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Quelques conférences

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L'Affiche rouge / Catherine Sauvage

 

Bandiera rossa
BELLA CIAO
La Butte Rouge

 

 

La Carmagnole

 

 

Sur la commune / Serge Utgé Royo  

 

 

La Commune / Jean Ferrat

 

 

La Oommune est en lutte / Serge Utgé Royo 

 

 

Déserteur / Boris Vian
 

 

Cloire au 17e / Montéhus

 

 

L'Internationale / Choeur du Bolchoï

 

Sur la route / Gaston Couté

 

 

Ah ! les salauds ! / Aristide Bruant

 

 

Le temps des cerises / Jean Lumière 

22 octobre 2017 7 22 /10 /octobre /2017 20:18
France / Conférences d'Annie Lacroix-Riz

 

Annie Lacroix-Riz va participer ou animer de nombreux débats et conférences dans les semaines à venir.

 

Vous trouverez ici   http://www.historiographie.info/conf.html la liste détaillée des thèmes et lieux où se dérouleront ces rencontres.

 

 

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Published by Vendémiaire
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22 octobre 2017 7 22 /10 /octobre /2017 17:12

 

(éditorial de l'Anti-Casse N°16, CGT Cochin)

 

Le Président des riches, Emmanuel Macron, a été élu avec le nombre de voix le plus bas de toute l’histoire de la République. Bien qu’il soit ultra-minoritaire dans le pays, le système de la Ve République lui permet de gouverner comme s’il était réellement majoritaire, en méprisant l’opinion de la majorité des Français. C’est que pour Macron et ceux qui l’ont fait élire, notamment le fameux Groupe Bilderberg (1), il ne s’agissait pas de promouvoir un gouvernement qui dure, mais seulement un homme de main chargé de faire la basse besogne au profit des grands patrons et de la finance.

 

Depuis Sarkozy, ces décideurs internationaux (car la bourgeoisie n’a pas de patrie) ont inventé un nouveau concept de gouvernement que je pourrais appeler « gouvernement-kleenex ». Ils ne cherchent plus à installer des présidents et des gouvernements dans la durée, mais simplement à faire élire des hommes de paille qui puissent s’attaquer à notre peuple pour le dépouiller le plus rapidement possible. Une fois que le premier a fait « son travail » pour déposséder un peu plus les plus pauvres au profit des plus riches, une fois donc qu’il s’est discrédité devant les Français, les grands patrons et les financiers en sponsorisent un autre, et ainsi de suite, le suivant poursuivant la politique du précédent. Il s’agit bel et bien pour eux de mettre en place des « gouvernements-kleenex », ou gouvernements à usage unique… Sarkozy, Hollande, Macron… Qui sera le prochain ?

Ou la prochaine : en effet, dans un précédent éditorial je disais que si Mélenchon n’était pas élu, Marine Le Pen aurait toute ses chances en 2022. Je me trompais peut-être : Jacques Attali, l’ultralibéral bien connu, bien introduit précisément dans le milieu des voyous de la politique, du patronat et de la finance, annonçait en 2014 l’élection de Macron en 2017 (2) ! Et dans la foulée celle de Marion Maréchal-Le Pen en 2022 (3)…

 

Dans cette perspective, Macron et ses amis ont tout intérêt à mettre Mélenchon en avant comme principal opposant. En effet, Jean-Luc Mélenchon fait peur à la bourgeoisie. Le moment venu, en 2022, il est probable que Mélenchon se retrouvera au 2e tour alors que Macron aura été éliminé au premier. En cas de duel Mélenchon/Le Pen, la bourgeoisie mettra toutes ses ressources au service de Le Pen, c’est-à-dire de l’une des leurs.

On voit en tout cas à quel point ceux qui ont toutes les cartes en main pour manipuler l’opinion publique méprisent les Français et la démocratie ! D’ailleurs, les prises de position de Macron sur l’avenir de la France au sein de l’Europe sont très claires : dissoudre la France dans une Europe fédérale dirigée par les grands patrons et les financiers. C’est-à-dire achever de jeter nos institutions républicaines à la poubelle, au profit d’instances européennes qui ne répondent pas de leurs actes…

 

Macron, le « président-kleenex », se hâte de remplir sa tâche en s’attaquant à la protection sociale des travailleurs (Code du travail, Sécu, Retraites, Chômage, etc.), et en s’attaquant aussi aux institutions républicaines encore susceptibles de défendre les citoyens contre la rapacité du grand patronat et de la finance. Le résultat est à la hauteur de ce que les rapaces attendent : baisse généralisée du pouvoir d’achat pour la très grande majorité des citoyens (appauvrissement de la population), travailleurs à la merci de leurs patrons (licenciements sans motif par exemple), destruction des services publics au profit du privé, ponctions sur les retraites (obligeant un grand nombre de retraités à travailler pour survivre), etc. etc. Toutes les conquêtes sociales obtenues dans les luttes par nos aînés sont abrogées les unes après les autres. La « Révolution » de Macron consiste ni plus ni moins qu’à revenir aux conditions d’exploitation des travailleurs du 19e siècle.

 

Quelles que soient les divergences qui peuvent agiter les forces progressistes, face à cette offensive violente contre tous les citoyens, il est essentiel de se regrouper. Que l’on soit d’accord avec lui ou non, Jean-Luc Mélenchon a su créer la dynamique nécessaire pour organiser aujourd’hui la résistance.

 

La riposte des travailleurs doit être massive et générale ! Seul le blocage du pays pourra contraindre Macron à faire machine arrière. Son mépris pour la démocratie et son mépris affiché pour les Français prouvent assez que les moyens institutionnels ne suffiront pas à le faire plier, ni à obliger le patronat et la finance à reculer. Il s’agit bel et bien d’un rapport de force. Si nous sommes faibles, ils nous prendront tout. N’oublions pas qu’en réalité nous sommes les plus forts : sans nous, sans les travailleurs qui produisent les richesses, ils ne sont plus rien. Par le passé, c’est grâce aux luttes massives des travailleurs que nous avons obtenu tous nos droits : les patrons n’ont jamais rien lâché de bon cœur !

 

Au niveau national, sur le plan syndical Philippe Martinez mène le combat et la CGT Cochin lui apporte tout son soutien. La CGT Cochin est plus que jamais présente sur le terrain aux côtés des travailleurs, et peut constater quotidiennement dans notre hôpital les dégâts humains et économiques causés par la politique ultralibérale de Macron et ses sbires. Seule la lutte paye ! Tous ensemble nous pourrons les vaincre !

 

 

Bernard Giusti

Secrétaire Général Adjoint CGT Cochin

15/10/2017

 

  1. Le groupe Bilderberg, aussi appelé conférence de Bilderberg ou club Bilderberg, est un rassemblement d'environ 130 membres, essentiellement américains et européens, et dont la plupart sont des personnalités de la diplomatie, des affaires, de la politique et des médias. Il comprend notamment les patrons de presse, propriétaires des chaînes de télévision, qui se sont lancés dans une véritable campagne publicitaire pour faire élire Macron, et qui depuis son élection se livrent, sous couvert d’information, à une propagande éhontée en faveur de Macron et de son gouvernement
  2. (1) http://www.nouvelordremondial.cc/2017/05/10/jacques-attali-a-predit-lelection-de-macron-2017-celle-dune-inconnue-2022-aout-2014video/***  https://www.youtube.com/watch?v=_aOY7sCOSZ8
  3. Marion Maréchal-Le Pen, actuellement mise en réserve en attendant que les dissensions internes au FN soient réglées.
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22 octobre 2017 7 22 /10 /octobre /2017 14:58

La santé des travailleuses et travailleurs menacée !

 

Une pétition sur les ordonnances et leurs conséquences sur la santé des travailleurs vient d'être lancée par des syndicalistes et des chercheur.e.s. Elle est à signer et à faire circuler très largement : Un CHSCT pour toutes et tous

 
Dans la continuité de ses prédécesseurs le gouvernement entend imposer un nouveau détricotage du Code du travail, le quatrième en quatre ans ! La logique qui l’habite et la rhétorique qui l’accompagne sont toujours les mêmes : le travail et avec lui les droits des travailleurs sont vus comme un obstacle, quand ce n’est pas un coût, empêchant de « libérer l’entreprise » ; et au nom d’un hypothétique dialogue social, on multiplie en fait les possibilités de contourner ou d’abandonner les protections ou les acquis sociaux prévus par la loi.
 
Les cinq ordonnances publiées constituent à bien des égards une profonde menace de régression sociale : assouplissement des conditions de licenciements, remise en cause du principe de faveur et inversion de la hiérarchie des normes, précarisation grandissante via de nouveaux contrats de chantiers ou le télétravail forcé, contournement des représentations syndicales et pour finir affaiblissement drastique des institutions représentatives du personnel, notamment via la disparition pure et simple du CHSCT.
 
Et pourtant là n’est peut-être pas le pire : c’est à long terme et de façon souterraine que ces mesures produiront leurs effets ; car derrière le Code du travail, ce sont les conditions de travail et avec elles, la santé et la sécurité des travailleurs et travailleuses qui sont attaquées.
 
Or, la santé au travail, c’est aussi la garantie de la vitalité des collectifs de travail et d’une meilleure prise en compte de leur point de vue dans l’entreprise. Un monde du travail en bonne santé, ce sont des travailleurs qui ont la main sur leur travail, sur leur métier ; des travailleurs qui, par là, n’hésitent pas à remettre en cause la mainmise du patronat sur le contenu et la finalité de leur travail ; ce sont encore des travailleurs qui, attachés à la qualité de leur travail, résistent, parlent et défendent haut leurs intérêts. Où l’on découvre qu’il y a bien un lien intrinsèque entre travail, santé et démocratie – une démocratie qui n’est en fait guère désirée derrière les portes de nos usines et de nos entreprises.
 
Voyant plusieurs de ses plus vieilles revendications satisfaites, le MEDEF y trouve bien sûr son compte. Le but à peine dissimulé de ces réformes brutales est d’affaiblir tout contre-pouvoir indépendant de l’employeur au sein de l’entreprise : après les attaques qu’ont connu les inspecteurs du travail ou les médecins du travail, on affaiblit encore le recours aux experts indépendants dont pouvaient bénéficier les représentants du personnel... avant de tenter de rayer d’un simple trait de plume les CHSCT.
 
Dans une période où les questions de santé sont les plus prégnantes, où l’actualité nous rappelle sans cesse la « crise du travail » et ses conséquences sur les travailleurs (accidents du travail, maladies professionnelles, amiante, pesticides, mal-être, burn-out, suicides…), le CHSCT est le seul lieu dans l’entreprise où la réalité du travail peut être approchée.
 
Les enquêtes en cas d’accident du travail, le droit d’alerte en cas de danger grave et imminent, le droit d’alerte environnemental ou le droit d’expertise sont autant d’outils à la disposition du CHSCT indispensables pour permettre aux salariés de défendre leurs droits et leur santé. C’est grâce à leurs actions conjointes que des progrès, encore maigres, ont été faits ces dernières années pour faire reconnaître les liens entre travail et santé. C’est dans cette instance qu’en présence du médecin du travail, de l’inspecteur du travail ou de l'ingénieur sécurité de la Sécurité sociale, la responsabilité de l’employeur en matière de santé et de sécurité peut, le cas échéant, être mise en cause : c’est l’ensemble des travailleurs qui dans tous les lieux de travail et quelle que soit la taille de l’entreprise devraient pouvoir bénéficier de la protection d’un CHSCT.
 
Le CHSCT est au contraire un outil de transformation des situations de travail pour rendre à celui-ci la dimension humaine, solidaire et émancipatrice qui lui est dû.
 
Un CHSCT pour toutes et tous, voilà l’urgence !
 
 
 
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14 octobre 2017 6 14 /10 /octobre /2017 14:27

 

Publié le : 13 octobre 2017

Un congrès n’est pas une affaire de sondage, mais un processus d’élaboration collective de l’unité des communistes. C’est ce travail en groupe, du terrain jusqu’au congrès qui peut construire et rassembler.

Le site lepcf est disponible pour faire connaitre toutes les contributions, compte-rendus de cellules, de section, de fédération pour faire vivre et renforcer le PCF. Ecrire à contact@lepcf.fr

Voici un appel de membres du conseil national.

Pour un congrès du PCF audacieux, utile et rassembleur !

Dans la période politique actuelle nous sommes confrontés à un double défi :
- Créer les conditions d’une contre offensive populaire face au capital qui a besoin de passer un nouveau cap en France comme au plan international pour accroître sa domination.
- Et pour cela assurer l’existence et l’utilité du PCF alors que ce parti s’est encore affaibli ces derniers mois dans sa capacité d’organisation et d’action, son influence électorale et idéologique, sa visibilité nationale.

Ne perdons pas de temps !

Les décisions du 38ème congrès sont déjà obsolètes, les lundis de gauche, les parlottes autour de la primaire de la gauche, les envolées de la candidature Hamon, la consultation « Que demande le peuple », la promesse d’une campagne autonome pour les présidentielles... Tout cela laisse un parti affaibli qui sauve -de plus en plus difficilement- ses groupes au parlement pour l’essentiel grâce à ses implantations locales, l’engagement de terrain de ses militants et élus.

Dans ce cadre, la préparation du congrès extraordinaire du PCF s’amorce avec le lancement d’un questionnaire dont l’objectif annoncé est de permettre à chaque communiste d’apporter sa pierre à l’élaboration des thèmes et dates du congrès qui seront fixées par l’assemblée des animateurs de section le 18 novembre.

Ce questionnaire ne crée pas les meilleures conditions de l’unité des communistes.
Si certains camarades y voient d’abord la possibilité de donner leur avis, d’autres lui reprochent de noyer le poisson et d’esquiver les questions posées dans la résolution du Conseil National de juin 2017.

Validé par seulement 43 membres du CN, il appelle quelques remarques et interrogations pour un congrès à la hauteur des enjeux :
- Tout d’abord, il n’y a rien d’inédit dans cette démarche. Nous l’avions déjà utilisée en 2007 dans la préparation du 37ème congrès. Chacun sait que le questionnaire individuel est très en vogue dans les officines de communication liées aux forces politiques dominantes, comme dans les DRH.
- Nous avons besoin d’un bilan stratégique préalable pour une discussion utile et fraternelle. Ce bilan devrait partir du Congrès de Martigues dont découle pour l’essentiel nos choix depuis 20 ans.
- Nous avons besoin d’éléments précis quant à l’état de nos forces et de notre influence. Nous nous étonnons que la direction nationale n’en ait pas donné de manière à ce que la réflexion parte d’une analyse de la réalité partagée plutôt que d’un ressenti. Car nous avons besoin dans la situation d’une démarche scientifique au sens marxiste.
Est ce un premier recul quant à l’exigence des communistes d’un bilan des choix des derniers congrès ?
- Nous avons besoin de connaitre le statut exact de ce questionnaire au regard de l’assemblée des délégués de section. Il ne doit ni se substituer ni s’imposer face aux contributions qui émaneront des sections et fédérations.
- Nous avons besoin d’un débat clair sur la nécessité de l’existence du PCF. Cette question ne doit pas être escamotée au profit de celle de ses transformations, alors qu’un très grand nombre de communistes sentent bien l’urgence de cette question. Partons de la nécessité de l’existence de notre parti et de regagner en influence, des conditions nécessaires pour cet objectif.
- Nous avons besoin de connaitre les conditions de dépouillement et d’analyse du questionnaire. Elles n’ont pas été définies. La transparence n’est pour l’instant pas assurée.

La confrontation d’idées, la réflexion collective sont dans l’ADN des communistes. Nos organisations de base, les sections, les cellules quand elles existent encore, les fédérations, sont le cadre privilégié pour ces débats parce qu’elles permettent la rencontre d’expériences politiques et sociales diverses, dans un processus maîtrisé directement par les communistes et les dirigeants qu’ils ont élus. La possibilité de répondre individuellement ne doit pas renvoyer au rôle de spectateur, nos structures d’organisation.

D’ici le 18 novembre, nous communistes, saisissons-nous de toutes les possibilités d’intervention et de débats possibles.
Ne nous laissons pas enfermer dans un cadre préétabli.
Soyons attentifs à ce que l’ensemble de ces contributions soient portées jusqu’à l’assemblée des délégués de section pour des décisions utiles, audacieuses et rassembleuses
.

Cette déclaration est signée par les membres du Conseil National suivant : Caroline Andréani, Paul Barbazange, Marie-Christine Burricand, Gilles Gourlot, Jean-Jacques Karman, Michaële Lafontant, Anne Manauthon, Jean Pierre Meyer, Danielle Trannoy.

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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 17:09

PROJECTION-DEBAT

Centre culturel de Russie

61 rue Boissière Paris

Vendredi 20 octobre 2017 à 17H30

OCTOBRE

Dix jours qui ébranlèrent le monde

(Десять дней, которые потрясли мир)

 

Film de Sergueï EISENSTEIN

Débat animé

par Annie Lacroix-Riz

Professeur émérite d’histoire contemporaine à Paris 7

 

 

 

Union Nationale France-Russie-CEI

 

 

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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 16:00

La Révolution d’Octobre, normale ou monstrueuse?

Annie Lacroix-Riz, professeur émérite d’histoire contemporaine, université Paris 7-Denis Diderot

Paru dans Le Drapeau rouge, organe du parti communiste belge, n° 64, septembre-octobre 2017

 

La révolution d’Octobre est aussi logique que la Révolution française, qu’on ne peut expliquer qu’en décrivant, à l’exemple des grands historiens Albert Mathiez, Georges Lefebvre et Albert Soboul, la crise, de long et de court termes, de l’Ancien Régime féodal qui précéda et provoqua ce séisme.

 

Une longue situation prérévolutionnaire

Un pays arriéré, jeté dans le capitalisme entre l’ukase de 1861 abolissant le servage et la mise en coupe réglée de cette Caverne d’Ali Baba, depuis les années 1890, par les puissances impérialistes développées. La masse des paysans, plus de 80% de la population, fut soit privée de terre, soit enfoncée, plus gravement au fil des générations, dans la dette du rachat obligatoire des terres devenues « libres », à la superficie réduite à quasi rien (les paysans français avaient, eux, arraché en juillet 1793, au terme d’une lutte ininterrompue de quatre ans, l’abolition des droits seigneuriaux sans indemnité). La classe ouvrière issue de ce monde paysan misérable fut surexploitée par la grande bourgeoisie nationale et plus encore par les tuteurs de cette dernière, les grands groupes bancaires et industriels étrangers (français, britanniques, allemands, suisses, américains), qui, depuis l’ère du ministre de Witte, contrôlaient toute l’économie moderne. Concentrée plus qu’en tout autre pays dans les grandes villes ‑ capitale politique, Saint-Pétersbourg-Petrograd, en tête, avec l’énorme usine d’armement Poutilov ‑ , elle était combative :  40% des 3 millions d’ouvriers d’avant 1914 travaillaient dans des usines de plus de 1 000 ouvriers, et « la courbe des grèves » enfla sans répit du second semestre 1914 à février 1917, passant de 30 000 à 700 000 grévistes.

La guerre russo-japonaise de 1904, insigne manifestation des appétits des grands impérialismes rivaux pour le pactole russe, s’était achevée, vu l’ineptie militaire du régime tsariste, sur un fiasco aussi cuisant que celui qui avait mis fin à la guerre de Crimée. Avec pour conséquence la révolution de 1905, dans laquelle Lénine, chef de la fraction « bolchevique » (majoritaire au congrès de Londres de 1903) du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR), vit, après coup, « le plus grand mouvement du prolétariat après la Commune » et « la répétition générale » de celle de 1917. L’échec du mouvement fondateur des « conseils » (soviets), nouveau mode d’expression et de pouvoir populaires, fut suivi d’une terrible et durable répression : plus que jamais, l’empire fut une prison des peuples, chérie absolue du grand capital français prêteur de crédits garantis par l’État français et « tondeuse de coupons” » (Lénine, chap. 8 de L’impérialisme, stade suprême du capitalisme). Cet échec retarderait de cinquante ans l’échéance d’une nouvelle révolution, à moins, pensait Lénine, d’une crise ou d’une guerre. La suite raccourcit les délais en conjuguant les deux.

Le système tsariste s’avéra aussi inepte qu’habituellement dans la conduite de la guerre générale. Sa chair à canon ne disposa même pas du minimum de munitions, la Russie fabriquant de 1914 à 1917 9 fois moins de cartouches et fusils que nécessaire. Baisse de la production agricole de près du quart, gabegie des réquisitions, récoltes pourrissant sur les lieux de production, insurmontables problèmes de transport, catastrophe du ravitaillement : début 1917, même sur le front, la ration de pain ne dépassait pas la journée et les soldats-paysans (95% de l’armée) rentraient à pied chez eux. C’était pire en ville, à Moscou et Petrograd notamment. La faim fut « la cause immédiate de la révolution » de février (Michel Laran, Russie-URSS 1870-1970, Paris, Masson, 1973). Celle-ci aboutit à l’abdication de Nicolas II, qui « avait fait l’unanimité contre lui ».

Une révolution logique

Les bolcheviques, exilés, comme Lénine (en Finlande), ou clandestins en Russie, étaient certes alors ultra-minoritaires. Mais ils cessèrent vite de l’être car le peuple russe, avide de réformes profondes, dut constater que son sort ne changeait pas. Il fut au fil des mois amèrement déçu par ceux auxquels il avait accordé sa confiance, tels les socialistes-révolutionnaires qui avaient depuis longtemps promis la terre à ceux qui la travaillaient. Même les paysans finirent par admettre, au tournant d’octobre 1917, qu’aucun autre parti que celui de Lénine, seul à démontrer depuis février sa capacité à tenir ses engagements, ne leur donnerait la terre et ne les libérerait de droit de la boucherie à laquelle ils avaient d’ailleurs commencé à se soustraire de fait depuis 1916.

Les historiens français des années 1970 montraient comment l’évolution de la conjoncture et des rapports sociaux avait en un temps record, entre août et octobre 1917 surtout, érigé les minoritaires de février en délégués exclusifs des « aspirations populaires ». L’universitaire René Girault a décrit ce processus dominé par deux questions, la terre et la paix. « À partir du putsch manqué du général Kornilov (fin août), l’évolution accélérée des soviets vers les bolcheviks, marquée par le passage de bon nombre de soviets urbains, de soldats et même de paysans à des majorités bolcheviques, montre que la constante opposition des bolcheviks à l’égard du gouvernement provisoire (et envers son “incarnation” Kerensky) remporte l’adhésion populaire ».

Le parti bolchevique réalisa dès la prise du pouvoir les réformes promises en « faisa[n]t basculer de son côté la grande masse de la paysannerie », sachant que « la confiance [que lui accordaient l]es masses urbaines était beaucoup plus forte » que celle des paysans. L’analyse de l’historien socialiste rejoignait, soixante ans plus tard (« Les révolutions russes », t. 5 de l’Histoire économique et sociale du monde, Léon Pierre, éd., Paris, Armand Colin, 1977, p. 125-142), celle du grand journaliste communiste américain John Reed, auteur des Dix jours qui ébranlèrent le monde, chef-d’œuvre d’« histoire immédiate » de la révolution d’Octobre et de ses enjeux de classe qu’il faut lire et relire (Paris, 10-18, réédition, 1963).

La coalition impérialiste contre les Soviets

Ce sont ces transformations effectuées avec autant de pragmatisme que de fidélité aux principes, selon Girault, qui assurèrent aux bolcheviques seuls (solitude qu’ils n’avaient pas voulue) la victoire finale dans une « guerre civile » qui, comme pour la Révolution française et toutes les « guerres civiles » depuis lors, fut d’origine et de financement surtout étrangers (comme l’atteste l’actuel cas vénézuelien). Ce n’est pas parce que les bolcheviques étaient des dictateurs sanguinaires haïs de leur peuple que, depuis 1918, « les forces armées de quatorze États envahirent la Russie soviétique sans déclaration de guerre », avec en tête « la Grande-Bretagne, la France, le Japon, l’Allemagne, l’Italie, les États-Unis », tuèrent plus de Russes que la guerre même, 7 millions d’« hommes, femmes et enfants », et causèrent des « pertes matérielles estimées par le gouvernement soviétique à 60 milliards de dollars », montant très supérieur aux « dettes tsaristes aux Alliés » et qui ne donna lieu à « aucune réparation » des envahisseurs, selon « le bilan » de Michael Sayers et Albert Kahn (The Great Conspiracy: The Secret War Against Soviet Russia, Little, Boni & Gaer, New York, 1946, traduit en 1947). Comme les aristocrates d’Europe coalisés en 1792 pour rétablir en France l’Ancien Régime et assurer chez eux la survie des privilèges féodaux, les groupes étrangers qui avaient fait main basse sur l’empire russe et les États à leur service plongèrent à nouveau la Russie dans trois ans de chaos pour conserver leurs trésors et s’en tailler de nouveaux, telle la Royal Dutch Shell, qui comptait à l’occasion rafler la totalité du pétrole caucasien. Comme en France, la Terreur révolutionnaire ne fut que la réplique obligée aux assauts extérieurs.

L’étape actuelle de la démonisation de la Russie soviétique (ou non)

En comparant les révolutions française et russe, le grand historien américain Arno Mayer, professeur à Princeton, a confirmé ces analyses de Sayers et Kahn, futures victimes du maccarthysme (http://www.independent.co.uk/news/obituaries/michael-sayers-writer-whose-career-never-recovered-from-being-blacklisted-in-the-united-states-2032080.html; https://en.wikipedia.org/wiki/Albert_E._Kahn). Si la France, a-t-il conclu, avait été une « forteresse assiégée » avant que la nouvelle classe dominante pût « s’arranger » avec les privilégiés contre-révolutionnaires de France et d’ailleurs, la Russie soviétique demeura un paria assailli de sa naissance à sa mort, et pour des motifs indépendants du caractère et des façons de Lénine ou de Staline (Les Furies, 1789, 1917, Violence vengeance terreur aux temps de la révolution française et de la révolution russe, Paris, Fayard, 2002). Exception, heureusement traduite, dans le paysage historiographique.

Car les historiens « reconnus » présentent aujourd’hui la révolution d’Octobre comme le coup d’État d’un groupuscule anti-démocratique et assoiffé de sang, ou, au mieux, comme une entreprise initiale sympathique, confisquée par une « minorité politique agissant dans le vide institutionnel ambiant » et débouchant, ô horreur, sur « des décennies de dictature » et sur « l’échec soviétique [marquant] l’échec et la défaite de toutes les formes historiques d’émancipation du XXe siècle liées au mouvement ouvrier » : ces jugements respectifs de Nicolas Werth et Frédérick Genevée, dans « Que reste-t-il de la révolution d’Octobre? », « hors-série » de L’Humanité publié à l’été 2017, confirment les regrets officiels du PCF sur son passé « stalinien » dès la publication du Livre noir du communisme de 1997 du tandem Stéphane Courtois (successeur de feu François Furet)-Nicolas Werth.

Écho significatif du tournant antisoviétique et pro-américain des manuels français d’histoire du secondaire négocié dès 1983, qui frappa l’URSS (Diana Pinto, « L’Amérique dans les livres d’histoire et de géographie des classes terminales françaises », Historiens et Géographes, n° 303, mars 1985, p. 611-620) puis la Révolution française : c’était la double obsession de Furet, historien sans archives dont « ceux d’en haut », en France, aux États-Unis et dans l’Union européenne, Allemagne au premier chef, usèrent tant des services (L’histoire contemporaine toujours sous influence, Paris, Delga-Le temps des cerises, 2012). Après la chute de l’URSS et ses suites ‑ l’extension considérable de la sphère d’influence américaine en Europe ‑, la criminalisation de l’URSS s’imposa d’autant plus aisément que presque tous les anciens partis communistes avaient cessé d’y résister.

L’historiographie dominante est alignée sur la propagande antibolchevique et russophobe déversée depuis la fin de 1917. Mais on peut encore confronter la litanie des grands médias et de leurs historiens fétiches aux nombreux travaux scientifiques qui ont décrit correctement la révolution d’Octobre. Les lire sur l’événement majeur du 20e siècle permet d’aspirer une grande bouffée d’air frais. N’hésitez pas…

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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 15:53

 

 

En 1914, la Russie était crainte de lʼEurope entière et personne ne pouvait imaginer quʼà peine trois ans plus tard, lʼempire centenaire sʼeffondrerait comme un château de cartes et que lʼautocratie tsariste serait balayée en quelques jours par un puissant soulèvement populaire.

 

Malgré lʼéchec de la révolution de 1905 et le triomphe de la réaction entre 1907 et 1911, des fissures de plus en plus nombreuses lézardaient lʼimposant édifice autocratique. Elles allaient devenir des failles béantes, après 1914, une fois dissipé lʼécran de fumée de lʼUnion sacrée.

 

Illusions patriotiques...

 

En juillet 1914, Poincaré, venu sonder à Saint-Petersbourg lʼallié russe dans lʼhypothèse où le conflit serbo-autrichien déboucherait sur une déflagration européenne, dut entendre, selon Trotsky « les derniers échos dʼune bataille de rue » en même temps que « les premiers éclats des manifestations patriotiques ». Depuis 1912, le réveil de la combativité ouvrière était patent. On dénombrait plus de 500 000 grévistes politiques en 1912, puis en 1913, contre 4 000 en 1910, point dʼorgue du reflux réactionnaire. Les statistiques officielles sʼaffolent lors du premier semestre de 1914, lors duquel les services de lʼIntérieur comptabilisent plus dʼun million de grévistes !

 

Mais lʼagitation populaire reflua brutalement au moment où le funeste mécanisme des alliances imposait lʼétat de guerre à la moitié des peuples dʼEurope. Plus quʼailleurs, la perspective dʼune guerre contre lʼAutriche était loin dʼêtre impopulaire, car de nombreuses couches sociales y voyaient une réaction de soutien légitime à lʼallié serbe. Même dans les classes populaires qui avaient rompu avec lʼautocratie lors des années de réaction, le panslavisme constituait un puissant ferment dʼunité nationale. Apprenant lʼampleur des manifestations patriotiques du début du mois dʼaoût à Moscou, le comte Benckendorf, en poste à Londres, lança à des diplomates britanniques : « Eh bien, est-ce donc là cette révolution que lʼon nous prédisait à Berlin ? » Et Paléologue, lʼambassadeur de France en Russie, de confirmer les rodomontades de son collègue russe en assurant quʼ« une même pensée sembl[ait] bien sʼêtre emparée de tous ».

 

Il faut dire que la bourgeoisie russe sʼétait ingéniée à brider toutes les velléités contestataires. Deux jours avant la déclaration de guerre de lʼAutriche-Hongrie à la Serbie, le 26 juillet, le président du groupe des Cadets (Démocrates constitutionnels) nʼavait-il pas déclaré lors dʼune séance solennelle de la Douma : « Nous ne posons ni conditions, ni revendications ; nous jetons seulement sur la balance notre ferme volonté de vaincre lʼadversaire » ? Rien dʼétonnant, donc, à ce que les crédits de guerre et des augmentations dʼimpôts soient votées comme un seul homme par la Douma, le 8 août 1914. Lors de cette séance, les Cadets en appellent à « lʼoubli des discordes intestines », tandis que les représentants des populations allogènes font assaut de loyauté au régime. Lʼeuphorie est telle que sont créées une Union panrusse des zemtvos et une Union panrusse des villes, pour donner au gouvernement une assise populaire dont il manque cruellement.

 

… et réaction policière

 

Le reflux de lʼagitation sociale est tel (70 grèves pour les cinq derniers mois de 1914 et 35 000 participants) quʼil ne peut être expliqué par le seul enthousiasme patriotique. Lʼentrée en guerre justifiait en effet, au nom de la mobilisation nationale, la mise au pas des éléments contestataires, et au premier chef du mouvement ouvrier organisé. Le tableau que dresse Trotsky de la brutale réaction de 1914-1915 – sorte de condensé de celle de la période 1907-1911 – mérite dʼêtre longuement cité. « Aux premiers roulements du tambour, le mouvement révolutionnaire fut suspendu. Les couches ouvrières les plus actives se trouvèrent mobilisées. Les éléments révolutionnaires enlevés aux usines furent jetés sur le front. Les grèves étaient châtiées rigoureusement. La presse ouvrière fut balayée. Les syndicats furent étouffés. […] La pensée révolutionnaire fut mise en veilleuse dans de petits cercles devenus silencieux. En ce temps-là, nul ne se risquait à se dire « bolchevik », de crainte dʼêtre arrêté ou même brutalisé par des ouvriers arriérés ».

 

Le monde rural est davantage touché par la mobilisation et ce sont les grandes exploitations qui souffrent le plus, en raison du départ massif de la main d’œuvre vers le front et de la chute des exportations imposée par lʼisolement du pays. Les soldats dʼorigine paysanne, qui constituèrent le gros des troupes tsaristes, étaient traités avec encore moins de ménagement que les travailleurs urbains. Toujours selon Trotsky, « environ 15 millions dʼhommes furent mobilisés qui remplirent les dépôts, les casernes, les cantonnements, foules tumultueuses qui trépignaient sur place, où lʼon sʼécrasait les pieds, foules exaspérées qui proféraient des malédictions ». La désorganisation humaine et économique, suscitée par la mobilisation générale et renforcée par les lourdeurs de lʼadministration tsariste, imposait au cercle dirigeant une victoire rapide, au risque de voir lʼopinion publique se retourner contre lui aussi brutalement quʼelle lʼavait absous de ses nombreuses fautes à lʼété 1914.

 

 Lʼeffondrement

 

Sur les 15 millions de soldats mobilisés, qui correspondaient à la moitié des hommes en âge de travailler, environ 55 % furent tués, blessés ou faits prisonniers entre lʼété 1914 et février 1917. Les 2 500 000 Russes morts au combat représentent environ 40 % des pertes de lʼensemble des forces de lʼEntente. Il faut ajouter à ces pertes humaines absolument vertigineuses le poids mort des territoires occupés, dès la fin de lʼannée 1914, par une armée allemande conquérante aux lendemains de sa victoire de Tannenberg. On estime en effet à près de 20 % la baisse du potentiel agricole et industriel russe suscitée par les revers militaires et les pertes territoriales qui en découlèrent.

 

Avant même les mauvaises récoltes de 1916, les difficultés agricoles de la Russie étaient patentes. Très vite, on manque de tout : de main d’œuvre, de chevaux ou encore dʼengrais. Comme la production régresse, le poids des réquisitions ne cessent dʼaugmenter. Des refus de livraison sont dʼailleurs signalés dès 1915. Par ailleurs, la désorganisation des transports – devenue rapidement proverbiale – fait que les régions excédentaires ne peuvent écouler leurs stocks. Lors de lʼhiver 1916-1917, qui fut extrêmement rigoureux, des stocks de grains pourrissaient en Sibérie et en Ukraine, tandis que les villes et le front crevaient littéralement de faim. Début 1917, les secteurs du front nʼont de ration que pour une seule journée et les réserves de farine sont de quelques jours à Moscou ou à Petrograd.

 

La situation de lʼindustrie est encore plus catastrophique. Chiffre accablant pour un État sacrifiant sans état dʼâme les biens de consommation aux industries de guerre – environ 50 % de la production est affectée aux besoins de lʼarmée –, la Russie produit huit fois moins de cartouches et de fusils quʼil ne faudrait. Les rendements baissent de 30 % car les ouvriers envoyés au front sont remplacés par une main d’œuvre encore moins qualifiée, constituée dʼadolescents, de femmes et de paysans ignorant tout du travail industriel. La répartition de la valeur ajoutée réduit quant à elle à néant les efforts des propagandistes du régime vantant le dévouement patriotique de lʼensemble des sujets du Tsar. Les salaires nʼaugmentent en effet que de 75 % pendant la guerre, quand les prix sont multipliés par quatre et que les profits triplent... Pour la seule année 1915-1916, la Compagnie du Textile de Moscou publie un bénéfice net de 75 %. La Manufacture de Tver fait mieux, avec plus de 110 % ! Selon Trotsky, « dʼimmenses fortunes sʼélevèrent sur une écume de sang. [...] Vyroubova, demoiselle dʼhonneur de la tsarine, relate quʼen aucune saison précédente lʼon ne commanda autant de parures luxueuses, lʼon nʼacheta autant de diamants, que pendant lʼhiver 1915-1916 ».

 

Entre 1914 et 1916, la dette publique extérieure de la Russie double et la dette publique totale fait plus que tripler. Selon le ministre des Finances de Nicolas II, dès 1916, la « dépendance totale [de la Russie] vis-à-vis des Alliés est accablante ». Conséquence redoutable du recours massif à la planche à billets, lʼinflation commence à faire des ravages : le rouble-papier vaut 56 kopecks en janvier 1916, 27 en février 1917.

 

En haut, on ne veut plus

 

Le basculement dans lʼopinion a lieu à lʼété 1915, suite aux grandes offensives allemandes du printemps. Dans son Histoire de la Révolution russe, Trotsky a collecté plusieurs témoignages attestant, dès 1915, la montée dʼun défaitisme diffus menant la masse de la population à rompre avec le régime. Dès septembre 1915, le général Kouropatkine note quʼ« à force de battre en retraite, [les soldats] ont perdu toute foi en la victoire ». Selon un rapport de lʼOkhrana, la sinistre police secrète tsariste, lʼarmée « est pleine dʼéléments dont les uns sont capables de devenir les forces actives dʼun soulèvement et dont les autres ne sauraient que se refuser à la répression ». Le 30 octobre 1916, le chef du Département de la police ne peut que constater, au sein de lʼimmense majorité de la population, « une sorte de lassitude causée par la guerre », doublée dʼun désir ardent dʼune « paix expéditive, quʼelles quʼen soient les conditions ».

 

Comme au lendemain de 1905, le spectre de la révolution poussa la bourgeoisie à chercher un compromis avec lʼautocratie qui lui avait déjà concédé, au printemps 1915, la formation dʼun Comité central des industries de guerre, chargé de répartir les commandes de l’État. Lʼété venu, les représentants des classes dominantes à la Douma sʼenhardirent à réclamer la formation dʼ« un ministère possédant la confiance du pays ». Le Tsar refuse dʼy consentir au grand dam des Cadets et des octobristes qui fondent en réaction un « Bloc progressiste » regroupant toutes les fractions parlementaires à lʼexception de lʼextrême droite Cent-noirs et de la gauche sociale-démocrate.

 

Si Nicolas II a dédaigneusement rejeté cette main tendue, cʼest quʼil a été convaincu par son entourage que les Cadets se livreront pieds et poings liés au régime au moindre coup dur. En août, lʼéphémère ministre de lʼIntérieur Chtcherbatov avait rappelé que Milioukov, le chef de file des Cadets, était « un bourgeois fieffé » qui redoutait « plus que tout la révolution sociale ». Quant à ses affidés, ils tremblaient tous « pour leurs capitaux ». En septembre, Nicolas II pouvait ajourner la session parlementaire sine die pour prendre personnellement le commandement dʼune armée pourtant incapable de lʼemporter. Cette décision unilatérale provoqua des tensions avec les ministres qui furent limogés les uns après les autres. En janvier 1916, le docile Gorémykine est remplacé par Stürmer, une créature de Raspoutine soupçonnée de germanophilie.

 

Le malaise sʼépaissit pendant toute lʼannée 1916. La valse des ministres se prolongea, renforçant lʼimage dʼun pouvoir à la dérive. Quant à Nicolas II, qui avait lié son sort à celui des armes, les revers militaires successifs écornaient singulièrement son image de monarque de droit divin. Toutefois, cʼest lʼentourage du tsar qui était le plus mis en cause, à commencer par lʼimpératrice et Raspoutine. Cʼest à ce cercle dʼintrigants, de parasites et de corrompus que, lors dʼune séance de la Douma, finalement convoquée du 13 novembre au 30 décembre, Milioukov se permet de lancer à plusieurs reprises du haut de la tribune : « Est-ce là stupidité ou trahison ? » Le meurtre de Raspoutine, dans la nuit du 30 au 31 décembre 1916, constitue lʼétape ultime de la crise de régime. Après cette date, Nicolas II se mure dans un tour dʼargent et refuse toute évolution du régime vers un système libéral : le ministère est renforcé par des partisans inconditionnels de lʼautocratie, la Douma est ajournée et lʼétat de siège décrété à Petrograd.

 

En bas, on ne peut plus

 

En août 1914, les cinq députés bolcheviks à la Douma, déboussolés, sʼétaient engagés, de concert avec leurs collègues mencheviks, à « défendre les biens culturels du peuple contre toute atteinte, dʼoù quʼelles vinssent ». Ils se reprennent en novembre et sont immédiatement arrêtés, tout comme Kamenev qui fut cueilli au sortir dʼune réunion clandestine. Ils sont tous condamnés en 1915 à la relégation perpétuelle en Sibérie. Selon Pierre Broué, « les bolcheviks resteront seize mois sans direction effective. Des centaines de militants sont arrêtés, emprisonnés ou déportés, dʼautres sont sous lʼuniforme [...]. Chaque militant nʼest plus quʼun individu isolé ». En 1916, le parti, qui se reconstruit lentement, ne compte pas plus de 5 000 membres. Ce travail clandestin est des plus ingrats, puisque la police finit toujours pas démanteler les groupes en cours de reconstitution. Le Bureau russe du Comité central, animé par Chliapnikov et Molotov, tente cependant de coordonner lʼaction des sections locales et il parvient à diffuser une centaine de tracts en deux ans et demi. Ce nʼest là que la partie visible de lʼiceberg. Car, comme lʼécrivit ultérieurement le Département de la Police, « les partisans de Lénine, qui mènent en Russie la grande majorité des organisations sociales-démocrates clandestines, ont mis en circulation, depuis le début de la guerre, […] une quantité considérable de tracts révolutionnaires, réclamant la fin des hostilités, le renversement du pouvoir actuel et la proclamation de la République ».

 

Dès le printemps 1915, les bolcheviks parviennent à persuader la majorité des travailleurs des villes de boycotter lʼélection des représentants au Comité des industries de guerre. Ils voient juste, puisque les élus ouvriers, proches des mencheviks, sont finalement tous arrêtés, début février 1917. Les grèves reprennent à lʼété 1915 et constituent la preuve la plus infaillible du divorce grandissant entre le pays et le régime. En 1916, on dénombre 1 400 grèves auxquelles participent plus dʼun million de salariés. À la fin de lʼannée, les meetings se multiplient dans les grandes villes, comme dʼailleurs les affrontements avec la troupe. Aux dires de Trotsky, « à la sortie des usines ont lieu des manifestations improvisées. Il arrive que les ouvriers de certaines entreprises fraternisent avec les soldats ». Selon Chliapnikov, « il suffisait parfois dʼun coup de sifflet, dʼune rumeur, pour que les ouvriers crussent entendre le signal de débrayer ». Pour les observateurs les plus clairvoyants, il ne fait pas de doute quʼune nouvelle poussée révolutionnaire sʼannonce.

 

À Petrograd, le contenu politique de lʼagitation est encore plus visible quʼailleurs. En octobre 1916, une violente grève de solidarité éclate lors du procès des marins de la Baltique qui sʼétaient mutinés quelques semaines plus tôt. À lʼambassadeur français qui sʼinquiète dʼune fusillade déclenchée par des soldats contre les forces de police, le Premier ministre Stürmer annonce dʼailleurs que « la répression sera impitoyable ». Lʼheure de lʼaffrontement se rapproche au grand dam du « Bloc progressiste » dont le chef, Milioukov, assure à lʼoccasion de lʼouverture de la dernière Douma, à la mi-février 1917, quʼil agira « par la parole et seulement par la parole ». Signe de lʼimminence de lʼexplosion sociale : malgré lʼenvoi préventif au front dʼun important contingent de travailleurs mobilisables, la grève traditionnelle du 22 janvier, célébrant lʼanniversaire du « Dimanche rouge » de 1905, est suivie par 140 000 ouvriers sur les 400 000 que compte la capitale russe.

Jean-François Claudon (article paru dans la revue Démocratie&Socialisme n°242 février 2017)

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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 14:45

Le gouvernement Macron, issu de la haute administration et des milieux d'affaires et totalement asservi à l’Union Européenne atlantique représente la fusion totale de l’État et des monopoles capitalistes du CAC 40. Il a pour mission d'achever la destruction, après des décennies de régression sociale, de tous les conquis du monde du travail (droit du travail, retraites, sécu, services publics et fonction publique, indemnisation chômage, logement social, Education nationale délivrant des diplômes nationaux reconnus dans les grilles des conventions collectives...), de la souveraineté populaire et du cadre national (accélération de la construction de l'UE, « défense européenne », arrimage à l'OTAN, CETA et retour probable du TAFTA...), des libertés démocratiques (propagande totalitaire, intégration de l'Etat d'urgence dans la loi normale…).

Face à cette guerre de classe menée consciemment par l'oligarchie, se développent dans tous les secteurs des mobilisations pour défendre des revendications corporatistes légitimes. Journées d’action du 12 septembre et du 21 septembre, 25 septembre (FO et CGT transports), 28 septembre (retraités), 10 octobre (Fonction Publique), 13 octobre (métallurgie), appel à l'action dans la chimie… Cette multiplication des initiatives témoigne d’une combativité importante face au gouvernement.

 

 

Pourtant, partout en bas, dans les AG, les intersyndicales, les cortèges se pose la question de l’efficacité de luttes dispersées et revient la nécessité de tirer les leçons des dernières années qui ont vu se succéder de puissants mouvements sociaux interprofessionnels débouchant sur des échecs non pas faute de mobilisation mais à cause de  tactiques de journées « saute-moutons » et/ou sectorielles ne permettant pas d’élever le niveau du rapport des forces. Pour beaucoup de travailleurs, de grévistes et de manifestants, il convient de tout faire pour éviter l’émiettement et l’éparpillement qui ne peuvent que nous amener à perdre les uns après les autres. D’autant que certains dirigeants syndicaux n’ont cessé ces derniers temps d’opposer luttes syndicales et luttes politiques alors que le refus gouvernemental absolu de négocier sérieusement met à terme le monde du travail devant l’alternative de contester radicalement le pouvoir et sa politique globale ou de subir défaites et humiliations sans fin.

CONVERGENCE des LUTTES, CONVERGENCE avec les forces politiques progressistes

Pour ce faire, il faut aussi tirer les leçons des moments victorieux du mouvement ouvrier (1936, 1945, 1968…) qui n'ont pu exister que dans le « rassemblement des forces populaires et l'union de la classe ouvrière » ainsi que l'expliquait Benoît Frachon, emblématique secrétaire de la CGT. Il précisait :

« L’histoire la plus moderne de notre pays nous montre que c'est lorsque la classe ouvrière a pris la tête d'un large mouvement d'union pour dégager l’État de l'emprise directe des forces les plus réactionnaires et des grandes féodalités capitalistes que la classe ouvrière a pu faire triompher ses plus grandes conquêtes sociales. »

Dans ces conditions, la proposition faite par Jean- Luc Mélechon à l’immense meeting du 23 septembre, place de la République, ne peut être écartée d’un revers de main puisqu’il a proposé, d’une part à la jeunesse d’entrer « en mouvement » aux côtés des travailleurs, d’autre part, aux organisations syndicales d’organiser une immense déferlante sur les Champs-Elysées à la veille de  la ratification parlementaire finale des ordonnances en étant assuré du soutien des organisations militantes progressistes. Il est évident qu’une grande manifestation centrale de combat serait indispensable pour lancer en bas la grève générale.

C'est ce chemin qu'il faut aujourd'hui retrouver, celui de l'unification des luttes et revendications sociales et politiques dans un mouvement d'ensemble et continu avec comme visée le blocage des profits  : manifestation nationale de combat à Paris, grève générale interpro, blocage des secteurs clés de la production du profit, Assemblées Générales et manifestations locales, réunions et actions communes des organisations syndicales, politiques, associatives du mouvement populaire, toutes les formes de lutte sont à discuter et à articuler.

Bien entendu, ce n'est pas à coups de mots d'ordre des sommets qu'on obtient une participation massive si les travailleurs ne sont pas convaincus que ce qu'on leur propose est réalisable. Mais, alors que l’adversaire de classe dispose de tous les leviers du pouvoirs, l'action et l'engagement des états-majors est nécessaire afin de construire le rapport des forces dans l'unité de lutte la plus grande.

Les divisions et l'émiettement actuels seraient gage de défaite certaine si elles perduraient et ceux qui auraient tergiversé, voire tendu la main aux dirigeants jaunes de la CFDT sous prétexte de la recherche de l'unité syndicale porteraient alors une énorme responsabilité devant l’histoire.

Étudiants, salariés du privé, du Public, retraités, privés d’emplois, syndicalistes, militants politiques progressistes, démocrates et républicains sincères, ... c’est la voie de l’union du combat tous ensemble en même temps qu’il faut emprunter pour gagner et rouvrir enfin la voie au progrès social et à une véritable démocratie sociale et politique.

 

Front Syndical de Classe

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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 13:42

Déclaration du Parti communiste français

Cette élection a une valeur nationale.

Avec 13 sénatrices, sénateurs élu-e-s sur les listes soutenues ou présentées par le PCF, le groupe CRC devient au Sénat le principal groupe d’opposition de gauche à la politique Macron. Ont été élu-e-s:

Pierre Laurent, secrétaire national du PCF à Paris, Eliane Assassi, présidente du groupe CRC (Seine-Saint-Denis), Eric Bocquet (Nord), Dominique Watrin (Pas-de-Calais), Cécile Cukierman (Loire), Laurence Cohen (Val-de-Marne), Pascal Savoldelli (Val-de-Marne), Guillaume Gontard (Isère, DVG), Fabien Gay (Seine-Saint-Denis), Pierre Ouzoulias (Haut-de-Seine), Michelle Greaume (Nord). Ils siégeront avec Christine Prunaud (Côtes D’Armor) et Thierry Foucaud (Seine-Maritime), dont les sièges n’étaient pas renouvelables.

 

Les candidat-e-s présenté-e-s et soutenu-e-s par le PCF ont rassemblé bien au-delà de leur rang, les grand-e-s électeurs, électrices, qui sont issus pour l’essentiel du rapport de force des élections municipales de 2014. Sans surprise malheureusement la droite conserve donc la majorité au Sénat. La République en Marche est stoppée dans ses ambitions. Le FN ne gagne aucun élu.

 

A gauche, Europe Ecologie les verts n’a pas suffisamment d’élus pour constituer un groupe. La France Insoumise ne présentait pas de candidat. Le parti socialiste va continuer de vivre avec de nombreuses contradictions, certains soutenant le gouvernement, d’autres s’y opposant. Dans ces conditions, le groupe Communiste Républicain et Citoyen est le seul groupe d’opposition de gauche à Macron au Sénat. Il travaillera à rassembler le maximum de parlementaires de gauche face aux mauvais coups du gouvernement. Seul le groupe communiste, républicain et citoyen oppose au gouvernement une voix cohérente et combative, défendant des choix alternatifs aux logiques d’austérité. Demain, seul ce groupe, qui pourrait s’élargir à tous ceux et toutes celles qui veulent une opposition claire et porteuse de choix nouveaux, portera une telle voix au Sénat. Sans lui, le Sénat ne serait plus qu’une chambre de négociations entre la droite et le Président. Négociations qui ont un objectif : déconstruire le modèle social français et chercher les 3/5ème des parlementaires pour changer la Constitution en faveur de l’ultra_libéralisme.

 

Les 13 élu-e-s auront à cœur de porter haut et fort les aspirations de celles et ceux qui luttent contre les réformes Macron, pour la qualité des services publics, pour la création d’une COP21 contre l’évasion fiscale, pour d’autres choix environnementaux et écologistes, pour promouvoir l’action des collectivités territoriales et leurs politiques publiques, faire vivre la démocratie, contre la loi de l’argent et pour d’autres modèles économiques prenant en compte le programme l’Humain d’abord et la France en commun.

 

Les sénatrices et sénateurs communistes se mettent sans attendre à la disposition des collectivités, des syndicats, des associations de solidarité, culturelles, sportives, d’élu-e-s, des citoyens pour faire barrage dans l’unité aux mauvais coups, préparer des amendements, des textes de lois... Les communistes et les citoyens peuvent s’appuyer sur leurs élu-e-s pour poursuivre et amplifier les mobilisations contre la politique libérale et droitière de Macron et ouvrir l’espoir.

 

Paris, le 24 septembre 2017

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30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 12:50
 

Le succès de la manifestation organisée par la France insoumise, le 23 septembre, a marqué une étape importante dans la lutte contre la politique réactionnaire du gouvernement. Certes, elle n'a pas fait reculer Macron dans son offensive contre nos droits et nos conditions de vie. Pour cela, il faudra un mouvement d'une autre ampleur. Mais l'importance de cette manifestation est ailleurs ; elle tient à son caractère à la fois massif et politique.

Les manifestants ne sont pas seulement venus exiger le retrait des ordonnances sur la nouvelle loi Travail. Ils protestaient contre l'ensemble de la politique du gouvernement. Mieux : cette manifestation avançait un programme politique – celui de la France insoumise – et exprimait la volonté de le voir mis en œuvre le plus tôt possible. Cela implique de développer la lutte à un niveau tel que Macron soit forcé de dissoudre l'Assemblée nationale et d'organiser des élections législatives anticipées. Jean-Luc Mélenchon a d'ailleurs conclu son discours sur cette perspective : « au bout de la rue, souvent, il y a les élections ! ».

Cette démarche de la France insoumise est-elle positive, du point de vue de la lutte et de la conscience des masses ? Evidemment. La politisation de la lutte est indispensable ; elle est d'ailleurs dictée par l'extrême violence de la politique gouvernementale elle-même. Dans un contexte où le gouvernement ouvre des offensives majeures sur tous les fronts (Code du travail, logement, assurance chômage, éducation, retraites, fonction publique, etc.), il serait absurde et vain de cantonner le mouvement ouvrier à une succession de luttes défensives, secteur par secteur, « dossier » par « dossier ». Dans la mesure où les attaques du gouvernement visent toutes les catégories de la population (à l'exception des plus riches), il est évident qu'on doit tenter de mobiliser l'ensemble des salariés, la jeunesse, les chômeurs et les retraités dans une lutte commune, unitaire, contre toute la politique du gouvernement. Le pas suivant, c'est la lutte de masse pour un programme et un gouvernement de gauche qui se proposent de rompre avec l'austérité. Telle était la signification du 23 septembre.

On peut mesurer le caractère progressiste de cette démarche aux réactions qu'elle suscite chez Macron, ses ministres et ses officieux sous-secrétaires d'Etat à la propagande (les éditorialistes et « politologues » des grands médias). Ils attaquent sans cesse Mélenchon : « ce n'est pas la rue qui gouverne ! Macron a remporté les élections : il doit pouvoir mettre en œuvre son programme ! » Selon eux, la jeunesse et les salariés devraient passivement se laisser dépouiller pendant cinq ans, au profit du grand patronat, sous prétexte que Macron a remporté les dernières élections présidentielles et législatives. Naturellement, cette conception de la « démocratie » est à sens unique : lorsque la bourgeoisie est confrontée à un gouvernement de gauche dont le programme s'attaque à ses privilèges, elle ne recule devant aucune mesure extra-parlementaire pour le mettre à genoux. Exemple récent : la crise grecque de 2015, après la victoire électorale de Syriza. A l'époque, on n'a pas entendu nos chantres de la « démocratie parlementaire » défendre le gouvernement Tsipras. Au contraire : ils encourageaient son étranglement par la troïka. Ils mettent toujours leurs intérêts de classe au-dessus de tout – y compris, bien sûr, de leur « démocratie » (bourgeoise).

Malheureusement, l'hostilité à la politisation de la lutte ne vient pas uniquement des partis et médias de nos ennemis de classe. Elle trouve aussi un écho au sommet des organisations syndicales, qui ne cessent de défendre « l'indépendance des syndicats » à l'égard de tous les partis politiques (de droite... comme de gauche !). Cette position est d'ailleurs saluée et soutenue avec enthousiasme par les macronistes et la droite en général. Ce simple fait devrait suffire à nous alerter. Disons les choses brutalement : « l'indépendance syndicale » est une idée fausse et, en dernière analyse, réactionnaire. Elle érige une barrière artificielle – qui n'existe pas, dans la réalité – entre lutte syndicale et lutte politique. Dans la pratique, cela fait toujours le jeu de la classe dirigeante.

Avant tout, il ne faut pas confondre « l'indépendance syndicale » et le contrôle démocratique des adhérents sur leurs syndicats. Il est évident que les militants syndicaux doivent contrôler démocratiquement leurs organisations. Or c'est loin d'être le cas. Par exemple, quand les militants de FO et de la CFDT ont-ils approuvé la nouvelle loi Travail ? Jamais. Mailly et Berger se sont bien gardés de consulter leurs bases sur cette contre-réforme majeure. En ce sens, ils sont « indépendants »... de leurs bases militantes. Par contre, ils ne sont pas du tout « indépendants » du parti de Macron, puisqu'ils en approuvent la politique réactionnaire sur une question fondamentale (et sur la plupart des questions, d'ailleurs). Ainsi, dans la bouche d'un Berger et d'un Mailly, l'« indépendance syndicale » est une tartufferie bureaucratique au service du grand patronat – et rien d'autre. Qui, aujourd'hui, peut sérieusement prétendre le contraire ?

La direction de la CGT, elle, s'oppose à la loi Travail. La France insoumise aussi. Comment combiner l'action de ces deux organisations de la façon la plus efficace, dans l'intérêt même de la lutte ? C'est la question qui est posée. Malheureusement, la notion d'« indépendance syndicale » n'éclaire pas cette question. Au contraire, elle l'embrouille.

Le gouvernement Macron annonce toute une série de contre-réformes, qu'il a l'intention de mettre en œuvre rapidement. Au fond, c'est une déclaration de guerre à la jeunesse et au mouvement ouvrier. Elle découle de la crise spécifique du capitalisme français, qui ne permet plus à la bourgeoisie de retenir ses coups. Il nous faut donc organiser une riposte massive contre l'ensemble de la politique gouvernementale – et non seulement contre la loi Travail. Une telle riposte est-elle possible ? La jeunesse et les travailleurs y sont-ils prêts ? On ne pourra le vérifier que dans la lutte elle-même, mais on dispose déjà d'un certain nombre d'indications positives : l'effondrement de Macron dans les sondages et le succès de la manifestation du 23 septembre, par exemple. A cela s'ajoute l'expérience de 2016, qui a souligné la combativité et la radicalisation des jeunes et des salariés (manifestations massives, grèves reconductibles, Nuits Debout). Enfin, les 20 % de voix pour Mélenchon, à la présidentielle, exprimaient le même processus de radicalisation.

Comment organiser cette riposte générale contre la politique du gouvernement ? Et quelles formes doit-elle prendre ? Ici, on doit s'appuyer sur l'expérience des deux grandes luttes de ces dernières années (en 2010 et 2016), qui se sont heurtées à l'inefficacité des « journées d'action » – lesquelles, dans les faits, ne sont pas de véritables grèves générales de 24 heures, mais de simples manifestations. La bourgeoisie et ses politiciens ne redoutent pas ces journées d'action, même lorsqu'elles sont massives. Ils ne reculeront que face au développement d'un mouvement de grève reconductible embrassant un nombre croissant de secteurs de l'économie. Cela peut commencer par une véritable grève générale de 24 heures, organisée comme telle, avec une préparation minutieuse, une mobilisation systématique et des AG dans les entreprises. Puis, suivant le résultat de cette grève générale de 24 heures, on pourrait évaluer si une grève reconductible est envisageable, dans quels secteurs de la classe ouvrière, etc.

Qu'en dit Martinez ? Absolument rien. Il ne tire aucune leçon des défaites de 2010 et 2016. Il ne propose aucune stratégie alternative aux « journées d'action ». Voilà le fond du problème. La soi-disant « indépendance syndicale » ne répond pas et ne peut pas répondre à ce problème. Au final, « l'indépendance de la CGT » se réduit chez Martinez à la défense de sa stratégie erronée, impuissante, qu'il veut poursuivre... en toute « indépendance » (notamment de sa base, où beaucoup réclament un durcissement des méthodes de lutte). On comprend pourquoi les macronistes chérissent pareille « indépendance syndicale » !

En ce qui concerne la France insoumise, ses grandes manifestations peuvent jouer un rôle positif en politisant le mouvement et en le dotant d'un programme progressiste ; mais à elles seules, ces manifestations de masse ne pourront pas faire reculer le gouvernement. Mélenchon propose qu'un million de personnes déferlent sur les Champs-Elysées, dans quelques semaines. Très bien ! Ce serait l'une des plus grandes manifestations politiques de l'histoire du mouvement ouvrier français. Elle déstabiliserait le gouvernement, sans aucun doute. Mais il est probable qu'il tiendrait bon, sauf si cette mobilisation politique de masse était combinée à un puissant mouvement de grèves reconductibles. Or qui peut organiser pratiquement la grève, dans les entreprises ? Pas la France insoumise. Certes, elle devra y contribuer de toutes ses forces ; elle constituera surtout un puissant levier politique de la grève, en ouvrant la perspective d'un « gouvernement populaire », pour reprendre une formule de Mélenchon. Mais sur le terrain, dans les entreprises, seules les organisations syndicales ont la capacité de mobiliser les travailleurs dans un puissant mouvement de grèves.

Dès lors, la conclusion qui s'impose est claire : il faut articuler de façon consciente, concertée, planifiée, les capacités de mobilisations des syndicats, dans les entreprises, à la lutte politique de masse contre la politique du gouvernement Macron, pour son renversement et pour l'élection d'un gouvernement de la « gauche radicale ». Encore une fois, nous ne disons pas que c'est forcément possible à court terme ; cela ne peut se vérifier que dans l'action. Nous disons que c'est la perspective qui devrait être défendue et à laquelle devraient travailler les syndicats, la France insoumise, le PCF et toutes les forces de gauche qui veulent bien s'y impliquer. Et ce qui est certain, c'est que cette stratégie offensive susciterait beaucoup plus d'enthousiasme, dans la population, que les rituelles « journées d'action » dont tout le monde sait d'avance qu'elles ne feront pas reculer le gouvernement d'un millimètre.

S'ils nous lisent, les « amis de l'indépendance syndicale » s'offusqueront : « mais alors, les syndicats feraient de la politique ! » Grand dieu, oui. Mais en réalité, ils en font déjà. En approuvant la loi Travail, Mailly et Berger font de la politique : celle de la bourgeoisie. Et même le refus de Martinez de s'engager sur le terrain politique est encore une position politique – une position négative, certes, mais une position politique tout de même, puisqu'elle fait le jeu du gouvernement.

Il est inutile de chercher à fuir la politique en se réfugiant sur les hauteurs éthérées de « l'indépendance syndicale ». C'est une fiction, un leurre et, bien souvent, une pure et simple hypocrisie. Le gouvernement Macron a déclaré une guerre sociale à notre classe. C'est une lutte à mort. Soit il détruira des décennies de conquêtes sociales du mouvement ouvrier, soit nous l'en empêcherons et, dans la foulée, nous porterons au pouvoir un gouvernement de la « gauche radicale ». Nous avons expliqué ailleurs quel devrait être, selon nous, le programme d'un tel gouvernement. Ici, nous avons voulu réaffirmer la nécessité d'un front unique des organisations politiques et syndicales de la jeunesse et des salariés – contre le gouvernement Macron et pour une alternative de gauche aux politiques d'austérité.

 

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