Capital – loueur sans états d'âme qui jamais n'a tenté de sauver d'autres que lui.

Gare d'Alexander Platz, les trains livrent enfin la viande et les fruits dont ils rêvaient, madame, tous les soldats manipulés de l'ombre, les gars de la Stasi qui ont jeté quand on le leur a dit leur ceinturon à l'emblème du marteau et du compas, troqué le vert-de-gris de leur sinistre uniforme contre un qui fait moins peur aux gouapes du Capital, et même aussi aux petites frappes de vos banlieues, aux dealers de nulle part. La station Friedrichstrasse n'est plus qu'un no man's land, la couleur des panneaux d'affichage et des néons panaméricanisent les regards hier blafards des libres travailleurs, gagnent, avec le chômage, sur les vagues terrains déjà "valorisés" au pied des cités-crasse du néo-stalinisme. Un croiseur coulé, deux coups dans l'eau. Le capital a fini de faire semblant de s'attendrir, il exulte. Il le tient, ce sang tout neuf tant attendu, ces millions d'hommes au désir d'autant plus impérieux, plus lucratif, plus aveugle, qu'il s'exprime en besoin avide après bien trop longtemps de privations, et tous les stocks de bimbeloterie vont y passer.

Vous le saviez, madame, depuis le premier jour. On ne manipule pas ceux dont vous êtes, ils se compromettent volontairement – et leur seule innocence peut-être, c'est d'y avoir vraiment cru un jour et dans le mensonge rester fidèle, non au mensonge, mais à la naïveté qui fait quand même écrire de beaux livres, peindre quelques belles toiles et sculpter des étoiles dans la terre imbécile de l'oubli. Bertold Brecht, Louis-Ferdinand Céline, Christa Wolf, Gabriel Garcia Marquez : à Unter den Linden comme à Macondo, le cuivre ne vaudra jamais l'or ; ici-bas, les rares exilés volontaires savent que cent années de solitude ne suffiront jamais à fatiguer les puissances de la nuit.

Marx-Engels Platz, à deux pas de l'opéra, ou dans le quartier toujours chic et intellectuel délimité par l'angle de Friedrichstrasse et d'Unter den Linden, on voit déambuler les badauds des deux bords : c'est le cœur historique de Berlin, il a toujours été préservé malgré la faillite économique du "socialisme réel". Pour l'image, la vitrine. Le souci de la façade est au fond la seule idéologie qu'aucun dogme ne tyrannise complètement. Pour épater deux trois diplomates en goguette et autres gens de qualité, les lieux de tout ce temps sont donc restés vernis, quitte à exaspérer un peu ceux qui passent aujourd'hui en mangeant des brioches dans leurs habits pas beaux, mais qui, à l'époque, n'étaient même pas tachés par les brioches. Les odeurs ont changé. Avant, ça ne sentait rien ou bien l'indifférence, ou la haine contenue, un peu trop le gaz des Traban et les usines autour. Aujourd'hui ça pue déjà, déjà c'est autre chose, le fric et vraiment la misère. Ça ne durera peut-être pas, notez : l'annexion de l'agonisant par le capital triomphant, ça s'est passé vite fait, on peut espérer bien fait. La misère ira puer ailleurs, les vieux quartiers de pauvreté seront réhabilités, ceux qui se feront chier dessus seront beaucoup moins nombreux. Y en a beaucoup plus, en revanche, qui leur chieront dessus. On ne va pas les plaindre, non plus : c'est pas parce que l'homme est un loup pour l'homme qu'il faut niveler par le bas, on a vu ce que ça pouvait donner. Après tout, les futurs crève-la-faim, là ils sont à égalité… Tu crois ?

Alors prenons un exemple. La création théâtrale en ex-RDA, l'une des plus foisonnante d'Europe, a tourné autour de trois institutions, véritables laboratoires de comédie et de scénographie : le Berliner Arbeiter (BAT) sur la Belfortstrasse, le Maxime Gorki et le Kammespiele Theater. Or à Paris, depuis l'annexion, dans l'Ambassade unique qui représente maintenant l'Allemagne réunifiée, il n'y a plus, pour la culture comme en tout domaine, qu'une seule délégation. Le bonhomme qui la dirige parle très bien français, mais c'est pas le bonhomme qui était spécialistes des problèmes culturels en RDA, c'est l'autre, celui de l'Ouest. Sur France Inter, quand il est passé il n'y a pas longtemps, on l'a entendu parler très intelligemment de la création artistique et, particulièrement, musicale de RFA. Normal, il y a des années qu'il la représente la RFA, connaît bien le sujet. Sur les théâtreux de l'ex-autre côté, qu'il est censé représenter aussi maintenant, il a été beaucoup moins disert, pour ne pas dire complètement inepte. Il a vaguement déploré, comme une excuse à ses limites, que ses anciens concurrents soient déjà en train de pointer à la toute nouvelle ANPE de l'Allemagne réunifiée, au lieu d'être devenus ses commensaux… C'est tout ? – Oui, c'est tout.

Pour comprendre ta nouvelle vie, ex-camarade de l'Est, regarde Berlin, c'est comme les oranges. Elles n'ont déjà plus tout à fait le même goût que la première que tu as mangée, ni même que la troisième ou de la dixième. Tes papilles gustatives ont commencé à déteindre. Et puis, elles sont plus chères qu'il y a seulement trois mois, les oranges. On s'habitue, tu as l'habitude… Regarde-la, ta ville, elle s'appellera Bidon, il faudra bien t'y faire. Encore une fois, Unter den Linden le vent pousse des cendres. Encore une fois, t'as rien gagné, le monde perd toujours plus qu'il ne croît. Il remet encore son ouvrage.

Regarde-la ma ville
Elle s'appelle Bidon
Bidon, Bidon, Bidonville
Me tailler d'ici à quoi bon ?
Pourquoi veux-tu que je me perde
Dans tes cités, à quoi ça sert !
Je verrais toujours de la merde
Même dans le bleu de la mer,
Je dormirais sur des millions
Je reverrais toujours Bidon.

Donne-moi ta main camarade
Toi qui vient d'un pays
Où les hommes sont beaux
Donne-moi ta main camarade
J'ai cinq doigts moi aussi
On peut se croire égaux. (Claude Nougaro, 1966)

 

Serge Rivron
paru en octobre 1990 dans la revue les provinciales n°11

http://srivron.free.fr/comcapitalism.html

Par Serge Rivron - Publié dans : Articles culturels
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 16 novembre 2009

         Nous vous avons présenté il y a quelques mois l’ouvrage collectif L’oublié et l’interdit. Littérature, résistance, dissidence et résilience en Europe Centrale et Orientale (1947-1989) publié sous la direction de Roumania L. Stantchéva et Alain Vuillemin par les Editions de l’Institut d’Etudes Balkaniques, Editura Limes et les Editions Rafael de Surtis.

         Voici le deuxième volet de ce travail remarquable intitulé Identité et révolte dans l’art, la littérature, le droit et l’histoire en Bulgarie, en Roumanie et en Europe Centrale et Orientale entre 1947 et 1989. Il s’agit une nouvelle fois des actes d’un colloque organisé sous le patronage des Ambassades de Bulgarie et Roumanie en France et des Ambassades de France en Roumanie et Bulgarie. Il s’est tenu les 3 et 4 mai 2007 à l’Université d’Artois. Les textes sont réunis par Roumania L. Stantchéva et Alain Vuillemin. L’ouvrage est également publié par les Editions de l’Institut d’Etudes Balkaniques, Editura Limes et les Editions Rafael de Surtis.

Le but de ce colloque international était de tenter un premier inventaire des formes d’expression de la révolte contre la censure généralisée à partir de témoignages venus d’écrivains et d’artistes de ces pays. L’objectif était de contribuer à une analyse de cette crise de l’identité dans les littératures minoritaires, mal connues, de l’Europe Centrale et Orientale, notamment roumaine, hongroise, croate, grecque, serbe, polonaise et bulgare. Les aspects historiques et littéraires, les dimensions culturelles, les affirmations identitaires et les paradoxes qui en ont résulté, l’identité et l’identification, autrui et soi, identité et résistance, déviances et dissidences, poésie et révolte, et aussi le rôle des institutions artistiques, culturelles, littéraires dans l’élaboration, le contrôle, la censure, la diffusion, la circulation et la réception des oeuvres furent les principaux thèmes traités.

         L’ouvrage résonne étrangement à nos esprits. Alors qu’on veut aujourd’hui nous faire réfléchir sur le concept d’identité française afin de détourner notre attention de la décomposition accélérée et orchestrée du tissu social français, ce livre rappelle que la liberté est le premier fondement de l’identité. L’ouvrage nous décrit les ravages d’une censure dure alors même qu’une censure molle et sournoise, mais non moins toxique, est déjà bien emplantée en France. Ce que nous avons à apprendre de la rencontre avec les acteurs de la littérature proscrite qui nous sont présentés dans ce livre ce sont la source vive et les modalités mêmes de la résistance et de la création. Le fait que cette littérature souterraine, nourrie de cris et de désespoirs, jaillisse depuis quelques années au grand jour est une formidable leçon de liberté, de stratégie et de persévérance.

         Les grands thèmes abordés, Une identité historique – Littérature et dissidence – Littérature et contestation – Révolte et survie – s’organisent le plus souvent autour de la question de l’identité.  Alors que l’on pourrait croire que les totalitarismes se crispent autour de l’identité formelle, tout au contraire, ils dénient l’accès à l’identité, prétexte au contrôle. Ainsi l’identité devient une quête éperdue de soi-même, par la construction d’un « esprit dissident », à travers le camouflage, le dissentiment idéologique, le contournement, la culture alternative, le refus, la révolte, la dissidence, l’esthétique de la honte, l’errance ou encore l’outre-révolte des auteurs et artistes. Citons la belle conclusion de Roxana Bauduin à son intervention sur L’esthétique de la honte dans les poèmes de Dinu Flamand :

         « on pourrait affirmer que l’ « esthétique de la honte » qui s’exprime dans les poèmes de Dinu Flamand se déploie, de façon métaphorique, sur trois plans : celui de la société à travers la lamentation, l’antinomie révélatrice et l’image de l’enfermement, celui de l’individu soumis à la démesure, à l’excès, à la désintégration de sa propre personne ou à sa transformation, à sa métamorphose et finalement, sur celui du temps, d’une durée persistante à travers la permanence de l’humiliation vécue. C’est en exprimant ainsi les angoisses et les tourments liés à l’histoire que cette poésie, que cette esthétique arrive à avoir une portée éthique, une visée qui cherche à nous « explique la consistance de la noirceur / Là [on] voit du blanc sale », comme le révèle le poète dans Courages des Saturnales. « 

         C’est, pour le lecteur d’Europe occidentale, une opportunité de découvrir nombre d’auteurs méconnus ou oubliés, nos voisins de fait. C’est surtout une manière irrésistible d’approcher la bêtise humaine, toujours prête à s’organiser en lois, interdits, règlements, jugements et morales.

 

Rémi Boyer

Par Rémi Boyer - Publié dans : Articles culturels
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 16 novembre 2009


par Le Collectif National des Gaullistes de Gauche

Il est indispensable que tous les Démocrates refusent le débat piégé relatif à l’identité nationale. Ce soi-disant grand débat relève, en réalité, d’une grossière et misérable diversion politicienne de bas étage destinée à camoufler le calamiteux bilan du gouvernement et la crise sociale dont il porte l’entière responsabilité. Il s’agit également, à quelques semaines d’une importante échéance électorale, d’évoquer la préférence nationale chère à Jean Marie Le Pen, sans même avoir le courage de le dire, pour draguer son électorat. Il est impératif de refuser un débat qui ne peut conduire qu’à des idées d’exclusion en favorisant la désignation de boucs émissaires assise sur des critères raciaux. Les grandes crises provoquent souvent ce genre de réaction, il est inadmissible que le gouvernement l’encourage. Proposer un tel débat en période de prospérité serait seulement stupide. Le proposer en pleine crise est honteux. Il est encore temps de refuser d’engager la France dans une voie qui peut se révéler mortelle en ce qu’elle est une incitation à la xénophobie. Une seule solution pour cela : le refus pur et simple de participer à la mascarade. Nous rappellerons simplement en tant que gaullistes de gauche, profondément attachés à une « certaine idée de la France », cette superbe définition du patriotisme et du nationalisme donnée par le général de Gaulle à Romain Gary, et que nous appelons nos compatriotes mais, surtout, nos actuels dirigeants, à méditer : « le patriotisme, c’est l’amour des siens, le nationalisme, c’est la haine des autres peuples. »

Pour le CNGG
Gilles Bachelier, Etienne Tarride et Paul Violet

Publié par ReSPUBLICA n°628
http://www.gaucherepublicaine.org/lettres/respublica_lettre-628.htm

Par Gilles Bachelier, Etienne Tarride et Paul Violet - Publié dans : Articles politiques
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus